Nous n’avons qu’une seule question à vous poser avant de démarrer cette interview, Olivia Epoupa, a-t-on réellement besoin de vous la présenter ? Pour ceux qui vivraient sur une autre planète, Olivia Epoupa a déjà tout d’une grande. Après un titre de Championne de France l’an dernier, une médaille d’argent à l’Euro 2017, la meneuse des Bleues n’a que 23 ans lorsqu’elle décide de partir à Galatasaray pour vivre une première expérience à l’étranger. Après déjà 5 saisons en LFB et de nombreuses médailles avec les équipes de France jeunes, elle rejoint donc la Turquie. Une saison remplie de hauts et de bas, mais un titre d’EuroCup pour terminer. Retour avec elle sur cette saison.

PARLONS DE TA SAISON À GALATASARAY

Parlons-Basket Féminin : Après un titre de championne de France avec Villeneuve d’Ascq, tu as fais le choix de partir à l’étranger, pourquoi ça, tu avais envie de voir autre chose ? Cotoyer des grandes joueuses à l’étranger ?

Olivia Epoupa : Ca faisait partie de mes objectifs de carrière,. C’est vrai que l’étranger je l’avais toujours eu dans un coin de ma tête. Après cette saison à Villeneuve d’Ascq j’avais envie de rebondir, de reprendre du plaisir et de trouver un point de rechute où je pouvais exprimer mon jeu. En venant à Galatasaray ça s’est très bien passé, je ne regrette pas du tout d’avoir fait ce choix là. De toute façon quand j’avais pris cette décision de signer ici je savais où j’allais atterrir donc j’étais vraiment positive et j’avais hâte de commencer cette expérience à l’étranger.

PBF : Tu es arrivée à la mène avec une équipe de Galatasaray où il y a plusieurs joueuses qui peuvent évoluer à ce poste là. On peut notamment parler d’Allie Quigley plus arrière mais qui mène à Chicago, après tu as l’incontournable Isil Alben (référence en Turquie). Ca ne t’a pas fait peur ?

OE : Non non je savais pertinemment que la concurrence allait être rude sur tous les postes de jeu et notamment sur le mien, c’était un challenge pour moi. Je pense qu’à un moment donné en tant que joueuse il faut savoir se challenger et je savais qu’en allant en Galatasaray il allait y avoir des joueuses de gros calibres avec Allie Quigley qui est plus une arrière mais Isil Alben qui est vraiment une joueuse référence dans l’Euroligue et une légende ici en Turquie. Il ne faut pas oublier qu’il y avait aussi des joueuses locales, turques, on était toutes sur le même pied d’égalité, il fallait vraiment se battre à l’entrainement et prouver à la coach qu’on méritait d’être sur le terrain. Je ne regrette pas du tout. Au contraire, j’ai énormément appris à leurs côtés, notamment avec Isil Alben car j’ai été associée avec elle sur le terrain mais aussi avec Allie Quigley. Je pense que nous sommes des joueuses complémentaires. On avait tendance à jouer small ball (petit) de temps en temps et même parfois d’être alignées toutes les trois sur le terrain en même temps. C’était intéressant, c’est un autre style de jeu qui nous a correspondu et on a su imposer notre jeu au fur et à mesure de la saison. C’était vraiment un plaisir d’évoluer aux côtés de ces joueuses là.

(Crédit photo : Twitter Olivia Epoupa)

PBF : Quand tu as fais le choix de signer à Galatasaray, connaissais-tu les joueuses qui étaient là bas personnellement ou non ?

OE : Personnellement non, je les connaissais de noms, je n’avais pas en tête tout l’effectif mais j’étais confiante, j’avais juste hâte d’arriver là-bas et de voir comment ça allait se passer. C’est avec le temps que l’on apprend à se connaitre et que les automatismes se créent. Ce n’est pas plus mal aussi d’aller dans un endroit où on ne connait personne et d’apprendre à découvrir les gens.

PBF : Quand on t’écoute parler de ta saison on sent qu’elle a été très bonne. J’imagine que ton intégration s’est faite assez naturellement.

OE : Oui tout à fait ça s’est super bien passé. J’ai vécu une saison inoubliable, riche en émotions. Hormis ce titre là (ndrl Eurocup) c’est vrai que l’on a eu une saison mouvementée mais on a vécu toutes les émotions. Concrétiser avec ce titre d’Eurocup c’est vraiment l’accomplissement du travail qu’on a pu faire cette saison. C’est vrai que moi j’ai pris énormément de plaisir à jouer ici, j’ai vraiment été mise à l’aise par tout le monde que ce soit par le club, les joueuses et le staff. Pour cela je les remercie. J’ai vraiment vécu cette expérience à fond. J’ai énormément grandi ici, je suis contente d’avoir pu évoluer au sein de ce club historique et d’avoir été confronté à différentes choses ici, à d’autres championnats avec d’autres joueuses plus expérimentées.

PBF : Tu dis avoir énormément progressé aux côtés des joueuses mais je pense qu’avec ta coach, Marina Maljkovic, très bien connue au niveau du public françai, cela a du être un honneur de travailler à ses côtés ?

OE : Tout à fait ! Quand je dis que j’ai progressé c’est avec l’équipe, mes coéquipières mais aussi avec la coach. Les systèmes qu’elle met en place sont faits pour que l’on progresse et elle est l’une des principales conséquences de ma progression. C’est sur qu’elle et son staff ainsi que les joueuses, m’ont vraiment donné des responsabilités. Que demander de plus à l’étranger? Elle m’a fait confiance. Quand on est encadré par un staff avec ces compétences là on progresse encore plus, c’est sur.

(Crédit photo : FIBA)

PBF : Comment juges-tu la saison en championnat si l’on oublie l’EuroLeague et l’EuroCup ?

OE : C’est vrai que cette huitième place est assez amère si je puis dire, on a pas montré de quoi on était réellement capables tout au long de la saison. On a montré le vrai visage de Galatasaray au fur et à mesure, principalement à la fin de saison. C’est vrai qu’on a eu beaucoup de matchs avec des regrets en perdant de 5, 7 points. À la fin si l’on fait les calculs, si on avait eu quelques victoires de plus on aurait été a une autre position et peut-être qu’on aurait pu aller plus loin dans la compétition. On a finit notre saison contre Yakin Dogu qui est l’une des favorite pour le titre et c’est vrai qu’on a montré de quoi on était capables même si l’on s’incline sur la fin. On peut se dire qu’on a été battues par plus fort mais on a montré qu’on pouvait rivaliser contre elles. Même si l’on est des compétitrices et qu’on avait à coeur d’aller le plus loin possible dans cette compétition là. Malheureusement c’est terminé, mais je pense qu’on a su montrer une force de caractère importante.

PARLONS D’EUROLEAGUE ET D’EUROCUP

PBF : Tu as eu l’occasion de revenir au Palacium cette saison. Quand tu te retrouves à jouer en France et notamment à Villeneuve où tu as été championne, fais-tu totalement abstraction ? Est ce que cela était un petit bonheur de retourner dans une salle que tu connais si bien ?

OE : Pour être honnête, j’étais contente de retrouver certains des supporters avec qui j’ai partagé des bons moments l’année dernière mais aussi des anciennes coéquipières comme Marielle Amant ou Mame-Marie Sy Diop, donc c’est vrai que ça m’a fait plaisir de revenir sur le sol français. En tant que joueuse française expatriée ça fait plaisir je vais pas dire le contraire. D’avoir aussi la possibilité après le match de revoir nos proches, c’est le top, mais c’est vrai que j’essaye de faire abstraction de ça afin de donner le meilleur de moi-même pour l’équipe et d’essayer de l’emporter.

PBF : Concernant l’EuroLeague, vous finissez la saison avec 5 victoires en 14 matchs. Beaucoup se sont joués à des détails, notamment en début de saison. Votre passage en 1/4 de finale se joue lors des toutes dernières rencontres. Prague et Bourges arrivent à se qualifier. Est ce que cela a été réellement vécu comme un échec pour vous?

OE : L’EuroLeague faisait partie de nos priorités de début de saison et c’est vrai que d’être passées à la trappe et reversées en EuroCup ça était un échec. Comme je l’ai dis beaucoup de matchs se sont joués sur des détails, sur des matchs qu’on a perdu, qu’on aurait jamais du perdre, au final ça coûte et c’est sur qu’à la fin ça se joue sur le point average. On avait plus notre destin entre les mains. C’est sur que si on revoit tous les matchs, on a quelques regrets mais je pense qu’on a vraiment su switcher et se dire qu’on avait quelque chose à faire en EuroCup. Il fallait rebondir et je pense qu’on a réussi à le faire de la meilleure des manières.

PBF : En Eurocup, au premier match vous vous inclinez face à Gerone à domicile et il faut aller chercher la victoire là-bas. A ce moment là est ce que vous commencez à douter ?

OE : Non non on a jamais douté. C’est vrai que ce match contre Gerone il fallait s’en méfier, on savait que c’était une équipe redoutable, seconde de la ligue espagnole, qui avait déjà battue Salamanque qui était un gros poids. Sur des matchs très importants ce sont les détails qui font la différence. On a su analyser toutes les erreurs qu’on a faites et se projeter sur le match retour très rapidement. L’avantage de l’EuroCup c’est que ca se joue sur deux matchs, donc c’est un match de 80 minutes entre guillemets et c’est vrai qu’on s’est servies de ça pour arriver en Espagne en ayant la volonté et la détermination de repartir avec cette qualification. Ce match la était riche en émotions, c’était dans une salle euphorique. La victoire nous a stimulé et nous a donné un déclic. On allait en demie finale il fallait aller jusqu’au bout. A cette époque là en championnat turc c’était un peu compliqué et on savait que si on pouvait faire quelque chose c’était en EuroCup.

PBF : Du coup, après vous rencontrez Salamanque, le deuxième club espagnol, on peut dire qu’ils vous ont réussis puisque vous vous qualifiez pour la finale contre Venise. Vous vous retrouvez avec une salle complétement pleine et vous vous imposez largement à domicile. Comment as-tu vécu cette soirée ? On a pu voir dans la foulée que tu as tweeté sur cette ambiance et sur l’écart qui se dessine à la fin du match.

OE : C’était grandiose, jouer dans une salle remplie avec des supporters du sixième voire du septième homme. C’était fou, l’ambiance a démarré dès l’échauffement, ils ont chanté, ils nous ont poussé, ils ont vraiment répondu présents à cet évènement là et je pense qu’en tant que joueuses ça nous a poussé à se transcender. On se dit aller on a juste à jouer au basket. Et puis il ne faut pas l’oublier, on parle de basket féminin, de jouer dans une salle remplie et aussi grande ça booste. On se dit on a une chance donc autant la saisir, autant jouer notre basket et il arrivera ce qui doit arriver. Il ne fallait pas avoir de regrets et je pense que sur ce match là on a quelques regrets, on se dit qu’on a quand même un avantage de 22 points mais on connaît Venise et on ne pouvait pas s’en satisfaire. Elles avaient notamment réussi à renverser le match contre Hatai où elles avaient perdu de 20 points à l’aller. Du coup, pour nous c’était une victoire sans en être une. On savait qu’elles étaient redoutables à domicile. On aurait pu gagner de 30 points et peut être se relâcher mais je pense pas, on aurait été recadré par le staff de toute façon. A l’issue de ce match la, on était contentes mais on savait qu’il y avait une deuxième mi temps qui nous attendait. On n’a pas célébré ce titre avant l’heure, on a directement pensé au championnat car on jouait un match important pour notre qualification en playoffs. Pour un club aussi prestigieux que Galatasaray, ne pas être aligné sur les playoffs c’est comme si c’était une catastrophe. Il fallait absolument se reposer et se préparer pour ce match contre Ortman en Turquie pour obtenir ce ticket pour les playoffs et penser à Venise par la suite. C’était une très belle expérience pour moi.

PBF : Vous partez donc pour ce match qui se solde par une défaite mais derrière vous repartez pour l’Eurocup, je pense que c’est un premier titre dans une saison compliquée, le plus grand bonheur que vous puissiez recevoir.

OE : Oui c’est sur qu’on s’incline mais on gagne le titre derrière à Venise. On s’incline mais on gagne donc ça fait bizarre. On est des compétitrices on allait là-bas pour gagner et non pas pour conserver notre avantage. A la fin du match je pense qu’on ne réalise pas qu’on est championnes et c’est seulement après qu’on se dit « Les filles on a fait quelque chose de grand, on a remporté l’EuroCup, le deuxième trophée européen. On l’a fêté avec nos supporters et ensuite on s’est dit qu’on pouvait lâcher prise, on avait gagné, on a fait ce qui fallait. Après cette saison riche en émotions, clôturer avec ce titre là c’est vraiment quelque chose de positif. C’était la cerise sur le gâteau. On s’incline au premier tour des playoffs face à Yakin Dogu mais on gardera juste qu’on a été championnes d’Europe.

(Crédit photo : FIBA)

PBF : L’an dernier tu remportes le titre de championne de France, cette année l’EuroCup ? Ce titre a t’il eu plus de saveurs que celui de l’an dernier ?

OE : Pour moi ce titre l’EuroCup je l’ai plus vécu. J’étais aussi contente de gagner le championnat français, il ne faut pas passer au travers de ça c’est quand même un titre, il faut pas le banaliser, c’est l’accomplissement du travail de toute une saison mais c’est sur que ceux sont deux émotions et deux contextes différents donc ils ne sont pas comparables. Les titres, il faut toujours les savourer et jamais les banaliser.

PARLONS MAINTENANT DE L’ÉQUIPE DE FRANCE

PBF : Cet été va se dérouler le mondial à Ténérife, pour une fois pas trop loin de la France donc ça peut être intéressant. Vous avez dans votre poule la Corée du Sud, la Grêce et le Canada. As tu un petit mot sur les adversaires ?

OE : Pour être honnête, pour le moment c’est loin même si les jours passent super vite. La ma saison vient de se terminer et je réalise pas trop du coup je projette pas du tout sur l’Equipe de France. J’ai juste envie de me reposer et de mettre en optique ce que je dois travailler afin d’être prête pour cette préparation. Mais c’est un mondial, ce sera forcément élevé en intensité, encore plus qu’un championnat d’Europe, il y a d’autres continents et ce que je sais c’est que ça va être très relevé. Il y a vraiment des équipes qui vont jouer les troubles-faits, chaque match va être important. Il y a des favoris et des outsiders mais il va falloir se méfier de tout le monde. Ca risque d’être un mondial très très relevé avec pas mal de surprises. Je pense que l’Equipe de France va se préparer au mieux pour répondre à ce rendez-vous là comme les autres équipes.

(Crédit photo : Chloé Berard)

PBF : Tu avais déjà vécu la chose lors des Jeux Olympiques de 2016 suite à la blessure de Céline juste avant la compétition mais là on sait déjà, sauf grande surprise que la mène te sera confiée. C’est dur à assumer ce statut ?

OE : Je ne me mets pas de pression spécialement, j’ai déjà eu des responsabilités et je sais de quoi je suis capable, je fais vraiment abstraction. Mon but c’est de faire mon travail et d’apporter ce que je dois apporter pour l’équipe et je me soucie pas trop de ce qui se dit autour. Il faut que je me focalise sur ce que je dois faire.

PBF : Une petite question pour finir ; la WNBA fait elle partie de tes objectifs à long terme ?

OE : Ca fait partie de mes objectifs de carrière. La WNBA c’est l’un des meilleur championnat au monde donc moi qui suis ambitieuse je travaille tous les jours pour intégrer ce championnat la qui serait une autre expérience à vivre mais je précipite pas les choses. On verra ce qui arrivera.

Toute l’équipe de Parlons Basket Féminin remercie une nouvelle fois, Olivia, pour sa gentillesse, pour le temps qu’elle nous a accordé un lendemain de match pour répondre à nos questions. On lui souhaite de bonnes vacances et souhaitons lui réitérer nos félicitations pour le titre d’EuroCup.