Lettre ouverte à Tony Parker

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6 juin 2013. Game 1 des Finales à Miami. 6 ans déjà. Rivé à mon écran, je te vois comme au ralenti, naviguer entre 3 des plus grandes superstars d’alors. Mais ni LeBron James, ni Dwyane Wade, ni Chris Bosh ne pourront te prendre le ballon. Quelques secondes plus tard, tu crucifies le Heat et offre la victoire aux Spurs. S’en suit un cri de rage, de ceux que ta sérénité et ta sobriété légendaires sur les parquets rendaient rarissimes. Dans mon salon, j’ai hurlé aussi. Et je sais que des milliers de Français qui, comme moi, n’ont jamais connu la NBA sans Tony Parker, ont fait de même, ivres de bonheur.

Cette modeste lettre n’a pas pour but de rappeler tes innombrables exploits. Ni tes 4 bagues de champion, ni ton MVP des Finales, ni tes 6 apparitions au All-Star Game, ni tes multiples All-NBA Teams. Pas même tes exceptionnelles campagnes avec l’Equipe de France, à laquelle tu as toujours voué une incroyable fidélité. Non. Ce qui importe, c’est ton impact sur toute une génération de Français, de basketteurs, de grands et moins grands que tu as fait rêver, sans jamais faillir dans le respect du jeu, irréprochable du début à la fin.

Et puis, honnêtement, ça fait aussi sûrement du bien de coucher sur le papier autant d’émotions, parce que putain, ça va faire un sacré quelque chose de ne plus voir ton numéro 9 la nuit.

Mon histoire importe peu, mais à travers elle, j’espère pouvoir véhiculer les sentiments de tous ceux qui ont vécu ta carrière NBA aussi fièrement et intensément que moi. J’ai bientôt 24 ans. Comme beaucoup de gamins nés dans les années 1990, j’ai commencé le basket grâce à toi. En découvrant ce joueur humble, besogneux, flashy parfois, intelligent toujours, et qui, pour une raison difficile à mettre en mots, faisait notre fierté. On était en France, tu étais au pays des rêves, et tu portais haut nos couleurs. En fait, tu nous rendais même un peu plus fiers de notre pays. Tu le faisais rayonner à plusieurs milliers de kilomètres, sans crainte et avec panache, au nez du mythe américain. C’était kiffant. C’est sûrement idiot, mais c’est ainsi.

Enfant, ado puis jeune adulte, je n’ai jamais perdu cette lueur dans les yeux en te voyant sur le terrain. Comme beaucoup de gens de mon âge, je ne compte plus les réveils mis en pleine nuit pour te voir à l’oeuvre. Mes premières nuits blanches ? Pas des soirées en boîte, mais plutôt des matchs des Spurs en playoffs. Les vacances ? Jamais sans mon ordinateur. La mer, c’est beau, mais te voir torpiller les Mavs ou les Warriors en playoffs, c’est tellement au-dessus. Et tant pis pour le sommeil.


Tony Parker le joueur m’a toujours impressionné. Tu transpirais le respect du basket. De l’application, de la cohérence, un jeu léché et selfless – dont tu étais d’ailleurs l’un des derniers garants dans cette ligue. Et c’est peut-être grâce à toi, et je dis bien grâce, que les tirs en déséquilibre de 10 mètres avec 10 secondes restantes sur la possession ne me font pas tant d’effet que ça, et que je préfère le basket tel que toi tu le jouais.

Être fan de TP, c’est passer par toutes les émotions. Souvent, on a pleuré de joie avec toi. Quand tu as porté les Bleus à leur premier sacre. Quand tu as regardé LeBron James les yeux dans les yeux. Quand tu es devenu le premier joueur européen de l’histoire à être MVP des Finales. Quand, avec tes éternels compères Manu et Timmy, tu as fêté la rédemption en 2014. Et puis, parfois, on a aussi pleuré de tristesse. Ce maudit shoot de Ray Allen. Ce satané match contre la Grèce. Cet autre contre l’Espagne. Et cette terrible blessure.

Ce soir, tu nous fais pleurer une dernière fois. Pas de tristesse, parce que sage comme tu es, tu sais que l’heure est venue. Mais il y avait quelque chose de réconfortant à te savoir en NBA. Quelque chose de presque machinal à allumer sa télé et te voir réussir un spin move supersonique, une extra pass impeccable, ou un jumper à mi-distance qui fait swish. On a vu les années passer, mais on ne s’est jamais vraiment préparés à vivre sans. Ça paraissait si fou. Maintenant, il va pourtant bien falloir.

Au delà de TP le joueur, il y a Tony Parker l’homme. J’ai eu la chance de te croiser à quelques reprises, et je n’ai jamais manqué d’être surpris par ta gentillesse, ta courtoisie et ton professionnalisme en toutes circonstances. Un vrai Monsieur, comme on n’en croise pas tous les jours dans ce business, ça mérite d’être souligné.

Et alors que j’en arrive aux dernières encablures de cette lettre, une question fondamentale doit-être posée : que serait la NBA en France sans toi ? Avant ton arrivée, l’exposition de la ligue nord-américaine chez nous était très limitée. Rares étaient ceux qui arboraient du streetwear basket. Il aura fallu qu’un petit Frenchie de 19 ans vienne conquérir l’Amérique pour, petit à petit, faire évoluer la balle orange chez nous et ouvrir la voie aux générations futures.

Aujourd’hui, la NBA se porte à merveille dans l’Hexagone, et dans la réussite idyllique de cette longue histoire, tu as joué le premier rôle. La communauté basket française t’en sera éternellement reconnaissante, et j’espère qu’elle aura l’occasion de te rendre l’hommage que tu mérites en janvier prochain à Paris. Même en costume, ta présence au match entre Charlotte et Milwaukee serait si satisfaisante. Cet aboutissement, c’est aussi un peu le tien.

Il me reste quelques lignes à peine pour te dire, le plus simplement du monde, merci. Merci d’avoir été un modèle pour d’innombrables jeunes de ma génération. Merci d’avoir été une inspiration, et de toujours t’être comporté avec dignité et classe. Merci d’avoir œuvré à l’explosion du basket en France. Merci, aussi, pour tous ces coups de barre au lendemain de nuits blanches qui en valaient tellement la peine. Merci pour les moments inoubliables. Merci pour les joies. Merci pour les peines. Merci pour le rêve. Merci pour tout.

En annonçant ta retraite, tu as expliqué craindre de ne « plus pouvoir être Tony Parker ». Permets-moi d’en douter. Pour tous ceux que tu as fait rêver, tu seras toujours Tony Parker, jusque dans l’éternité. Car c’est là et nulle part ailleurs que les champions de ta trempe élisent domicile.

Merci et bon vent, patron.

Tony Parker

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