Un soir de mars 1998, un jeune allemand inconnu du grand public marche sur les meilleurs prospects Américains et permet à son équipe de remporter la victoire au Hoop Summit. La NBA n’était pas près d’oublier Dirk Nowitzki de sitôt. Flashback d’un incroyable chemin jusqu’au sol américain.

En 1998, un certain Dirk Nowitzki joue en deuxième division allemande au sein des Würzburg X-Rays, l’équipe de sa ville natale. La NBA semble bien loin, mais ses performances attirent les scouts, et il reçoit une invitation pour le Nike Hoop Summit, la rencontre entre les meilleurs prospects américains et internationaux. Petit problème, son équipe est en plein dans les playoffs :

J’avais été invite au Hoop summit l’année d’avant je crois, peut-être deux ans plus tôt. C’est toujours au mauvais moment, parce qu’à l’époque les X Rays étaient en playoffs pour être promus. Notre rêve était d’accéder à la première division avec cette équipe, mais chaque année nous échouions à pas grand-chose. Cette année encore, nous étions dans la zone de promotion, et nous avions réalisés de gros matchs.

Avec son mentor Holger Geschwindner, ils décident de faire l’improbable et de quitter l’Allemagne en catimini. Mais là-encore des complications apparaissent :

[Dirk] Nous avons dû demander la permission de l’armée, parce que je faisais mon service militaire, et je ne pense pas que vous puissiez quitter le pays sans demander l’autorisation, et que c’est pour un gros tournoi ou quelque chose comme ça. On a reçu la permission, et ensuite il fallait demander à l’équipe. Mais Holger m’a dit « Ahh, on va simplement partir discrètement. » J’ai joué un match le dimanche soir et le lundi matin nous avons pris un vol depuis Francfort sans vraiment le dire à personne. Holger avait peut-être parlé au manager, mais je n’ai rien dit. Donc nous sommes partis en catimini.

[Holger] J’étais certain d’une chose : le Hoop Summit allait être la seule chance de jouer au haut niveau international, parce que nous n’avions aucune idée précise de son niveau. Le père de Nowitzki ne le savait pas. J’ai parlé à sa mère et elle m’a répondu « vous devez le dire à son père. » Le jour suivant, j’ai posé la question à Dirk et il m’a dit « Je vais lui dire maintenant. » Je lui ai dit « Nous avons deux heures de route depuis Würzburg avant d’arriver à l’aéroport de Francfort. On ne monte pas dans l’avion s’il n’est pas au courant.

Finalement, les deux arrivent non sans mal à Dallas, là où la Team World s’entrainait en vue de la rencontre. Nowitzki est alors particulièrement observé par Donnie Nelson, le fils de Don Nelson, assistant coach de l’équipe mais aussi des Mavs sous les ordres de son père. Et c’est seulement au bout de quelques sessions que les deux ont un flash concernant l’Allemand.

[Donnie Nelson, le fils] Il était facile de deviner que Dirk avait un bon jeu de jambes, était adroit avec ses mains et pouvait shooter.

[Don Nelson] Il était l’un des jeunes joueurs les plus doués que j’ai jamais vus, et en plus de ça, il mesurait 7 pieds (2.13m). C’était un incroyable joueur de basket. Nous avons pris l’engagement [avec Donnie] de le cacher du mieux que possible pour que personne ne le voie. Nous nous sommes mis d’accord pour le drafter peu importe le choix que nous avions. Nous n’avons pas pu le convaincre de ne pas jouer ce match.

Le 29 mars 1998, le Hoop Summit a lieu à San Antonio devant 4500 spectateurs. Team USA aligne les grandes stars lycéennes de l’époque, en particulier Rachard Lewis, Al Harringrton, Quentin Richardson et Stromile Swift. Aux côtés de Nowitzki figurent trois futurs joueurs NBA, Luis Scola, Dan Gadzuric et Daruis Songalia. Mais l’effectif de Team World fait bien pâle figure en comparaison.

Le début de match confirme effectivement la tendance et Team USA prend le meilleur départ, forçant un grand nombre de pertes de balle. Mais comme le révèle George Raveling, l’ancien responsable du basket international chez Nike, il y en a un sur le bord du terrain qui semblait particulièrement y croire.

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Alessandro Gamba était le coach de l’équipe, et c’était un coach mythique dans le basket international. Après plus ou moins 10 minutes de match, il y a un temps mort. Je suis assis juste à côte de leur banc à la table de marque, et il vient me voir et me soupire « George, qui est ce type assis derrière le banc et qui me dit comment coacher l’équipe ? » Je savais qu’il voulait parler d’Holger. Il m’a dit « J’ai besoin que tu le pousses de derrière mon banc, qu’il arrête d’essayer de coacher mon équipe. » Dirk avait donc deux coachs, et la voix la plus familière était celle d’Holger.

Au fur et à mesure que le match avance, Team World fait plus que de la résistance et passe même devant à la mi-temps 52-49. Et Nowitzki profite de la deuxième période pour montrer l’étendue de son talent. Il inscrit 19 points au cours de celle-ci, et termine la rencontre avec un ligne de stats stratosphérique de 34 points à 6/12 (2/3 à 3-points) et un improbable 19/23 aux lancer-francs, 14 rebonds, 2 passes et 3 interceptions. En face, personne ne sait comment le défendre, et ce ne sont pas moins de 5 joueurs de Team USA qui sont expulsés après avoir commis 5 fautes. Et Team World remporte une victoire inespérée 104-99. Dirk est logiquement nommé MVP de la rencontre.

 

Des joueurs de Team USA, c’est Al Harrigton qui résume sans doute le mieux la rencontre.

Il était tout simplement impressionnant. Voir un gamin blanc grand et mince dont vous n’aviez jamais entendu parler sortir de nulle part avec tout ce talent était juste fou. [..] Il nous a surpris. Ce qui m’a vraiment énervé ce jour-là était qu’ils ont gagné le match. Je ne sais pas comment on l’a perdu. […] On ne savait pas comment le défendre. On ne l’avait pas vu avant. Je ne le connaissais pas jusqu’au moment du match. Je n’en avais jamais entendu parler, mais à la fin je savais qui il était.

L’histoire ne se termine pas pour autant pour Dirk, car il reste le retour en Allemagne. Et d’après Holger, l’accueil n’était pas fameux.

Après le match, nous avons dû prendre immédiatement un vol pour l’Allemagne. Je pensais être intelligent, et j’ai pris le journal de San Antonio à l’aéroport. « International team beats US boys » ou quelque chose comme ça. Je pensais que ce serait plus ou moins une excuse en rentrant. Ils nous ont « tués » en Allemagne, et méchamment. Dirk n’était pas au match des X-Rays. Les mecs l’ont quand même gagné mais ça ne faisait rien. Ils étaient vraiment énervés. J’étais le type qui dévoyait les jeunes joueurs. La presse nous a détruit en Allemagne.

Nowitzki a d’ailleurs confirmé ces propos, en déclarant que l’équipe n’était pas très contente de sa petite escapade aux États-Unis, malgré la victoire.

L’équipe était assez furieuse. Mais ils ont finalement remporté le match que j’ai raté. Après j’ai pu jouer le match suivant et nous l’avons gagné. Et cette année-là, nous avons d’ailleurs été promus. Je pense que le plus énervé était un de nos joueurs étrangers, parce qu’il avait un bonus de promotion dans son contrat. C’était une belle somme d’argent pour l’époque. Il m’a presque dit « Tu joues avec mon argent ».

Après le Hoop Summit, la cote de Nowitzki grimpe en flèche de l’autre côté de l’Atlantique, et les mocks le voient comme un choix de loterie. Lors de la draft, il est finalement sélectionné en 9ème position par les Bucks, mais est échangé dans la foulée aux Mavs contre le 6ème choix Rober Taylor. La suite, on la connait : 21 saisons, toutes à Dallas, 14 sélections All-Star, 12 sélections All-NBA, un MVP en 2007, et un titre de champion plus le MVP des Finales en 2011.

En 1522 matchs, Dirk affiche des moyennes de 20.7 points (47.1% au tir, 38.0% à 3-points), 7.5 rebonds et 2.4 passes. Et ironie de l’histoire, c’est à San Antonio qu’il a bouclé la boucle en disputant le dernier match de sa riche carrière.

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