NBA – « La cocaïne me rendait meilleur, j’en sniffais sur le banc »

Le drame de Marvin Barnes, accroc à la drogue
DR / LCC

Fort malheureusement, et bien que les excès en la matière soient désormais marginaux, la NBA a une longue histoire de joueurs ayant sombré dans les drogues dures. L’un d’eux, pourtant prédestiné au sommet de la balle orange, fait à présent office de triste référence en la matière. Récit d’une véritable tragédie.

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Lorsque la cocaïne s’est popularisée dans les années 1970 et 1980, elle a progressivement inondé tous les milieux. Du banquier floridien au sportif new-yorkais en passant par le taxi californien, la mortifère poudre blanche a irrémédiablement gagné du terrain au pays de l’Oncle Sam. Et, sans aucune surprise, le monde de la NBA n’a pas été épargné – très loin de là. La tragique mort de Len Bias à 22 ans n’est que la face immergée d’un terrible iceberg, qui a vu la consommation de « C » pourrir la ABA et la NBA pendant plus d’une décennie.

Si un joueur doit illustrer cette triste décadence, la logique veut qu’il s’agisse de Marvin Murphy. Prospect athlétique de 2m03 bourré de talent, l’ailier a roulé sur ses années NCAA avec un monstrueux double-double de 20 points et 18 rebonds de moyenne. A l’époque, on le décrit comme meilleur en talent pur que Julius Erving, star du moment.

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Sélectionné en 2ème position de la Draft NBA 1974, Murphy choisit pourtant d’abord de passer 2 ans en ABA, du côté des Spirits de St-Louis. Là bas, il cartonne d’entrée (24-15 dès sa saison rookie) et entrevoit un avenir radieux. Puis, avec son coéquipier Gus Gerard, il plonge dans l’enfer de la drogue. Le début de la fin, déjà, à seulement 23 ans.

La cocaïne terrasse la carrière et la vie du prodige

Elevé dans les mornes rues de Providence, « Bad News » (c’est le surnom qui lui a été donné à cause des ennuis permanents qu’il se causait) se passionne pour le style de vie « gangster » et n’entend pas vivre vieux. Il ne s’en est jamais caché, même de longues années après :

J’étais jeune, j’étais fou et je pensais tout savoir. Pour moi c’était déjà joué. Je n’ai jamais pensé vivre au delà de 30 ans. Je voulais mourir dans une fusillade. Je ne voulais pas vivre longtemps, ce n’était pas mon ambition. Vivre vite et mourir jeune, c’était mon but.

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Comme souvent dans le cas d’addictions, Murphy ne se rend pas compte de la gravité de la situation. Pire, il intensifie sa consommation sans aucune limite, conquis par les effets de la cocaïne :

La coke intensifiait tout chez moi. Ma libido, ma conscience, mon énergie, ma confiance en moi… Et je trouvais que ça me rendait meilleur sur le parquet. A la fin de ma carrière, j’en sniffais pendant les matchs. J’étais à Boston, à côté d’un gars comme Nate Archibald, et je m’enfilais de la poudre pendant que ça jouait sous mes yeux. Je la cachais sous une serviette. Tout le vestiaire s’est éloigné de moi, et évidemment ma carrière a vite pris fin après ça.



Rapidement, l’addiction devient hors de contrôle pour Murphy, qui n’est plus qu’un fantôme, l’ombre de lui-même :

J’avais l’habitude de bien m’habiller, de bien manger, de prendre soin de moi. Tout a changé, ça m’a retourné. J’étais gentil et aimant, je suis devenu malhonnête et vicieux. J’étais sociable, je suis devenu antisocial. Je sniffais jour et nuit, je n’avais aucun contrôle. Si on jouait le vendredi et le samedi, je ne dormais pas et je prenais de la drogue jusqu’à une heure avant le match. Mon corps était en train d’imploser.

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En 1980, à seulement 28 ans, la carrière NBA de « Bad News » prend fin. L’héritier annoncé de Julius Erving avait été happé par ses démons, dans ce qui constitue l’un des plus grands gâchis de l’histoire. Sans le basket pour maintenir un semblant de routine, Murphy s’enfonce et effectue plusieurs séjours derrière les barreaux. C’est là, à la prison de Fort Stockton, que le tournant s’opère :

Je me suis battu avec un co-détenu. Et en prison les gardiens n’essaient pas de stopper les bagarres, ils ramassent juste les corps. J’ai failli tuer ce mec – d’ailleurs, j’essayais de le tuer. Il était inconscient et je tapais sa tête sur le ciment. D’un coup, j’ai lâché, et je ne savais pas s’il était mort ou pas. C’était le tournant pour moi. J’avais touché le fond, et je ne pouvais que remonter. Je ne pouvais pas tomber plus bas.

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Après cet épisode, « Bad News » stoppe la drogue, finit sa peine et se ré-insère dans la société, essayant notamment de sensibiliser les jeunes à ne pas emprunter la même route destructrice que lui. Mais au milieu des années 2010, le sulfureux passé de Murphy l’a rattrapé. Son foie, épuisé par les excès d’antan, était en train de le gangréner de l’intérieur. Après une vaillante bataille, l’ex joueur des Celtics et des Clippers s’est éteint en 2014 à 62 ans, laissant le souvenir d’un grandiose talent, gâché par la poudre blanche.

Près d’une décennie après son dernier souffle, Marvin Barnes demeure l’une des tragédies les plus significatives de l’histoire de la NBA. Et un exemple dont les nouvelles générations doivent à tout prix s’inspirer pour ne pas tomber dans les mêmes profondeurs…

NBA 24/24

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