Face à Bernard Pivot, le coup de gueule mémorable de Mohamed Ali sur la France : « À Paris, les noirs…

Mohamed Ali et Bernard Pivot
AfroMarxist (DR) / France TV (DR)

Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web

Légende absolue de la boxe mondiale, Mohamed Ali n’a jamais été du genre à mâcher ses mots. En dehors du ring, le champion américain s’est imposé comme une voix puissante, souvent dérangeante, toujours engagée. Lors d’un passage remarqué en France dans les années 1970, il a livré une analyse sans concession de la société. Un échange resté dans les mémoires.

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Figure majeure du sport et de la lutte pour les droits civiques, Mohamed Ali a marqué bien au-delà de ses exploits sportifs. Triple champion du monde des poids lourds, l’Américain était aussi un orateur hors pair, capable de captiver, de provoquer et de bousculer son auditoire. Son engagement contre la guerre du Vietnam et contre le racisme systémique lui a valu autant d’admirateurs que de détracteurs, parfois au prix fort.

À une époque où peu d’athlètes osaient s’opposer frontalement au pouvoir en place, le boxeur avait refusé d’être enrôlé pour la guerre du Vietnam. Une décision qui lui avait coûté ses titres, plusieurs années de suspension et une condamnation judiciaire. Mais loin de le faire taire, cet épisode avait renforcé sa détermination à dénoncer les injustices, y compris hors des États-Unis.

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C’est dans ce contexte qu’en 1976, Mohamed Ali est invité sur le plateau de l’émission Apostrophes, alors animée par Bernard Pivot. Face au célèbre journaliste français, la discussion autour de son supposé sens de la provocation prend rapidement une tournure politique et sociale. Le champion se lance alors dans une tirade aussi frontale que percutante :

« Mes fanfaronnades gênent plus les blancs que les noirs. Parce que pour les noirs, je peux vous assurer que mon comportement leur donne un sentiment de confiance. Parce que n’oubliez pas que nous sommes les inférieurs. Et eux sont fiers de voir un de leurs frères en train de dire aux gens ce qu’il a à leur dire. »

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Mais Mohamed Ali ne s’arrête pas là. Sans détour, il inclut la France dans sa réflexion sur le traitement réservé aux populations noires en Occident, provoquant un certain malaise sur le plateau :

« À Paris, comme en Angleterre ou en Amérique, les noirs ont l’impression d’être traités comme des animaux. Alors c’est une revanche pour eux quand ils me voient au sommet. C’est une inspiration. Vous en revanche, vous, vous ne m’aimez pas beaucoup, parce que vous vous dites : “Quel est ce noir qui ouvre sa grande gueule ?! Nous ne lui avons jamais appris à se comporter comme ça, nous avons fait des esclaves des gens comme ça.” »

Ce passage télévisé reste l’un des témoignages les plus forts de la personnalité complexe et courageuse de Mohamed Ali. Champion hors normes et immense tribun, il a utilisé chaque tribune pour porter sa parole, convaincu que ses mots pouvaient frapper aussi fort que ses poings. Un héritage intact, près d’un demi-siècle plus tard.

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