Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
Anthony Davis incarne depuis longtemps ce paradoxe propre à certaines grandes carrières NBA : un talent immense, reconnu par tous, mais constamment freiné par des obstacles physiques. Capable de dominer des deux côtés du terrain lorsqu’il est en pleine possession de ses moyens, l’intérieur américain continue pourtant de susciter plus de questions que de certitudes au fil des saisons.
Lors du titre remporté en 2020 avec Los Angeles, Davis semblait destiné à s’installer durablement dans la discussion pour le trophée de MVP. Son impact des deux côtés du terrain, sa polyvalence et sa capacité à élever son niveau dans les moments clés faisaient de lui une référence incontestable parmi les intérieurs de la ligue. À l’époque, rares étaient les débats sur les meilleurs “bigs” sans que son nom ne s’impose naturellement.
Mais les années suivantes ont profondément modifié cette perception, suite notamment à son trade aux Mavericks. Les blessures se sont accumulées, les absences sont devenues récurrentes et la trajectoire de sa carrière a peu à peu perdu de son élan. Aujourd’hui, certains observateurs hésitent même à le placer parmi les cinq meilleurs intérieurs actuels, une réalité qui interpelle d’autant plus ceux qui ont connu la NBA de l’intérieur.
Un corps qui ne suit plus un talent d’élite
C’est précisément ce contraste qui a poussé Gilbert Arenas à s’exprimer sans détour. L’ancien scoreur vedette, aujourd’hui consultant, s’est dit sidéré par la fréquence et la nature des pépins physiques touchant Davis, au point de remettre en question sa capacité à rester durablement sur le parquet. « Il est dans la ligue depuis 14 ans et n’a atteint la barre des 65 matches que six fois dans toute sa carrière », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « J’essaie de comprendre… je n’ai jamais vu autant de petites blessures accumulées sur un seul joueur de toute ma vie ».
Pour Arenas, le plus déroutant reste le contraste entre certaines soirées de domination totale et ces absences répétées provoquées par des contacts parfois anodins. « On l’a vu se cogner légèrement le genou, le coude, le poignet… et réagir à chaque fois », a-t-il expliqué, comparant la situation à celle de légendes comme Allen Iverson ou Shaquille O’Neal, capables de jouer malgré des chocs bien plus violents.
Sur le plan du jeu, Davis n’a jamais été un intérieur organisateur à la Nikola Jokic, ni une force brute constante comme Giannis Antetokounmpo. En revanche, sa capacité à produire régulièrement des doubles-doubles à 20 ou 25 points, même lors de soirées moyennes, constituait sa plus grande valeur ajoutée. Ce niveau de constance, les blessures l’en ont progressivement privé.
À force d’absences et de retours précipités, l’aura intimidante de Davis s’est estompée. Là où sa présence suffisait autrefois à modifier les plans adverses, elle suscite désormais davantage d’interrogations que de crainte. Un constat amer pour ceux qui, comme Gilbert Arenas, continuent d’apercevoir par éclairs le potentiel d’un joueur qui aurait pu marquer l’histoire des intérieurs NBA, mais dont le corps semble refuser de suivre le rythme de ses ambitions.
