Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Habituée à aborder sans filtre des sujets encore jugés sensibles, Bérengère Krief poursuit son entreprise de déconstruction des tabous. À 43 ans, l’artiste revendique une parole libre sur le désir, le corps et la sexualité, loin des discours convenus. En 2024, elle a d’ailleurs placé ces thèmes au cœur de son spectacle intitulé « Sexe », assumant une démarche intime et audacieuse. Et ses récentes confidences n’ont fait que confirmer cette volonté de transparence.
Figure singulière de l’humour hexagonal, Bérengère Krief s’est imposée au fil des années avec un ton frontal et une approche personnelle des sujets intimes. Avec son spectacle « Sexe », présenté en 2024, l’ancienne du Jamel Comedy Club a choisi d’explorer son propre rapport à la sexualité pour mieux interroger celui des autres. Une prise de parole qui s’inscrit dans un parcours artistique marqué par la volonté constante de briser les non-dits et de questionner les normes.
Dans cette continuité, l’humoriste lyonnaise avait détaillé son évolution personnelle lors de son passage dans l’émission Téléphone Rose il y a quelques temps. Elle y avait évoqué son cheminement intime, expliquant comment sa perception du désir et des relations avait évolué au fil des années. Elle confiait ainsi :
« Je me suis longtemps confrontée au désir des hommes, j’étais en demande permanente d’expériences et d’explorations, j’étais très désirante, style : « est-ce que tu aimerais pas qu’on fasse ça ? »… J’étais clairement un objet désirant… Aujourd’hui je suis un sujet ! »
Au cours de cet entretien, celle qui a fait de l’introspection un moteur créatif était également revenue sur la genèse de ses spectacles et sur les réflexions qui ont nourri son travail. Entre lectures, expériences personnelles et remise en question, elle décrivait un parcours en constante évolution :
« Mon dernier spectacle s’appelait Amour, donc j’ai décidé d’aborder le Sexe naturellement. J’ai lu beaucoup de bouquins sur le sujet. On manque encore tellement d’informations sur le sexe, on arrive de manière brute sur le terrain… Moi par exemple j’ai eu une phase quand j’étais en couple très Devoir Conjugal : en mode, c’est mon homme, donc je lui dois ça… »
Mais fidèle à sa réputation, Bérengère Krief ne s’était pas arrêtée là. Toujours dans un registre assumé, elle avait accepté d’aborder des questions plus personnelles, mêlant humour et sincérité. Une manière pour elle de désacraliser certains sujets tout en conservant son ton décalé. Petit florilège :
« Mon body count (nombre de personnes avec qui elle a couché, ndlr) ? Plus de 30. Combien je me mets sur 20 au lit ? Je vais me baser sur les retour-clients ! Je me mettrais un petit 16 ! »
Par cette prise de parole sans détour, l’humoriste s’inscrit dans une dynamique plus large de libération de la parole autour de la sexualité. Dans un univers culturel longtemps dominé par des récits masculins, elle revendique une voix féminine assumée, à la fois drôle, lucide et décomplexée. Une manière, aussi, de rappeler que parler d’intimité peut être un acte à la fois personnel et profondément politique.
