Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 96 ans, Hugues Aufray continue d’impressionner par sa vitalité et sa présence sur scène. Loin de se contenter d’évoquer sa carrière exceptionnelle, le chanteur accepte également de revenir sur des épisodes beaucoup plus personnels de son existence. Au fil des années, l’artiste s’est montré de plus en plus ouvert sur certaines blessures de son enfance. Des confidences rares qui dévoilent une facette méconnue de celui que le public associe avant tout à « Santiano ».
Figure majeure de la chanson française depuis plus de six décennies, Hugues Aufray a traversé les époques sans jamais quitter le cœur des Français. Derrière l’image du chanteur populaire et du troubadour infatigable se cache pourtant un parcours marqué par plusieurs difficultés durant l’enfance. Dyslexie, scolarité atypique et troubles personnels ont accompagné les premières années de celui qui deviendra l’un des artistes les plus appréciés de sa génération.
C’est dans un documentaire diffusé sur France 3 que le nonagénaire a accepté de revenir sur un sujet dont il avait très rarement parlé publiquement : l’énurésie dont il a souffert pendant de nombreuses années. Un trouble encore largement tabou aujourd’hui et dont les conséquences psychologiques peuvent être importantes pour les enfants concernés.
« Je suis dyslexique, je suis gaucher, je suis énurétique, c’est-à-dire que je fais pipi au lit au-delà de l’âge normal […]. Jusqu’à 15 ans. Alors, je tiens à parler de ça parce que personne n’en parle vraiment jamais. Les gens ne savent pas à quel point c’est humiliant, parce qu’en plus de ça, on ne sait pas si c’est quelque chose de psychologique ou de mécanique »
Pour Hugues Aufray, cette situation a eu des répercussions bien au-delà de la simple gêne. Elle a profondément influencé son enfance et son rapport à la scolarité. Contrairement à ses frères, il n’a pas connu le même parcours éducatif, ce qui a nourri chez lui un sentiment d’exclusion particulièrement douloureux.
Poursuivant son témoignage, l’interprète de « Céline » a raconté les conséquences concrètes de ce trouble sur son quotidien :
« Quoi qu’il en soit, le résultat est le même, je vois mes frères partir à l’école avec un petit costume très joli. Ils sont pensionnaires. Moi, je reste à la maison (…) Et mon rêve, c’était d’aller en pension (…) J’ai été à l’école à l’âge de 12 ans. (…) J’étais dans les jupes de ma mère, j’ai appris à la maison. Donc j’ai eu une enfance difficile. »
À travers ces confidences, l’artiste apporte un éclairage nouveau sur un parcours que beaucoup imaginaient plus simple. Son témoignage rappelle que certaines difficultés de l’enfance peuvent laisser une empreinte durable, même chez ceux qui connaîtront ensuite une immense réussite.
En choisissant de parler ouvertement de cette épreuve à 96 ans, Hugues Aufray contribue également à briser un tabou encore très présent. Une démarche qui s’inscrit dans la sincérité qui caractérise ses prises de parole et qui donne une dimension supplémentaire à l’histoire d’un artiste dont le public continue de découvrir de nouvelles facettes.
