Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Plus de trois décennies après sa disparition, Serge Gainsbourg demeure l’une des personnalités les plus fascinantes de la culture française. Derrière ses provocations, ses apparitions sulfureuses et son personnage volontiers excessif, l’artiste cachait pourtant une réalité bien plus complexe. Un proche de longue date a récemment révélé une habitude méconnue qui en dit long sur les peurs qui ont accompagné le chanteur toute sa vie.
Auteur de chansons devenues cultes, Serge Gainsbourg a marqué plusieurs générations grâce à son univers unique, mêlant poésie, audace et modernité. Décédé le 2 mars 1991, l’interprète de « La Javanaise » a souvent cultivé une image d’artiste désordonné et imprévisible. Pourtant, ceux qui l’ont côtoyé au quotidien décrivent un homme très différent de celui que le public croyait connaître.
Au fil des années, plusieurs proches ont ainsi raconté que le musicien accordait une grande importance aux détails et à l’organisation. Une facette rarement mise en avant, mais qui contrastait fortement avec l’apparence négligée qu’il affichait volontiers devant les caméras. Son célèbre look, devenu emblématique, relevait d’ailleurs davantage d’une construction minutieuse que d’un véritable laisser-aller.
Invité de l’émission Bonus Track en 2022, Jacky Jakubowicz, attaché de presse historique et ami du chanteur, avait livré un premier éclairage sur cette personnalité méconnue :
« C’était quelqu’un de très précis, contrairement aux apparences. Il n’a jamais été bordélique, et il était même très ponctuel. Avant une interview, il voulait connaître le nom du journaliste et lire l’article avant sa publication. »
Cette rigueur surprenante n’était toutefois qu’une partie de la réalité. Car derrière le perfectionnisme du créateur se cachait également une histoire personnelle profondément marquée par les événements du XXe siècle. Une dimension plus intime que Jacky Jakubowicz a évoquée lors d’un entretien accordé à Sud Radio.
Avant de revenir sur certains souvenirs communs, le proche de Serge Gainsbourg expliquait ce qui les avait rapprochés dès leurs premières rencontres :
« Il me l’a dit après, mais on est tous les deux juifs ashkénazes. Il aimait bien mon allure, j’avais des vestes de toutes les couleurs. Et il avait vu que j’aimais bien le rock. »
Cette proximité s’est construite autour de références communes, mais aussi d’une mémoire collective particulièrement forte. Né en 1928, Serge Gainsbourg avait vécu son adolescence pendant l’Occupation. En tant que juif, il avait été confronté à un climat de peur et d’incertitude qui allait durablement marquer sa vision du monde.
Toujours sur Sud Radio, Jacky Jakubowicz a ainsi dévoilé une habitude étonnante que le chanteur aurait conservée jusqu’à la fin de sa vie :
« Oui oui ! Il avait toujours de l’argent sur lui. Du liquide dans une mallette. Il avait toujours peur, pour lui il y avait toujours la zone libre et la zone occupée. Donc s’il devait fuir, au moins il avait de l’argent sur lui. Il vivait dans cette angoisse-là. »
Cette confidence apporte un éclairage inédit sur l’homme derrière le personnage public. Alors que beaucoup retenaient surtout ses provocations médiatiques ou son goût pour l’excès, Serge Gainsbourg portait en lui des angoisses héritées de son enfance et de l’histoire de sa communauté.
À travers ce témoignage, c’est une autre image de l’artiste qui apparaît. Celle d’un homme resté profondément marqué par les traumatismes de son époque, au point de conserver en permanence une réserve d’argent prête à l’accompagner en cas de départ précipité. Un détail méconnu qui rappelle que derrière la légende de la chanson française se cachait aussi une personnalité façonnée par des peurs bien réelles et une mémoire impossible à effacer.
