Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Certaines cérémonies des César restent dans les mémoires pour les films qu’elles récompensent. D’autres, pour les discours et les polémiques qui les entourent. Celle de 2020 a incontestablement appartenu à cette seconde catégorie. Dans un contexte particulièrement tendu pour le cinéma français, Florence Foresti avait accepté de prendre les commandes d’une soirée placée sous haute tension. Et ses propos sur Patrick Bruel refont forcément surface 6 ans après…
Figure incontournable de l’humour français, Florence Foresti se retrouvait ce soir-là dans une position délicate. La 45e cérémonie des César intervenait alors que l’Académie traversait une crise majeure, sur fond de contestations et de débats autour de plusieurs affaires très médiatisées. Dans la salle Pleyel, à Paris, l’artiste avait choisi d’aborder frontalement ces sujets sensibles, fidèle à son style mordant et sans concession.
Dès les premières minutes de la cérémonie, l’humoriste donnait le ton avec une série de plaisanteries visant l’actualité du moment. Face à une assemblée parfois déstabilisée, elle alternait les références au cinéma, à la politique et aux affaires qui faisaient alors la une des médias.
Sur scène, Florence Foresti lançait notamment :
« Bonsoir mesdemoiselles, bonsoir mesdames et… Ah si, il en reste. Bonsoir messieurs. Peut-être qu’ils ont un bracelet électronique. Je suis très heureuse d’être là. Enfin ‘très heureuse’, non, ce n’est pas le mot qui prédomine, ce n’est pas le sentiment premier. On va dire que je suis très, euh… courageuse d’être là ! »
Au fil de la soirée, l’humoriste avait multiplié les références aux débats qui secouaient alors le monde du cinéma. Roman Polanski, nommé à plusieurs reprises lors de cette édition, figurait notamment parmi les cibles récurrentes de ses interventions.
Mais un autre passage allait également retenir l’attention. Sans citer directement Patrick Bruel, Florence Foresti faisait allusion aux accusations dont le chanteur et comédien faisait alors l’objet. L’artiste bénéficiait à cette époque de la présomption d’innocence et n’avait pas été jugé pour les faits évoqués, tandis que tous les autres scandales n’avaient pas encore fuité. Mais Foresti, déjà, ne l’avait pas loupé :
« Un acteur a été accusé de se mettre nu devant sa masseuse. J’ai lu sa défense : ‘J’avais chaud’. C’est vrai, on était en Corse, en été. Vous avez déjà essayé de garder un slip jetable par cette chaleur ? C’est vrai Weinstein, chaud. DSK, chaud. Epstein, chaud… Si vous vous mettez nu dans l’espoir de nous exciter, comment dire ? Les gars, vous aurez plus de chance de nous choper avec un bout de pain ».
Fidèle à son humour corrosif, la Lyonnaise avait conclu avec une dernière pique particulièrement remarquée :
« La nudité ne va pas à tout le monde. Ça s’essaie en cabine avant. Passé à un certain âge, un certain poids, en tout cas. Weinstein est moins dégueulasse habillé que nu. Bref, c’était mon message aux prédateurs : couvrez-vous ».
Cette soirée des César demeure aujourd’hui l’une des plus commentées de ces dernières années. Entre humour, provocation et prise de position, Florence Foresti avait choisi de ne pas contourner les sujets qui agitaient alors le monde du spectacle. Une prestation qui, plusieurs années après, continue d’alimenter les débats, au moment où l’empire Patrick Bruel s’écroule pour de bon.
