Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Plus de quarante ans après l’âge d’or de Téléphone, les souvenirs des débuts du groupe continuent de passionner les amateurs de rock français. Entre répétitions improvisées, débrouille et passion dévorante pour la musique, les membres du quatuor ont vécu des années aussi intenses qu’insouciantes. Louis Bertignac est récemment revenu sur l’une de ces anecdotes méconnues qui illustre parfaitement la complicité qui le liait alors à Jean-Louis Aubert.
Groupe mythique du rock hexagonal, Téléphone a marqué toute une génération avec des titres devenus incontournables. Derrière les succès, les tournées et la célébrité, l’aventure a d’abord été celle de quatre jeunes musiciens animés par une même passion. Parmi eux, Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac ont très rapidement développé une relation privilégiée, fondée autant sur leur amitié que sur leur amour de la musique.
Bien avant de remplir les plus grandes salles de France, les deux artistes passaient une grande partie de leur temps ensemble. À cette époque, leur obsession était simple : jouer, composer et progresser. Peu importaient les conditions ou les horaires, tant qu’ils pouvaient prendre leurs guitares et laisser libre cours à leur créativité.
Invité du podcast Addiktion animé par Laurent Karila, Louis Bertignac s’est souvenu de ces soirées passées loin des regards, à bord de sa célèbre 4L :
« Il y a eu pas mal d’histoire avec Jean-Louis et la 4L que j’avais (rires). On traînait beaucoup ensemble, et presque tous les soirs, vu qu’on adorait jouer et que les voisins n’aimaient pas qu’on joue, on se barrait avec la 4L, on allait dans le Bois de Boulogne, on se trouvait un coin tranquille, et on se mettait à jouer. C’était une fourgonnette, on jouait à l’arrière, et personne ne venait nous emmerder. »
Cette anecdote résume à elle seule l’état d’esprit qui animait alors les deux futurs rockeurs. Loin des studios professionnels et des grandes scènes, ils cherchaient simplement un endroit où pratiquer leur passion sans être dérangés. Des moments de liberté qui ont contribué à forger leur identité musicale et leur complicité artistique.
Mais comme beaucoup de groupes rock de cette génération, Téléphone a également connu une période marquée par certains excès. Louis Bertignac n’a jamais cherché à dissimuler cette partie de son histoire et évoque régulièrement son rapport passé aux drogues avec beaucoup de franchise. Au cours du même entretien, le guitariste a ainsi expliqué :
« Quand j’étais avec Téléphone, l’époque où j’étais vraiment dans l’héroïne, je n’allais jamais répéter défoncé. Et quand je partais en tournée, c’était justement la décroche. Je ne consommais jamais pendant les tournées, même en after. Pas du tout. Je re-consommais quand la tournée se terminait et que je rentrais à Paris, sinon jamais. »
Le musicien a également détaillé la manière dont il vivait ces périodes d’arrêt temporaire lorsqu’il partait sur les routes avec le groupe. Malgré les difficultés liées au sevrage, il veillait à préserver ses performances sur scène. Toujours dans le podcast Addiktion, Louis Bertignac précisait :
« Pendant Téléphone, chaque départ en tournée était une occasion de décrocher. Pendant les deux ou trois premiers concerts, je suais beaucoup, et j’étais un peu fébrile. Mais après, ça partait, et j’avais décroché. Je gardais quand même le tabac et le cannabis. Le cannabis, ça ne me dérangeait pas de jouer sous ça. De toute façon ça m’a jamais fait grand chose, c’était une habitude, comme le tabac. »
Avec le recul, Louis Bertignac regarde aujourd’hui cette période avec lucidité. Derrière les excès souvent associés à l’univers du rock, il retient surtout les souvenirs d’une jeunesse consacrée à la musique et les liens indéfectibles noués avec ses compagnons d’aventure. Des soirées improvisées dans une 4L au Bois de Boulogne aux plus grandes scènes du pays, son histoire avec Jean-Louis Aubert demeure l’une des plus marquantes du rock français.
