Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Loin des projecteurs depuis de longues années, Jean-Jacques Goldman continue pourtant d’influencer les Enfoirés dans l’ombre. S’il n’apparaît plus sur scène, le chanteur n’a jamais totalement coupé le lien avec le spectacle qu’il a façonné pendant des décennies. Et lorsqu’une décision lui semble incompréhensible, il n’hésite pas à le faire savoir. Quitte à hausser le ton.
Figure incontournable de la chanson française, Jean-Jacques Goldman a longtemps été le véritable chef d’orchestre des Enfoirés. Pendant plus de vingt ans, l’interprète de Là-bas a imposé une ligne artistique, un esprit et une exigence qui ont largement contribué au succès populaire de la troupe au profit des Restos du Cœur. Son retrait officiel en 2016 avait marqué un tournant, laissant penser qu’il s’était définitivement mis en retrait du projet.
Pourtant, en coulisses, l’artiste n’a jamais complètement disparu. Toujours attentif à l’évolution des Enfoirés, Goldman continue d’échanger ponctuellement avec l’équipe historique. Et certaines absences, à ses yeux, ne passent pas inaperçues. C’est notamment le cas concernant Antoine Dupont, devenu entre-temps l’une des plus grandes stars du sport français.
Dans des propos rapportés par Anne Marcassus, productrice artistique des Enfoirés depuis 1993, lors d’un entretien accordé à Télé-Loisirs, Jean-Jacques Goldman s’était montré particulièrement agacé par l’oubli du capitaine du XV de France :
« Il y a deux ans, Jean-Jacques Goldman me dit : « Qui a fait cette erreur de ne pas penser à Antoine Dupont ? », avant même que tout le monde en parle. Il ajoute : « C’est le plus grand joueur de rugby au monde, c’est quelqu’un qui a l’esprit pour les Enfoirés, comment vous avez pu ne pas y penser ?! » »
Le message est reçu cinq sur cinq. Dans la foulée, Antoine Dupont intègre la troupe et participe pour la première fois au spectacle, avant de renouveler l’expérience les années suivantes. Une arrivée que le principal intéressé n’a jamais vraiment dissociée de l’intervention du monument de la chanson française. Interrogé à son tour, le joueur du Stade Toulousain avait d’ailleurs reconnu l’origine de cette invitation, confirmant l’influence intacte de Goldman :
« Je crois que la demande est venue de Jean-Jacques Goldman qui est un grand amateur de rugby. Anne Marcassus, la directrice artistique des Enfoirés, est amie avec Isabelle Ithurburu et celle-ci nous a mis en contact »
Malgré sa réserve naturelle, le champion du monde de rugby à XV a rapidement trouvé sa place parmi les artistes. Entouré de figures bienveillantes, il a expliqué s’être appuyé sur certains habitués et d’autres nouveaux venus pour apprivoiser cet univers éloigné des terrains, dont le pilote de Formule 1 Esteban Ocon :
« Nous ne sommes pas dans notre univers de prédilection, nous avions les mêmes appréhensions et nous nous étions déjà croisés à d’autres reprises, donc c’est toujours sympa de voir des visages familiers. »
Plusieurs années après son départ officiel, Jean-Jacques Goldman prouve ainsi qu’il reste une voix écoutée et respectée au sein des Enfoirés. Sans jamais chercher la lumière, il continue d’incarner une forme d’autorité morale et artistique. Une présence discrète, mais toujours décisive, qui rappelle que certaines figures ne quittent jamais vraiment la scène.
