Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
Victor Wembanyama fascine autant qu’il interroge. À chaque apparition, le prodige français repousse un peu plus les limites habituelles du jeu, tout en rappelant la fragilité qui accompagne les trajectoires hors normes. Face à lui, certains savent mieux que quiconque ce que signifie durer au sommet avec un corps atypique. Giannis Antetokounmpo en fait partie, et son regard sur l’évolution de Wembanyama n’a rien d’anodin.
Après la large victoire de San Antonio contre Milwaukee, les deux géants se sont longuement entretenus au centre du parquet. Une discussion volontairement tenue à l’écart des micros, mais dont les grandes lignes ont rapidement émergé. Giannis Antetokounmpo n’a pas caché son admiration pour le parcours et le potentiel de Wembanyama, tout en soulignant ce qui, selon lui, conditionnera toute sa carrière : la santé et la capacité à protéger son corps sur la durée.
Pour Antetokounmpo, le parallèle est évident. Avant Wembanyama, c’est lui qui incarnait cette anomalie physique capable de mêler taille, mobilité et créativité. Le Grec sait à quel point la longévité d’un tel profil est difficile à garantir dans une ligue où les contacts sont constants et ciblés. Il voit chez le Français une ambition démesurée, parfois encore brute, mais aussi une marge de progression presque illimitée s’il parvient à franchir certains caps sans se briser.
La santé, condition absolue de la grandeur
Les dernières semaines ont ravivé ces interrogations autour de Wembanyama. Chutes répétées, contacts violents, frayeurs visibles sur le banc : son corps est déjà mis à rude épreuve. Giannis a insisté sur ce point après la rencontre, rappelant que le talent seul ne suffit pas à construire une carrière d’exception. « Tant qu’il reste en bonne santé, il est le futur de cette ligue. Le ciel est la limite », a expliqué le leader des Bucks, avant d’ajouter qu’il devait « baisser la tête, travailler et apprendre à mener son équipe vers la victoire ».
Wembanyama est aujourd’hui à ce carrefour. Ses forces compensent encore beaucoup de ses faiblesses, mais la ligue s’adapte vite. Les contacts s’intensifient, les stratégies se durcissent, et chaque chute rappelle que son plus grand adversaire n’est pas toujours en face de lui. Giannis le sait, et c’est aussi pour cela qu’il se projette déjà vers l’avenir avec une forme d’impatience compétitive.
Le double MVP ne cache pas son désir de voir le Français atteindre son plein potentiel. « Quand il arrivera à son niveau final, ce sera un cauchemar », a-t-il lâché avec un sourire. « J’aime jouer contre les meilleurs. J’aimerais voir cette version ultime et l’affronter avant d’être trop vieux ». Une manière de dire que le respect est déjà là, mais que le plus dur reste à venir.
Wembanyama, lucide, sait qu’il n’a pas encore toutes les réponses. Il apprend, ajuste, encaisse. Cette saison charnière, souvent la plus éprouvante physiquement, dira beaucoup sur sa capacité à franchir ce cap sans y laisser trop de plumes. S’il y parvient, alors le scénario évoqué par Giannis pourrait devenir réalité : celui d’un duel au sommet, entre deux générations de géants, enfin réunies à leur apogée.
