Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
Nikola Jokic fascine autant par son génie sur le parquet que par son détachement apparent en dehors. Peu présent sur les réseaux sociaux, rarement expansif en interview, le pivot serbe cultive une image presque nonchalante. Beaucoup y voient la preuve qu’il considère le basket comme un simple métier, loin d’une obsession dévorante.
Cette perception s’est installée au fil des années. Entre ses réponses minimalistes et son amour affiché pour les chevaux et la vie familiale en Serbie, Jokic semble parfois distant par rapport au tumulte médiatique qui entoure les superstars NBA. Pourtant, ceux qui l’ont côtoyé de près racontent une tout autre histoire.
L’ancien GM des Denver Nuggets, Calvin Booth, a tenu à corriger cette idée. « Je suis amusé par la façon dont il a, faute de meilleur mot, trompé tout le monde en leur faisant croire qu’il n’aimait pas tant que ça le basket », a-t-il expliqué sur The Kevin O’Connor Show. Il a poursuivi : « Je ne pense pas que ce soit intentionnel… mais vous lui parlez d’un match d’EuroLeague au hasard et il vous dit : ‘Oui, je l’ai regardé.’ Je pense qu’il regarde toujours du basket. Je pense qu’il est obsédé. »
Une obsession discrète mais constante
Booth a observé l’ascension de Jokic depuis les coulisses, d’abord comme dirigeant adjoint puis comme GM. Il a vu le Serbe passer du statut de talent sous-estimé à celui de triple MVP et champion NBA. Selon lui, ce niveau de domination ne peut exister sans une implication totale et quotidienne.
Derrière l’attitude décontractée se cacherait donc un travailleur acharné, passionné par les détails du jeu. Visionnage constant, compréhension tactique fine, anticipation des couvertures défensives : Jokic ne laisse rien au hasard. Sa maîtrise du tempo et des angles ne relève pas d’un simple talent naturel.
Booth résume finalement la hiérarchie intérieure du pivot. « Je pense que la famille passe en premier, le basket en deuxième, peu importe ce qu’il peut dire publiquement. » Une manière de souligner que l’amour du jeu est bien là, simplement moins bruyant que chez d’autres stars.
Les chiffres confirment cette implication. Cette saison encore, Jokic tourne autour de 29 points, 12 rebonds et 10 passes de moyenne, restant dans la course au trophée de MVP. Son impact dépasse la statistique brute : il dicte le rythme, orchestre l’attaque et élève ses coéquipiers. Jokic n’a peut-être jamais cherché à convaincre qu’il était obsédé par le basket. Il préfère laisser parler son jeu.
