Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Ils ont incarné, chacun à leur manière, une certaine idée du panache à la française. L’un faisait vibrer les salles obscures, l’autre électrisait les foules sur scène. Johnny Hallyday et Jean-Paul Belmondo ont longtemps fasciné par leurs excès autant que par leur talent. Mais derrière la légende, un épisode explosif a bien failli ternir leur première rencontre...
Au début des années 1960, Johnny Hallyday et Jean-Paul Belmondo ne sont pas encore les monuments qu’ils deviendront, mais déjà deux figures majeures de leur génération. Figure montante du rock hexagonal, l’interprète de “Laisse les filles” impose son énergie brute et son image de rebelle. De son côté, Jean-Paul Belmondo, révélé par la Nouvelle Vague, s’affirme comme un acteur audacieux, réalisant lui-même ses cascades et cultivant une virilité sans artifice. Deux tempéraments entiers, deux orgueils solides, réunis un soir dans un bar parisien.
Dans le Paris nocturne de l’époque, artistes et comédiens se croisent dans une atmosphère chargée d’électricité. Les discussions s’enflamment vite, les egos aussi. Ce soir-là, une remarque du jeune chanteur va mettre le feu aux poudres. Au micro de RTL, Jean-Jacques Debout est revenu sur cette première rencontre sous tension :
« C’est la première fois qu’ils se rencontraient, et Johnny lui avait dit : “Tu dis que tu fais des acrobaties dans le ciel et que tu t’accroches à un hélicoptère mais en réalité je crois que par moments tu dois te faire doubler”. Jean-Paul [Belmondo] avait un mis un point d’honneur à faire toutes les acrobaties qu’on lui connaissait. Il n’avait pas compris pourquoi le jeune Johnny Hallyday commence à lui dire qu’il ne croyait pas que c’était lui qui faisait les acrobaties. »
La pique touche en plein orgueil l’acteur, réputé pour refuser les doublures. Ce qui aurait pu rester une provocation de comptoir dégénère rapidement. Dans son autobiographie La couleur des fantômes, Jean-Jacques Debout raconte la suite d’une soirée qui bascule dans la violence :
« Ils se sont engueulés et sont carrément sortis dans la rue pour se battre. Est-ce que c’était pour une histoire de filles ? Je n’ai jamais compris la raison de cette algarade. Aucun des deux ne me l’a confiée. Ils buvaient un coup et se sont soudainement engueulés. Avec la musique, je n’entendais rien à ce qu’ils se reprochaient l’un et l’autre. Je les ai suivis à l’extérieur.
Ils se sont échangés des coups de poing. Belmondo tapait dur ! Il était surexcité. La baston a duré un bon quart d’heure, puis ils sont rentrés dans un sale état. Belmondo avait griffé Johnny, dont les joues saignaient, avec un œil à moitié au beurre noir. Johnny avait malgré tout bien tapé car Jean-Paul avait la chemise arrachée. »
La scène, digne d’un film noir, laisse les deux hommes marqués physiquement mais pas brisés. Quelques jours plus tard, l’animosité laisse place à une forme de respect mutuel. Toujours selon Jean-Jacques Debout, Johnny Hallyday lui-même a réagi avec un mélange d’admiration et d’autodérision :
« Johnny m’a dit : “Tu te rends compte, je me fais casser la gueule par Belmondo alors que je l’admire. Je me rue au cinéma à chacun de ses films ! Ça la fout mal…” Ils se sont réconciliés huit jours après, et ils sont devenus copains pour la vie ! »
Ce face-à-face musclé n’aura finalement été qu’un passage orageux dans une relation appelée à durer. Entre le comédien casse-cou et la star du rock, la rivalité d’un soir s’est transformée en amitié sincère. Comme si, chez ces deux icônes, la confrontation était une manière de se reconnaître.
