Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Ils symbolisent à eux seuls deux générations du cinéma français. Louis de Funès, maître incontesté de la comédie, et Gérard Depardieu, acteur aux multiples visages, n’ont pourtant jamais partagé l’écran. Mais leurs trajectoires se sont croisées, et le regard porté par le second sur son aîné réserve quelques éclairages inattendus.
Acteur incontournable du cinéma hexagonal, Louis de Funès continue de faire rire des générations entières, bien après sa disparition. Ses collaborations avec des réalisateurs comme Gérard Oury ou Jean Girault ont donné naissance à des classiques intemporels. Derrière son énergie débordante à l’écran, l’homme cachait pourtant une personnalité bien plus discrète, souvent sujette à des interprétations contradictoires.
De son côté, Gérard Depardieu s’est imposé dès les années 1970 comme l’une des figures majeures du cinéma français. Une ascension qui lui a permis de croiser, brièvement, Louis de Funès, en dehors des plateaux. Invité sur TV5 Monde, il avait tenu à déconstruire certaines idées reçues sur le comédien :
« On a pu dire que les comiques comme Fernandel ou De Funès étaient radins ou mesquins, mais ce n’est pas vrai. J’ai pu rencontrer De Funès, c’était quelqu’un d’extrêmement discret respectueux des autres. C’est d’ailleurs peut-être ce qui lui permettait d’aller aussi loin dans la comédie. »
Un témoignage qui contraste avec d’autres récits, notamment celui de Patrice Laffont, qui évoquait ses souvenirs du tournage du Le Gendarme de Saint-Tropez. À l’époque jeune figurant, il racontait une ambiance parfois tendue liée à un manque de discipline :
« C’était les grandes vacances et on était toute une bande de jeunes qui ne pensaient qu’à déconner. Avant le tournage, on nous avait dit de ne surtout pas aller à la plage car si nous étions bronzés, c’était mauvais pour l’image sur la pellicule. Et bien sûr, le premier jour de tournage, on était noirs ! On s’est fait cartonner par le directeur de production. »
Il poursuivait en décrivant l’attitude du comédien face à ce comportement jugé peu professionnel :
« Autant le réalisateur Jean Girault tolérait nos écarts, autant Louis de Funès fulminait. Il ne nous fréquentait pas et ne nous disait même plus bonjour après quelques incartades en plateau, car pour lui nous n’étions pas professionnels. »
Deux visions différentes, mais un même constat : une exigence de travail sans compromis. Là où certains ont perçu de la dureté, Gérard Depardieu a vu une rigueur et une discrétion qui éclairent autrement la personnalité de Louis de Funès. Sans jamais avoir tourné ensemble, les deux hommes appartiennent pourtant au même panthéon du cinéma français, liés par l’admiration et les souvenirs de ceux qui ont croisé leur route.
