Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À bientôt 93 ans, Gérard Hernandez porte un regard lucide sur son parcours, marqué dès l’enfance par l’exil. Derrière le visage familier du comédien se cache une histoire personnelle profondément liée à la guerre et au déracinement. Arrivé très jeune en France, il n’a jamais oublié ce moment charnière qui a façonné son rapport au pays qui est devenu le sien.
Figure bien connue du cinéma et de la télévision française, Gérard Hernandez est né à Valladolid en 1933, dans une Espagne déchirée par la guerre civile. À seulement 5 ans, sa vie bascule lorsque sa famille décide de fuir. Direction la France, choisie presque naturellement, à la fois par proximité géographique et par attachement historique. Une arrivée qui marque le début d’une nouvelle vie, mais aussi de nombreux défis.
Invité récemment sur M6, l’acteur est revenu sur ce départ précipité, encore très présent dans sa mémoire :
« Je me souviens très bien de la première bombe. Mon père a dit : “On s’en va”. On est venus et on a choisi la France, d’abord parce que qui était le plus grand ami de l’Espagne ? C’était la France. On était des cousins germains, presque”. »
Mais l’arrivée sur le sol français ne s’est pas faite sans difficultés. Très vite, le jeune garçon doit affronter le regard des autres, les moqueries et la barrière de la langue. Une période douloureuse, qu’il évoque sans détour :
« J’en ai bavé quand même pas mal. J’étais différent. Je ne parlais pas bien le français, j’avais un accent épouvantable. Et bon, les moqueries, même à 5 ans, c’est dur. Puis 6 ans, 7 ans… Et à 7 ans, j’ai dit : “Nom de Dieu, je vais parler français aussi bien qu’eux !” »
Une détermination qui va marquer un tournant décisif. Porté par cette volonté d’intégration, Gérard Hernandez va peu à peu surmonter les obstacles, jusqu’à s’imposer comme l’un des visages les plus reconnaissables du paysage audiovisuel français.
Avec le recul, son parcours illustre celui de nombreux exilés ayant trouvé en France une terre d’accueil, malgré les difficultés initiales. Entre douleurs d’enfance et réussite professionnelle, Gérard Hernandez incarne une histoire profondément humaine, faite de résilience et d’attachement. Un lien fort avec la France, forgé dans l’épreuve, et assumé aujourd’hui avec une sincérité intacte.
