Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Née d’un père algérien et d’une mère marocaine, Amel Bent a très tôt fait de son identité un fil rouge de son parcours artistique. Depuis ses débuts, l’interprète de “Ma philosophie” s’est distinguée par une parole directe, souvent intime, sur ses origines et son rapport à la France. Une sincérité qui lui a valu autant d’adhésion que de débats, notamment lorsqu’elle s’est exprimée sans filtre sur son sentiment d’appartenance.
Révélée au grand public dans les années 2000, Amel Bent s’impose rapidement comme une artiste populaire, appréciée pour son authenticité et sa proximité avec son public. Derrière les tubes et les tournées, la chanteuse d’origine algérienne et marocaine n’a jamais éludé les questions liées à l’identité, un sujet central dans son parcours. À plusieurs reprises, elle a évoqué les tiraillements ressentis entre ses racines familiales et son pays de naissance, la France, assumant une réflexion complexe et personnelle sur ce double héritage.
En 2008, dans un entretien alors très commenté, la chanteuse avait tenu des propos particulièrement forts sur son ressenti à l’époque, évoquant sans détour son rapport encore en construction avec son identité française. Elle déclarait ainsi :
« Je suis fière d’être Algérienne, fière d’être la fille de ma mère (d’origine marocaine, ndlr), mais je ne peux pas dire encore que je suis fière d’être Française. Aujourd’hui, je ne peux pas brandir un drapeau bleu blanc rouge au cours de mes concerts, c’est plus facile de lever le drapeau de l’Algérie, alors que je ne connais pas l’Algérie. »
Au fil des années, celle qui a marqué la scène musicale française a continué à revenir sur ce sujet sensible, en apportant davantage de nuances et de recul. En 2014, elle insistait sur la complexité de ce rapport à la France, entre attachement, incompréhension et vécu personnel :
« Je n’ai pas à prouver à ces gens que j’aime la France. C’est quoi ce débat ? Ma fiscaliste me dit : « Ah ! S’il y avait plus de gens qui payaient leurs impôts avec le sourire comme vous… » Or, il y a des bons Français qui se barrent d’ici pour ne pas payer. Moi, j’aime mon pays, j’aime la France. Avec les concerts, je connais plus de villes, de villages que n’importe qui. Mais, pour certains, si je critique le président, mon président, on va me dire « retourne dans ton pays », que j’aime pas la France, parce que je suis une enfant d’immigrés. C’est triste. »
Plus récemment, Amel Bent a évoqué une forme d’apaisement et de réconciliation avec son identité multiple. Désormais, la chanteuse revendique pleinement ses origines et son attachement à ses différentes appartenances, sans les opposer. En 2025, lors d’un événement au consulat d’Algérie à Paris, elle a notamment officialisé un nouveau lien administratif et symbolique avec le pays de son père. Elle confiait alors :
« Je n’avais pas la nationalité algérienne et je suis algérienne officiellement depuis quelques mois. Et j’en suis extrêmement fière, même si c’est pas les papiers qui font ni l’amour ni la fierté. Mais aujourd’hui, je suis fière d’avoir mes papiers. Je suis fière d’avoir deux maisons, et d’aller en Algérie et je me sens chez moi. Et ce soir, je me sens chez moi avec vous, entre algériens, entre algériennes ».
Entre blessures du passé et affirmation apaisée, Amel Bent trace aujourd’hui un chemin où ses identités ne s’opposent plus mais cohabitent. Un équilibre qu’elle revendique désormais comme une richesse, reflet d’un parcours personnel et artistique profondément marqué par la question des origines.
