Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Disparu en 1986, Coluche continue de fasciner autant qu’il intrigue. Icône de l’humour et figure populaire, l’artiste a marqué son époque par son talent, mais aussi par un caractère bien trempé. Derrière l’image du provocateur au grand cœur, certains témoignages dévoilent une personnalité plus complexe. Et certains souvenirs, restés longtemps en coulisses, viennent aujourd’hui nuancer la légende.
Figure majeure du cinéma et de l’humour français, Michel Colucci, alias Coluche, a longtemps gravité autour de la troupe du Splendid, aux côtés de comédiens comme Josiane Balasko, Michel Blanc ou encore Gérard Lanvin. Si des liens artistiques et amicaux existaient, les relations n’étaient pas toujours simples. Le réalisateur Jean-Marie Poiré, proche de cet univers, a ainsi livré un souvenir marquant, révélateur de tensions parfois inattendues.
Invité dans l’émission Quelle Époque, Jean-Marie Poiré est revenu sur une scène précise qui l’a profondément marqué, lors de la projection du film Les hommes préfèrent les grosses. Un moment qui, selon lui, illustre une facette plus rude de l’humoriste :
« Un homme d’un talent fou, très très drôle, très brillant, mais extrêmement antipathique dans la vie, en tout cas avec moi. Ce qui m’avait horriblement choqué avec Coluche, j’avais fait un film avec Balasko qui s’appelle ‘Les hommes préfèrent les grosses’… On a dit qu’on l’invitait à la projection et qu’on allait dîner après. Et il ne lui a pas fait un compliment. Pas un mot… Alors qu’ils étaient soi-disant très amis. Il disait d’ailleurs : ‘Toi tu es ma petite sœur, tous les deux, on est moches’. Bon… »
De son côté, Josiane Balasko n’a jamais réagi directement à cet épisode précis. Mais dans un entretien accordé en 2001 à Thierry Klifa, l’actrice évoquait déjà la relation ambivalente qu’elle entretenait avec Coluche, entre admiration et tensions. Elle confiait notamment :
« Coluche a été une rencontre décisive dans ma carrière et dans ma vie. Il est venu voir mon spectacle “La pipelette ne pipa plus” pour me proposer de faire Ginette Lacaze. On était béats devant lui, parce que c’était un comique rare. Il avait un vrai caractère de cochon. Et d’ailleurs nos rapports étaient parfois difficiles. Nous avons commencé dans les mêmes lieux, on a souvent travaillé ensemble, donc on m’avait très vite rebaptisée la petite sœur de Coluche. Ça me faisait chier. Je voulais être moi et n’être la sœur de personne. C’est pour ça que je me suis fait refaire le pif… C’était difficile d’être le double de Michel. »
L’actrice décrivait également des désaccords parfois vifs, liés à des tempéraments forts et à une volonté d’indépendance assumée :
« Nous avons eu de “grosses fâcheries” parce que c’était un chef de bande et je n’étais pas une courtisane. Non, je ne suis pas une courtisane ! Je voulais bien être l’amie de Coluche, mais je ne voulais pas faire partie de la bande. J’avais ma bande, qui était… moi toute seule. C’est pour ça que parfois on se fâchait, pour ça aussi qu’il m’estimait…
Quand il est mort, c’est un peu de ma jeunesse qui est partie avec lui. C’était vraiment une lumière qui s’éteignait. Et depuis personne n’a jamais rallumé la lumière. Elle est toujours éteinte… Il m’a appris à dire la vérité et ce que je pense au moment où je le pense. Et surtout à ne pas prendre de gants avec les gens qui font chier. »
À travers ces témoignages croisés, se dessine le portrait d’un artiste aussi brillant qu’exigeant, capable de susciter autant l’admiration que l’incompréhension. Si Coluche a laissé une empreinte indélébile dans la culture française, ceux qui l’ont côtoyé gardent en mémoire un homme aux multiples facettes, dont la complexité continue d’alimenter les récits bien après sa disparition.
