Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Avant que sa vie ne bascule définitivement, Pierre Palmade évoquait parfois avec humour certains épisodes liés à ses addictions. L’humoriste, qui n’a jamais caché ses excès passés, racontait volontiers les situations improbables dans lesquelles ils avaient pu le conduire. Parmi elles, une anecdote impliquant Jean-Jacques Goldman, dont la réaction particulièrement ferme l’avait marqué durablement. Un épisode révélateur de deux personnalités aux visions très différentes de la vie.
Longtemps considéré comme l’un des humoristes les plus populaires de France, Pierre Palmade a construit sa carrière sur un sens aigu de l’autodérision et de l’observation. Derrière les succès sur scène et à la télévision, l’artiste a toutefois dû composer avec des problèmes d’addiction qui ont régulièrement rythmé son parcours. Face à lui, Jean-Jacques Goldman incarnait au contraire une certaine rigueur, tant sur le plan personnel que professionnel. Une différence de tempérament qui allait finir par provoquer une rupture inattendue.
En 2019, lors d’un passage sur Rire et Chansons, Pierre Palmade était revenu sur une nuit particulièrement mouvementée. Après une soirée très arrosée, l’humoriste s’était retrouvé seul devant son piano, convaincu d’avoir trouvé une idée géniale qu’il fallait partager sans attendre :
« Je ne savais pas quoi faire, je n’avais pas envie de dormir, je rentrais d’une nuit bien arrosée… Je suis à mon piano et je fais trois notes. […] Je me dis : « Oh génial ! J’ai une idée de comédie musicale » ! J’appelle donc Jean-Jacques. »
Persuadé d’être inspiré, le comédien avait alors décroché son téléphone en pleine nuit pour contacter l’interprète de « Je te donne ». Malgré ses efforts pour paraître parfaitement sobre, son état n’avait manifestement échappé à personne :
« J’articule bien pour ne pas me faire griller : « Allo Jean-Jacques, ce serait bien qu’on se voie. J’ai une idée de comédie musicale. » Et là je m’endors et je cuve. »
Le lendemain, l’humoriste avait bien du mal à se remémorer les détails de cet appel nocturne. Lorsque Jean-Jacques Goldman était revenu vers lui, Pierre Palmade n’avait d’ailleurs pas cherché à nier l’évidence et avait reconnu les circonstances de cet échange pour le moins inhabituel :
« Excuse-moi, j’avais bu. C’était un coup de fil dont je me souviens même plus. »
Mais cette explication n’avait manifestement pas suffi à convaincre le chanteur. Connu pour sa discrétion et son exigence, Jean-Jacques Goldman avait choisi de prendre ses distances de manière radicale. Une décision qui avait surpris Pierre Palmade, tout en lui laissant un souvenir très précis :
« Un jour, il a changé de numéro de téléphone… Et il m’a pas donné son nouveau. »
À travers cette anecdote, Pierre Palmade mettait en lumière le contraste saisissant entre deux trajectoires et deux caractères. D’un côté, un artiste assumant publiquement ses excès ; de l’autre, une figure de la chanson française attachée à des principes de rigueur et de discrétion. Une histoire racontée sur le ton de l’humour, mais qui témoignait aussi des limites que Jean-Jacques Goldman semblait avoir fixées depuis longtemps dans ses relations personnelles.
