Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Depuis plus de vingt ans, Nicolas Canteloup s’est imposé comme l’un des imitateurs les plus redoutés du paysage médiatique français. Personnalités politiques, animateurs, journalistes ou célébrités, rares sont ceux qui ont échappé à ses caricatures. Mais en 2014, l’une de ses chroniques a provoqué la colère noire d’une figure incontournable de la radio, au point de donner lieu à un échange particulièrement explosif.
Humoriste phare des ondes françaises, Nicolas Canteloup faisait alors les beaux jours d’Europe 1 avec ses interventions quotidiennes consacrées à l’actualité. Connu pour son humour mordant, l’imitateur s’attaquait régulièrement aux personnalités médiatiques les plus exposées. Parmi ses cibles récurrentes figurait notamment Jean-Jacques Bourdin, célèbre journaliste de RMC et BFMTV, souvent caricaturé pour son ton incisif et ses interviews musclées.
À cette époque, la concurrence entre les grandes stations de radio est particulièrement vive. Les audiences sont scrutées de près et les piques entre animateurs ou journalistes ne sont pas rares. C’est dans ce contexte que Nicolas Canteloup déclenche une polémique en qualifiant ironiquement RMC de « Radio Marine Championne », une allusion aux résultats de Marine Le Pen dans les sondages du moment.
Cette séquence ne passe pas du tout auprès de Jean-Jacques Bourdin. Le même jour, alors qu’il anime son émission, le journaliste lit à l’antenne le message d’une auditrice évoquant ses interviews politiques. Rapidement, le ton monte et l’ancien visage emblématique de RMC règle ses comptes avec l’imitateur en direct. Sur son antenne, Jean-Jacques Bourdin lance alors :
« Ce Canteloup commence à me fatiguer d’ailleurs et si ça continue comme ça je prendrai les décisions qu’il faut. J’irai l’attraper au collet et j’irai lui dire ce que je pense ! Je ne pense pas que ça soit un homme, franchement. Attaquer les gens bassement et lâchement sans même que je l’ai rencontré une fois dans ma vie. Moi, si ça continue, je réagirai comme un mec ! Vous m’avez compris. »
Loin de s’arrêter là, le journaliste avait ensuite poursuivi son coup de colère. Visiblement blessé par ce qu’il considère comme une remise en cause de son impartialité professionnelle, il avait dénoncé des attaques qu’il jugeait injustifiées et particulièrement offensantes :
« En résumé, RMC c’est Radio Marine. Cette jalousie est vraiment désolante. Non seulement c’est désolant, mais c’est insultant. Et moi je n’aime pas me faire insulter. […] Et si ça continue, je ferai ce qu’il faut. Que ce soit bien entendu, Monsieur Canteloup ! »
L’échange prend alors une tournure encore plus tendue. Le journaliste ne cache plus son exaspération et insiste sur le fait qu’il refuse que son honnêteté soit publiquement remise en cause. Une réaction rare sur les ondes, où les règlements de comptes de cette intensité demeurent exceptionnels. Quelques instants plus tard, Jean-Jacques Bourdin poursuivait :
« Jusqu’à maintenant, je suis calme, mais il arrive un moment où mettre en doute mon intégrité et mon honnêteté professionnelle, CA SU-FFIT ! CA SU-FFIT ! Vous ne me connaissez pas mais je ne me laisserai pas faire ! Voilà, c’est tout ce que je peux vous dire… »
La tension atteint finalement son paroxysme lorsque plusieurs auditeurs prennent sa défense à l’antenne. Encouragé par ces messages de soutien, le journaliste évoque alors très clairement l’idée d’aller confronter directement l’humoriste dans les locaux de sa station concurrente. Toujours au cours de cette séquence, Jean-Jacques Bourdin déclarait :
« On verra si c’est un homme à un moment donné ou à un autre, on verra. Moi, si ça continue, je vais à Europe 1, je vous le dis, dans les studios et puis on réglera ça publiquement. Je vous le dis ! »
Plus de dix ans après les faits, cet épisode demeure l’un des moments les plus marquants de la carrière médiatique de Jean-Jacques Bourdin. Il illustre aussi la place particulière qu’occupe la satire dans le débat public français. Car si les imitations de Nicolas Canteloup ont souvent fait sourire les auditeurs, elles ont parfois touché certaines personnalités là où cela faisait le plus mal, provoquant des réactions aussi inattendues que spectaculaires.
