Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Habitué à tourner aussi bien en Belgique qu’en France, Benoît Poelvoorde connaît parfaitement les coulisses du cinéma des deux côtés de la frontière. L’acteur belge n’a jamais caché son attachement à son pays d’origine, ni son regard parfois critique sur certaines habitudes françaises. Avec son humour bien connu, il a résumé les différences entre les deux systèmes dans une anecdote aussi drôle que révélatrice.
Depuis plusieurs décennies, Benoît Poelvoorde s’est imposé comme l’une des grandes figures du cinéma belge, tout en multipliant les succès en France. Cette double expérience lui permet d’observer les méthodes de travail propres à chaque pays. Et selon lui, l’écart ne se limite pas aux budgets : c’est surtout l’état d’esprit sur les tournages qui change radicalement.
Lors d’une masterclass, le comédien expliquait que les productions belges laissent davantage de place à la spontanéité et au travail collectif. Une manière de fonctionner qu’il oppose à une organisation française qu’il juge beaucoup plus hiérarchisée.
« Quand vous tournez en Belgique, tout est permis. Il n’y a pas de hiérarchie. Vous tournez un peu en sauvage. Le preneur de son peut donner son avis, comme le caméraman donne son avis. Tout le monde est logé dans le même hôtel pourri, c’est des budgets minimes… On est tous logés à la même enseigne. Mais l’avantage, c’est que c’est de l’artisanat, et donc vous avez une vraie liberté. »
Pour illustrer son propos, Benoît Poelvoorde raconte ensuite une scène qu’il estime représentative de la différence de mentalité entre les deux pays. Selon lui, en France, la recherche d’un responsable prend parfois le pas sur la résolution du problème.
« En France, ce n’est pas possible. Je vais vous donner un exemple. En France, s’il y a un problème avec un connard qui a laissé une bagnole dans le cadre, tout le monde va commencer à hurler. Le réalisateur gueule d’abord : « Putain, y a une bagnole dans le cadre ! Bouge-là ! » Ça arrive au premier assistant, qui prend le talkie, et qui dit au deuxième assistant : « Qui a mis la putain de bagnole dans le cadre ?! » On arrive à la fin au pauvre régisseur, au mec qui fait ventouse. Alors que chez nous, au lieu de chercher qui est responsable… Et ben on bouge la voiture ! »
À travers cette comparaison pleine d’autodérision, Benoît Poelvoorde met en avant ce qu’il apprécie le plus dans les productions belges : une ambiance plus artisanale, plus directe et davantage tournée vers la recherche de solutions que vers le respect strict de la hiérarchie.
Fidèle à son franc-parler, l’acteur livre une nouvelle fois un regard personnel sur les différences culturelles entre la Belgique et la France. Une réflexion teintée d’humour, mais qui illustre aussi sa profonde affection pour la manière de travailler de ses compatriotes et les valeurs qu’il associe au cinéma belge.
