Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Depuis plus de trente ans, Laurent Gerra s’est imposé comme l’un des imitateurs les plus redoutés de France. Habitué à égratigner responsables politiques, chanteurs ou animateurs, il a bâti sa carrière sur une satire mordante et un humour sans concession. Pourtant, derrière cette réputation d’artiste qui n’épargne personne, une exception existe bel et bien. Un choix qu’il assume pleinement.
Figure incontournable de l’imitation, Laurent Gerra a toujours revendiqué une totale liberté de ton dans ses spectacles. Au fil des années, il a multiplié les caricatures de personnalités françaises et internationales, sans jamais hésiter à provoquer. Mais lors de la tournée « Laurent Gerra se met à table », certains spectateurs ont remarqué l’absence d’une voix qu’il imitait pourtant régulièrement par le passé : celle de Céline Dion.
Construit autour de sketches, de parodies et de séquences musicales, ce spectacle fait la part belle aux personnages qui ont marqué sa carrière. L’humoriste expliquait d’ailleurs que le public retrouvait les imitations devenues incontournables au fil des années. Dans un entretien accordé à Nice-Matin, Laurent Gerra détaillait ainsi le contenu de son spectacle :
« Nouvelle carte et plats signatures. Je pense que le public attend les classiques : François Hollande, Jack Lang, Johnny… à qui je rends hommage. Il y a trente morceaux de musique dans le spectacle et comme j’ai la chance d’avoir de brillants musiciens, c’est un bonheur de jouer avec eux, de présenter des parodies et des hommages. Il y a les sketches aussi, bien entendu. »
S’il continue de brocarder de nombreuses personnalités, Laurent Gerra explique avoir volontairement renoncé à imiter Céline Dion depuis que la chanteuse fait face à de graves problèmes de santé. Pour lui, l’humour trouve naturellement ses limites lorsqu’une personne traverse une période de souffrance :
« La seule limite c’est que ce soit drôle, donc à partir du moment où quelqu’un souffre, on ne peut pas se le permettre. En plus, j’ai beaucoup d’admiration pour l’artiste et sa carrière. Elle a un talent incroyable. C’est souvent dans les interviews qu’il y a quelque chose dont on peut se moquer. En l’occurrence là, je me mets à sa place aussi. »
Cette exception ne remet toutefois pas en question son approche de la satire. Laurent Gerra continue de défendre un humour volontairement irrévérencieux et assume pleinement ses positions face aux évolutions de la société et aux débats qui traversent le monde du spectacle :
« J’avoue, le spectacle n’est pas très wokiste, ni très féministe ni vegan… Je présente un menu vegan au début mais ça ne dure pas. Le wokisme, c’est une espèce de tendance faite avec de la bien-pensance et du politiquement dit “correct”. Je pars du principe que ne pas s’en moquer, ce serait les marginaliser et apparemment, c’est ce qu’ils ne veulent pas, donc j’ai le droit de m’en moquer. Sous prétexte d’égalité, on nivelle aussi et parfois, on le fait par le bas… J’aime cette phrase qui dit : “Je suis passéiste mais quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres”. C’est vrai. »
Tout au long de sa carrière, Laurent Gerra a fait de l’irrévérence sa marque de fabrique. Mais en choisissant de ne plus imiter Céline Dion, il montre que, même pour un humoriste habitué à n’épargner personne, le respect peut parfois prendre le pas sur la caricature. Une ligne qu’il estime compatible avec la liberté de ton qu’il revendique depuis ses débuts.
