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NBA – Analyse du cas Irving : départ nécessaire ou coup de folie suicidaire ?

Kyrie Irving a secoué le monde de la NBA en annonçant ses envies claires de départ des Cavaliers. Maintenant qu’on en sait un peu plus sur les raisons de ce choc, le temps de l’analyse est venu. Et il y a de quoi dire.

On le sait, et un proche du dossier l’a confirmé : Kyrie Irving n’a jamais accepté de ne pas être le centre de l’attention. Lui qui se rêvait prince de Cleveland en y débarquant, et roi quand il a prolongé de 5 ans en 2014, 11 jours avant le retour d’un autre roi, LeBron James, n’en pouvait plus. Kyrie a joué 6 saisons aux Cavaliers : trois avec LeBron, trois sans. Les premières ont vu Cleveland tourner à 26 victoires par an en moyenne et ne jamais disputer les playoffs. Les trois suivantes ? Trois finales NBA, et un titre au bout du compte avec le célèbre de shoot de Kyrie dans le Game 7. Pas suffisant pour être MVP des finales. Pas suffisant pour concentrer les louanges. Et cette impression que rien ne sera suffisant pour sortir de l’ombre de LeBron James.

Alors Kyrie veut partir. Et ne nous y trompons pas, il s’agit là d’une situation sans précédent dans l’histoire de la NBA. Oui Shaq et Kobe se sont séparés, mais après 8 ans ensemble, 3 titres, et une relation qui virait parfois à la haine (rien à voir avec les potes Kyrie et LeBron). Qui imagine Scottie Pippen demander un transfert de Chicago parce qu’il en a assez de Michael Jordan ? Kevin McHale faire faux bond à Larry Bird ? Magic Johnson et Kareem Abdul-Jabbar imploser ? La situation la plus proche est le départ de Stephon Marbury des Timberwolves en 1999, jaloux du contrat de Kevin Garnett. Mais rien de cette ampleur.

Première question majeure : qui, sur terre, veut s’émanciper de LeBron James ? La plupart des grands joueurs sont réputés difficiles. Jordan était un tyran, Kobe n’en était pas bien loin, Shaq était réputé lunatique, Kareem Abdul-Jabbar distant. Mais LeBron James fait l’unanimité auprès de ses pairs. Elu 2 années de suite par les joueurs NBA « joueur que vous aimeriez secrètement avoir dans votre équipe », le King accumule les louanges. Il a remis JR Smith dans le droit chemin, fait de joueurs comme Chris Andersen et Matthew Dellavedova des joueurs célèbres, de Rashard Lewis ou de Richard Jefferson des champions. Il a pris Kyrie sous son aile, l’a guidé, l’a conseillé. Selon ESPN, LeBron a été « dévasté » en apprenant la nouvelle. Sur la saison qui vient de s’écouler, près de 27% de ses passes étaient adressées à Irving, lequel a réalisé sa meilleure saison en carrière au niveau des points, des tirs par match et du pourcentage global au shoot. En 2016-2017, Cleveland a disputé 8 matchs avec Irving et sans LeBron, pour un bilan de 0 victoire et 8 défaites. Bref, rien ne montre que le développement de Kyrie ait été altéré par la présence du mammouth. Au contraire. Et pourtant, Kyrie veut partir, et il a quatre franchises en tête. Là aussi, on frôle l’incompréhension.

Les Spurs ? La franchise est bâtie autour de Kawhi Leonard pour les années à venir. Les Wolves ? Jimmy Butler vient d’arriver, et il y rejoint Karl-Anthony Towns. Impossible de viser le statut de leader incontestable dans ces deux équipes. Les Knicks ? Qui abandonnerait un ticket certain ou presque pour les finales chaque année pour aller chez la risée de la ligue ? Reste le Heat, qui demeure une régression claire en terme de niveau immédiat. Mais rien n’oblige Cleveland à l’envoyer dans une des équipes de son choix. Il peut atterrir ailleurs, et c’est un risque dont il est conscient. En tous les cas, ses destinations favorites montrent bien l’appétit qu’a Kyrie d’être le seul capitaine à bord, et on imagine sa frustration et le dilemme intenable qu’il vivait s’il préfère jouer à New York ou Miami seul qu’à Cleveland avec LeBron.

Alors Kyrie veut être le patron, on l’a compris. Mais peut-il l’être ? Certes, le bilan de ses trois premières saisons est médiocre, mais l’équipe qu’il avait à ses côtés l’était aussi, il était plus jeune, et il serait malhonnête de s’en servir d’argumentaire. En revanche, la question se pose : est-ce que le souhait de Irving est réalisable ? Est-ce qu’il peut être le franchise player qu’il veut être, un qui fait gagner des titres ? Il est réputé lunatique et parfois difficile au dialogue. Il ne rend pas ses coéquipiers incroyablement meilleurs. Il n’est pas un grand défenseur. Est-il au moins un leader ? A-t-il les moyens de ses ambitions ? Certes, c’est un excellent joueur, l’un des tous meilleurs de la ligue. Défini par beaucoup comme le joueur le plus dur à défendre, capable de prendre feu, d’être clutch, Kyrie regorge de qualités. Il a choisi de croire en lui et de faire un pari pas forcément dans l’ère du temps. A une époque ou le succès collectif prend le pas sur l’égo (Chris Paul et Kevin Durant l’ont prouvé), Irving fait le choix inverse, en espérant bien combiner les deux et faire taire les sceptiques. S’il réussit son coup, il forgera sa légende d’une fort belle manière, et c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Peut-être que Kyrie Irving va bâtir une grande équipe, une grande légende, se frayer un chemin jusqu’aux finales NBA et en être, cette fois, le seul héros. Peut-être aussi que Kyrie Irving ne reviendra jamais à un tel niveau, et qu’il regrettera éternellement cette décision. On ne peut que respecter la décision courageuse du meneur, et attendre de voir où tout cela va le mener…

 

 

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