Nous sommes à l’été 2009. Kobe Bryant a enfin gagné sans Shaq, Phil Jackson a assez de bagues pour chaque doigt, Chuck Daly nous a quitté, Dikembe Mutombo prend officiellement sa retraite et des menaces de lockout à venir planent déjà sur la ligue. La free agency, elle, n’est pas la plus excitante de la décennie, la majorité des grosses stars étant encore sous contrat. Et comme chaque année, la draft arrive à grand pas.

Cette année-là, les Clippers remportent la lottery au nez et à la barbe des Kings qui ont pourtant le plus haut taux de chance d’obtenir le premier choix. Les Kings se retrouvent à devoir drafter en 4e position, une énorme déception pour eux. Les Grizzlies, eux, acquièrent le deuxième choix alors qu’ils n’avaient que 8% de chances de l’obtenir contre, par exemple, 17% pour les Wizards (finalement 5ème pick). Comme toujours lors de la lottery annuelle, il y a les chanceux et les malchanceux. L’ordre de la draft se dessine alors et fait se délier les langues. À l’époque, le journaliste sportif d’ESPN, Bill Simmons, parle de la draft à venir comme de « la pire qu’ait connu la NBA depuis 2000 ». La draft 2000 ? Une des pires de l’histoire de la ligue, qui a connu pour meilleurs représentants : Kenyon Martin, Hedo Turkoglu, Jamal Crawford, Michael Redd, Mike Miller et Jamaal Magloire. À l’échelle d’une draft de 58 joueurs, rien de très glorieux. Une comparaison pas flatteuse du tout et partagée par beaucoup de médias et d’analystes. Pour beaucoup, la draft 2009 va être un flop et l’intérêt autour d’elle s’amenuise alors.

Dans la continuité de la lottery, les plus talentueux universitaires du pays ainsi que les meilleurs jeunes internationaux démarrent leurs essais avec les franchises. Certains déçoivent, d’autres impressionnent et gagnent en popularité. Beaucoup de joueurs vous le diront, un workout réussi vaut parfois mieux qu’une bonne saison. Et entre agents influents et familles obstinées, les plans de carrière se tracent très tôt. C’est alors le cas d’un certain Stephen Curry. Tout est mis en œuvre par l’entourage du joueur, son père Dell le premier, pour qu’il soit sélectionné par les New York Knicks, en 8e position. Tyreke Evans a éclipsé Curry lors du workout de Sacramento. Les Kings ont adoré l’arrière de Memphis et « Sactown » est alors une destination à oublier pour le jeune Stephen.


Mais son agent et son père veulent à tout prix éviter d’être drafté par les Wolves ou les Warriors. C’est l’agent de Curry, Jeff Austin qui en parlait le mieux :

Les Knicks avaient le huitième choix et on pensait que New York serait parfait. On voulait vraiment qu’il soit choisi en huitième position. Quand on est arrivé au septième choix on se disait : « Allez, ne le sélectionnez pas ». À l’époque, dans nos esprits, les Warriors n’étaient pas une destination privilégiée.

Et pourtant, les Warriors n’en ont que faire des états d’âmes de l’entourage de la pépite de Davidson, ils veulent en faire leur élu. Mais à l’époque, Curry ne fait pas vraiment partie des stars de cette draft. « Finisseur moyen près du cercle, mauvais gestionnaire de jeu » … les rapports de scouts ne sont pas toujours tendres avec lui. Personne ne voit encore en lui le potentiel infini qu’il atteindra plus tard. « LA » star de cette draft se nomme bien : Blake Griffin. Superstar à en devenir, il n’y a aucun suspense concernant sa future position. La première place lui est promise. Amare Stoudemire, Carlos Boozer, Karl Malone… les comparaisons avantageuses fusent à son sujet. Auteur de 22.7pts et 14.4rbds lors de sa saison sophomore avec Oklahoma, il totalise le deuxième plus gros total de double-doubles de l’histoire sur une saison NCAA (derrière David Robinson). Il est élu Naismith College Player of the Year (l’équivalent du MVP en NCAA) et reçoit toutes les éloges. Sa décision de s’inscrire à la draft avait même été retransmise en direct à la télévision. Néanmoins, en dehors de la hype Griffin, les spécialistes ont dû mal à s’emballer. Un gros point d’interrogation entoure chaque prospect. James Harden est annoncé beaucoup trop lent pour son poste, DeMar Derozan a un gros potentiel mais trop de lacunes, Ricky Rubio est doué mais doit encaisser le choc du passage à la NBA, Jrue Holiday ou Ty Lawson profiteraient du manque de concurrence. Le doute continue de planer.

Certes, la côte d’un certain Hasheem Thabeet ne cesse de monter en flèche, certains voyant en lui un nouveau Mutombo en plus athlétique, mais son manque d’atouts offensifs est criant. Ce qui remet en question sa capacité à réussir au niveau au-dessus. Brandon Jennings est lui aussi un des joueurs les plus attendus. Son talent, sa folie et sa gouaille peuvent vite en faire un homme fort en NBA. Mais son année passée en Italie après le lycée, loin des scouts américains et avec un temps de jeu limité, a fait chuté sa côte d’éventuel « meilleur meneur de la draft ». Tyler Hansbrough peut apporter immédiatement un impact mais son potentiel semble limité. C’est donc avec beaucoup d’incertitudes que les franchises doivent faire leur choix. Les débats s’accélèrent et les rivalités commencent, à l’image de ces propos de Brandon Jennings :

Rubio est surcôté parce qu’il a joué les Jeux Olympiques. Je suis impatient de jouer contre lui en Summer League. Je pense être un meilleur joueur que lui, je shoote mieux que lui. C’est que de la hype. Quand j’ai joué contre lui, il a fait 0 point, 2 passes et 2 pertes de balle.

Le gaucher au parcours atypique fait monter la sauce à base de trash talking et redonne un peu d’attrait aux prochains événements.

25 juin 2009, Madison Square Garden. Les dés sont presque jetés. Les 14 prospects les mieux côtés du moment ont goûté à la Green Room et les journalistes se demandent déjà comment Blake Griffin va s’adapter aux Clippers et transformer cette équipe. Les choses n’ont pas évolué, l’ailier fort d’Oklahoma n’a aucune concurrence pour le premier choix. Il sera l’élu, tout le monde le sait. Dans une salle bondée, le décompte s’arrête… David Stern s’avance sur son fameux pupitre… et met fin à ce faux suspense :

With the first pick in the 2009 NBA Draft, the Los Angeles Clippers select : Blake Griffin !


As expected. Lorsque son nom est prononcé, BG a déjà sa casquette L.A. Clippers dans les mains. ESPN a tout juste le temps de recueillir les émotions du papa Griffin et de sa progéniture, que David Stern refait surface pour annoncer le choix des Grizzlies. Pour ne pas bloquer la progression d’OJ Mayo, Memphis fait une croix sur James Harden. C’est Hasheem Thabeet qui prend la direction du Tennessee. James Harden prend la prochaine porte et devient le premier joueur de l’histoire à être drafté par le Oklahoma City Thunder, nouveau nom des Seattle Supersonics. Lors de son interview d’après-draft, on apprend que sa mère n’est pas fan de sa barbe (alors classique) et qu’il compte la garder encore quelques semaines, avant de la raser. Ironie du sort, quelques années plus tard, il en fera sa marque de fabrique.

Les choix s’enchaînent ensuite. Les Kings font de Tyreke Evans leur nouvelle pépite et Ricky Rubio est le premier européen à être appelé. Direction les Timberwolves, où Jonny Flynn le rejoint par l’intermédiaire du choix suivant. Puis, c’est le nom de Stephen Curry qui retentit pour la septième annonce de la soirée. Il jouera bel et bien à Oakland, au grand dam de son entourage et des fans des Knicks, qui se prennent la tête entre les deux mains. Le MSG est en colère et siffle le choix des Warriors. New York se contentera de Jordan Hill, hué lui aussi par une partie du public. Demar Derozan, Brandon Jennings, Terrence Williams, Gerald Henderson, Tyler Hansbrough, Earl Clark… les noms se suivent un à un. Jusqu’au dernier choix du premier tour, Christian Eyenga, qui file aux Cavs. Un tour plus tard, la draft a rendu ses 60 verdicts.

Comme pour chaque classe de draft, l’été donne les premières indications. Blake Griffin est élu MVP de la Summer League mais la pré-saison ralentit la hype. Lors du dernier match contre les New Orleans Hornets, il se tient la rotule gauche après un puissant dunk. Verdict ? Fracture de stress. Un mois et demi d’absence. Malheureusement, son rétablissement est un échec et l’opération est nécessaire. Le nouveau visage de la ligue manquera toute la saison ! La ligue doit se trouver une nouvelle tête de gondole pour la saison régulière, et c’est Brandon Jennings qui prend le relais. Le nouveau prodige des Bucks fait des miracles et inscrit 55 points face aux Warriors, lors de son 7e match. Le rookie de l’année semble tout trouvé, et pourtant… Sur la durée des 82 matchs, Jennings s’essoufle et Tyreke Evans monte en puissance. La différence se fait dans la dernière ligne droite. T-Rex est élu débutant de l’année et devient l’un des rookies les plus prometteurs des dernières années. Avec 20.1pts, 5.3rbds et 5.8asts, il est alors le 4e rookie de l’histoire à tourner à au moins 20-5-5, avec Michael Jordan, Oscar Robertson et LeBron James six ans avant lui. Un an plus tard, Blake Griffin ravira le même trophée, après un come-back d’une saison sans jouer.

10 ans après son apparition, la draft 2009 a donné naissance à :

  • 4 Champions NBA : Stephen Curry, Danny Green, Patty Mills et Jodie Meeks
  • 25 sélections All-Stars : Blake Griffin (6), James Harden (7), Stephen Curry (6), DeMar Derozan (4), Jeff Teague (1), Jrue Holiday (1)
  • 3 MVPs : Stephen Curry (2), James Harden (1)
  • 2 rookies de l’année : Tyreke Evans en 2010 et Blake Griffin en 2011
  • 19 All-NBA Teams : Blake Griffin (5), James Harden (6), Stephen Curry (6), DeMar Derozan (2)
  • 5 All-Defensive Teams : Jrue Holiday (2), Patrick Beverley (2), Danny Green (1)
  • 10 joueurs non All-Stars mais au rôle prépondérant : Ricky Rubio, Darren Collison, James Johnson, Taj Gibson, Danny Green, Patrick Beverley, DeMarre Carroll, Patty Mills, Wayne Ellington et Jonas Jerebko.
 

On peut y ajouter des joueurs importants ayant commencé leur carrière de manière très prometteuse avant de sombrer quelque peu, tels que Brandon Jennings, Ty Lawson, Tyreke Evans ou DeJuan Blair. Il y a également les joueurs n’ayant pas vraiment eu leur chance dans la Grande Ligue mais ayant fait de grandes carrières européennes. Parmi eux, les français Nando De Colo et Rodrigue Beaubois, l’espagnol Sergio Llull et le grec Nick Calathes. On peut également prendre en compte les joueurs « undrafted » cette année-là mais qui ont ensuite trouvé leur place dans un roster NBA. Parmi les plus connus, un joli trio se dégage : Wes Matthews, Aron Baynes et Joe Ingles. Comme chaque cuvée, elle comporte son lot de grosses déceptions. Hasheem Thabeet, Tyler Hansbrough, Jonny Flynn, Terrence Williams… Mais que serait une bonne draft sans ses flops ?

Accueillie comme un échec annoncé et comparée à sa très décevante grande sœur de 2000, la cuvée 2009 a dépassé toutes les attentes placées en elle. Certes, le manque de big men en fait une draft d’arrières mais son nombre de talents et sa consistance sur la durée lui donne énormément de crédit, 10 ans après. Une des raisons qui puissent expliquer sa réussite est la présence de beaucoup de jeunes « expérimentés ». Avec seul 4 prospects ayant passé qu’une seule année à la fac, c’est la dernière draft en date à compter autant de juniors et de seniors universitaires dans ses rangs. Si la meilleure draft des 20 dernières années reste incontestablement celle de 2003, sur la même période, celle de 2009 peut désormais être considérée dans son sillage.

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