Lors de la Journée olympique, ce 23 juin, nous avons rencontré Isabelle Yacoubou. Déjà maman adoptive d’un petit Espoir (cf. photo), la championne d’Europe 2009 a cette fois-ci connu sa première grossesse. Elle se prépare désormais pour un nouveau challenge : retrouver l’Euroligue avec Bourges


Bonjour Isabelle. Vous avez désormais 33 ans, et allez évoluer à Bourges pour les trois prochaines saisons. Comment abordez-vous ce nouveau challenge ?

Bonjour. Tout d’abord, en ce moment je mets toute ma concentration et toute mon énergie dans mon retour au haut niveau. J’ai du mal à me projeter pour l’instant, donc je vis le moment présent. Je reviens de mon accouchement, donc je travaille avec mon équipe médicale sur ma remise en forme et ma ré-athlétisation.

Comment se passe votre phase de remise en forme avec votre staff ?

Il n’y a pas assez de femmes qui sont revenues après leur accouchement pour qu’il y ait des standards précis. Personnellement, je n’ai rien pu faire pendant deux mois, car j’ai aussi connu un accouchement plutôt difficile. Donc là, au bout du 3e mois, je reprends essentiellement avec de la marche, du tapis roulant, du vélo. Mais pour l’instant, je n’ai pas encore retouché le ballon, chose que j’espère faire d’ici un bon mois.

L’an prochain, Bourges évoluera encore en Euroligue. Etes-vous excitée à l’idée de retrouver cette fameuse compétition ?

Oui, bien-sur. Après il faut savoir que Bourges la joue depuis longtemps et pour ma part, je l’ai jouée dans chaque club où je suis passée. Donc c’est une compétition que je connais très bien. Après, de retour de maternité, cela représente un plus gros challenge. Mais tout a été mûrement réfléchi et j’ai envie de me remettre en question, de retourner sur le terrain. En fait, je veux montrer que même si je commence à prendre de l’âge, j’en ai encore sous le coude. Voilà ce qui m’a motivée à venir à Bourges.


Petite question insolite : vous avez pratiqué le lancer de poids à haut niveau avant le basket-ball. Comment cela a-t-il pu vous aider dans votre carrière de basketteuse ?

Ecoutez, je ne saurais pas donner de réponse précise.(rires) C’est vrai qu’on m’a toujours dit que mes années en athlétisme m’avaient beaucoup aidée. Car j’ai d’abord commencé par les sauts (en longueur, triple saut) avant de me mettre au lancer, et ces disciplines m’ont aidée dans la coordination, dans la solidité des appuis. C’est un avantage par rapport aux autres grandes joueuses.

Isabelle, vous avez un parcours de globe-trotter : la France, la Russie, l’Espagne, la Turquie, l’Italie ou encore la Chine… Selon vous, quel est le championnat le plus relevé ?

Je dirais la Turquie (saison 2013-14 à Fenerbahçe, ndlr). Car dernièrement, beaucoup d’argent a été investi, donc inévitablement, les bonnes joueuses sont arrivées. Après, je ne cite pas la Russie volontairement, car même si on y trouve les meilleures joueuses du monde, le championnat est très déséquilibré : les 5 premiers sont très forts, et les autres sont bien en-dessous. Sinon, derrière la Turquie je place la France, sans aucun doute.

Revenons en 2012, avec votre Draft avortée en WNBA puis les intentions du Dream d’Atlanta de vous engager en tant qu’agent libre. Pouvez-vous nous expliquer cet épisode ?

En fait, ma Draft n’était pas valide puisque j’étais âgée de 26 ans (comme en NBA, limite d’âge à 20 ans pour les étranger.e.s) donc le Dream voulait me prendre en tant que Free Agent. Mais cela ne s’est pas passé, car j’ai toujours privilégié l’Équipe de France. Je voulais garder mon temps de repos entre la saison en Europe et les compétitions avec les Bleues, donc il n’y avait pas de place pour la saison WNBA dans mon planning.

Là où certains privilégient leur carrière américaine à l’Équipe de France, vous avez décidé d’opter pour l’inverse…

Alors, c’est sûr que c’est plus médiatisé, on parle plus de vous et il y a peut-être plus de reconnaissance. Mais avec mon corps, je ne pouvais pas me permettre d’enchaîner Saison-WNBA-EdF, donc j’ai fait des choix. Pour moi, le maillot Bleu a toujours eu une saveur très particulière et il n’était pas question que je laisse l’Equipe de France pour une carrière en WNBA.


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En parlant de l’Equipe de France, elles jouent ce dimanche contre la Chine en amical (victoire 73-70 à Rouen). Comment sentez-vous nos Bleues à 4 jours de l’Euro ?

Ecoutez, elles sont très motivées. Il y a 10 ans nous gagnions l’Euro 2009. Je pense que c’est une date symbolique qui reste dans les têtes, comme les garçons au foot 20 ans après, et bien elles aussi se disent que c’est possible cette année. En tout cas, on a toutes les chances de gagner ce tournoi, car il y a beaucoup de talent mais aussi de l’expérience. Les cadres comme Sandrine Gruda et la capitaine Endi Miyem sont là pour encadrer cette jeunesse. Moi, j’ai confiance en elle.

Vous irez leur rendre visite en Lettonie et en Serbie pendant la compétition (du 27 juin au 7 juillet, ndlr) ?

Non, car il faut que je m’occupe de moi un peu plus que d’habitude. Ce retour au haut niveau est un grand inconnu, et je découvre chaque jour quelque chose de nouveau. C’est une grande première pour moi. Même si j’ai fait du sport toute ma vie, j’ai l’impression de n’en avoir jamais fait. C’est une deuxième carrière qui commence.


Du coup, pendant votre “première carrière”, quel est votre plus beau souvenir avec le maillot tricolore ?

Sans hésiter les Jeux Olympiques de Londres. On ramène cette médaille d’argent inespérée. Evidemment, on savait qu’on jouait bien ensemble, mais on ne se positionnait pas au niveau international. On avait gagné l’Euro 2009, on enchaînait les podiums européens, mais on ne se voyait pas aller aussi loin. Le top 5 était un rêve, mais quand on a battu la Russie en demi-finale, pour nous, c’était déjà une victoire immense.

A vos yeux, que représente justement une journée olympique comme celle d’aujourd’hui ?

C’est un plaisir. J’ai répondu à l’appel du comité olympique pour promouvoir mon sport, mais aussi la pratique sportive en général auprès des Français. C’est notre devoir, en tant qu’anciens, d’inciter les jeunes à faire du sport. Surtout que l’engouement se déclenche très vite, comme on l’a constaté avec l’explosion du nombre de licenciés FFBB depuis notre parcours aux JO 2012. Notre métier, c’est aussi l’héritage qu’on laisse derrière nous et l’accompagnement qu’on peut apporter aux gens qui s’intéressent au sport. C’est un rôle que je prends très à cœur.

Nous remercions Isabelle Yacoubou pour sa disponibilité et sa gentillesse.

(Interview réalisée lors de la Journée Olympique, dimanche 23 juin)