NBA/NCAA – Un ancien mafioso raconte comment les matchs sont truqués

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Depuis de nombreuses décennies, le basket, notamment universitaire, est impacté par des trucages de match. Un ancien mafioso repenti décrit les techniques utilisées pour alpaguer les joueurs dans le système criminel.

Récemment, un côté peu élogieux du basket a été mis en avant. L’ancien arbitre Tim Donaghy, envoyé en prison il y a quelques années pour avoir parié sur des matchs NBA qu’il arbitrait, a admis qu’une série de playoffs avait été truquée entre Spurs et Suns. Il a aussi jeté le trouble sur les Finales 2002 et 2006, sous-entendant des consignes données aux arbitres pour favoriser respectivement les Lakers et le Heat.

Au delà des arbitres, il existe un moyen de truquer les matchs vieux comme le monde aux Etats-Unis : le point shaving. Il s’agit de pronostiquer l’écart de points dans un match, une donnée « facile » à contrôler dès lors que vous avez un ou deux joueurs dans votre poche sur le terrain, et qui a motivé la Mafia à rentrer dans la combine dès les années 1950 et 1960. Si la figure de proue a d’abord été l’ancien joueur Jack Molinas, associé de la famille Genovese, le crime organisé a ensuite étendu son emprise sur la NCAA de manière assez spectaculaire, donnant lieu à plusieurs scandales.

Un qui est bien placé pour le savoir, c’est Michael Franzese. Caporegime de la famille Colombo et businessman parmi les plus prolifiques de l’histoire de la Mafia, le « Yuppie Don » a trempé dans des trucages de matchs universitaires durant 17 ans, avec de nombreux bookmakers à sa solde. Franzese a réussi l’exploit de quitter le crime organisé sans se faire tuer, et après avoir trouvé la foi, il écume aujourd’hui les églises et les universités pour répandre la bonne parole et mettre en garde la jeunesse.

Sur insistance du FBI, l’ancien mafieux a travaillé par le passé avec des joueurs NCAA et NBA afin de les mettre en garde face aux dangers des paris illégaux et les conséquences dramatiques qu’ils peuvent entraîner. Il y a quelques années, le « Yuppie Don » était ainsi apparu dans une vidéo sponsorisée par la NCAA afin de raconter les rouages des trucages et le danger pour les athlètes. Une lecture saisissante.

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On avait beaucoup de personnes du sport, coachs, arbitres et joueurs inclus, qui pariaient avec nous. C’était très facile. On les rencontrait dans les restaurants, dans les bars qu’ils fréquentaient… L’approche est toujours très subtile. Personne ne va venir vers des joueurs, leur mettre un revolver sur la tempe et leur dire : « Hey, tu vas parier avec nous ». Il faut devenir ami avec, apprendre à les connaître. Ensuite vous leur donnez quelque chose pour rien, vous les invitez à manger ou vous les laissez utiliser une voiture… Bref, être sympa avec eux.

Rapidement, vous gagnez leur confiance et vous leur parlez de gagner quelques sous. Beaucoup de ces jeunes n’ont pas beaucoup d’argent, et vous commencez à leur mettre des idées dans la tête. Ils sont réceptifs, car ils sont jeunes, naïfs, et n’ont aucune idée de ce dans quoi ils s’engagent. Vous leur agitez une carotte : « Hey, pourquoi tu continuerais à galérer ? Mets-toi des sous dans la poche ».

Prenez l’exemple d’un joueur de basket. 1m90, meneur, bon joueur, dans sa dernière année de fac. Vous allez à un restaurant ou un bar qu’il fréquente, vous traînez avec lui, vous lui achetez un verre, peut-être même que vous lui envoyez une jolie fille à sa table… Au bout de 2, 3 ou 4 fois, vous avez gagné sa confiance.

Amenez-le à votre table et discutez :

– Tu fais 1m90, tu joues meneur, je te connais, tu es plutôt bon, mais tu sais que tu ne seras jamais pro, n’est-ce pas ?

– Oui, je sais (99% des joueurs universitaires ne deviennent jamais pro, ndlr).

– Laisse-moi te poser une question, tu as combien d’argent en poche ?

– Je suis fauché.

– Vraiment ? C’est dur mec, chaque fois que vous jouez la salle est pleine, les écoles se font plein d’argent sur votre dos… Tu vas faire quoi après ça ? Je sais que tu es un étudiant convenable, mais tu ne seras pas chirurgien non plus. Que comptes-tu faire ?

– Je ne sais pas.

– Ecoute-moi : tu vas finir ton cursus, tu as besoin d’argent, je vais te dire ce qu’on va faire. Demain soir, vous êtes favoris pour gagner de 10 points. Ne gagnez pas de 10, contrôle le match et gagnez de 5 ou 6. Qui le saura ? On ne te dit pas de perdre le match, on a une morale. Tu fais ça, tiens, 10.000 dollars.

Vous posez les 10.000 dollars sur la table, sous ses yeux. Il les prend, les met dans sa poche, et c’est bon, il est à vous. De mon expérience, il va faire ça 2 ou 3 matchs, puis sa conscience le gêne. Ce n’est pas facile de faire quelque chose comme ça. Alors généralement il revient et dit : « J’ai fait ça 2 ou 3 matchs, j’ai gagné 20.000 ou 30.000 dollars, je stoppe ». Et c’est là que les ennuis commencent. Car ma réponse était : « Non. Tu n’arrêtes pas jusqu’à que je te dise d’arrêter. Sauf si tu veux que j’aille parler à ton coach, à la police ou à tes parents, voir s’ils sont fiers de toi ». Et ça y est, il est dans l’engrenage. Une erreur suffit. Les gars du crime organisé ne vous laisseront pas partir une fois qu’ils vous ont.

Un récit qui fait froid dans le dos, et qui témoigne de l’énorme danger qui peut planer sur des athlètes universitaires naïfs ou avides de se faire un billet facile. Si la Mafia a perdu de son influence par rapport aux années 1970 et 1980 lors desquelles le »Yuppie Don » sévissait, le crime organisé rode encore autour de la NCAA, et plusieurs affaires très récentes le prouvent. Espérons qu’après des années à avoir escroqué des jeunes joueurs, Franzese puisse au moins en aider quelques uns avec cette mise en garde.

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