Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Derrière les succès populaires et les comédies devenues cultes, certaines collaborations laissent un goût plus amer qu’il n’y paraît. Des années après un tournage pourtant salué par le public, un réalisateur emblématique du cinéma français est revenu sans ménagement sur son expérience avec Michel Blanc. Un souvenir contrasté, révélateur des zones d’ombre d’un acteur aussi talentueux que tourmenté.
Membre historique de la troupe du Splendid, Michel Blanc a longtemps incarné à l’écran des personnages drôles, névrosés ou grinçants, qui ont marqué plusieurs générations. Mais hors caméra, l’homme pouvait se montrer bien plus difficile à cerner. C’est en tout cas ce qu’a raconté Patrice Leconte, réalisateur culte qui l’a dirigé dans Les Grands Ducs.
Invité il y a quelques années sur Europe 1, Patrice Leconte n’avait pas cherché à édulcorer ses propos en évoquant l’attitude de l’acteur durant le tournage. S’il reconnaissait sans détour son immense talent à l’écran, il décrivait en revanche un comportement déconcertant en coulisses :
« Je ne sais pas ce qu’il avait. Il devait être dans une mauvaise passe. Il est parfait dans le film, et c’est le résultat qui compte. Mais humainement, il n’était pas aussi sympathique que ce que je connaissais. Il pouvait être odieux. Même Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Philippe Noiret me disaient : “Mais qu’est-ce qu’il a Michel ? Pourquoi il est comme ça ?” »
Un témoignage abrupt, qui participe à dresser un portrait plus nuancé de Michel Blanc. Loin de l’image du comique accessible, plusieurs collaborateurs ont évoqué au fil des années sa grande nervosité, son anxiété chronique et une forme de distance sur les plateaux. L’acteur lui-même n’a d’ailleurs jamais totalement nié ces tensions.
Dans une interview accordée au Dauphiné Libéré, Michel Blanc avait livré sa propre version de cet épisode délicat, reconnaissant une incompréhension profonde avec Patrice Leconte lors du tournage des Grands Ducs :
« J’ai eu l’impression que Patrice voulait aller très vite, comme s’il voulait se débarrasser du film. Moi, ça m’agaçait. On s’est engueulés une fois, ce qui ne m’était jamais arrivé avec lui. Après ça, je me suis refroidi et je suis devenu indifférent. Je me suis éloigné. »
Deux récits opposés pour une même histoire, qui rappellent que derrière les œuvres collectives se cachent souvent des fragilités humaines. Avec le recul, ces confidences éclairent autrement la personnalité complexe de Michel Blanc : un acteur immense à l’écran, mais parfois difficile à appréhender hors champ. Un rappel que le rire, au cinéma, peut aussi dissimuler de profondes tensions.
