Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Monstre sacré du cinéma comique français, Louis de Funès continue de fasciner des générations entières par son énergie et son sens du burlesque. Mais derrière cette image explosive, certains témoignages dévoilent une personnalité plus nuancée. Gérard Darmon, qui a croisé sa route au début de sa carrière, fait partie de ceux qui ont pu observer l’homme loin des projecteurs. Un souvenir marquant, entre admiration et surprise.
Figure emblématique du rire à la française, Louis de Funès tournait alors Les Aventures de Rabbi Jacob sous la direction de Gérard Oury. À ses côtés, un jeune Gérard Darmon découvrait les coulisses d’un tournage d’exception, fasciné par celui qu’il considérait déjà comme un maître. Désireux de comprendre ses mécanismes de jeu, il ne quittait pas l’acteur des yeux, comme il le racontait sur Amuse Bouche :
« Je voulais voir comment il fonctionnait, comment il était avant le clap, pendant la prise, après la prise… Je l’ai bouffé des yeux… Je ne l’ai pas quitté ! Où qu’il soit dans la pièce. Je voulais tout prendre. C’était fascinant pour un jeune acteur. »
Mais au-delà de la performance, c’est un autre visage que Gérard Darmon a découvert. Loin de l’agitation des scènes, Louis de Funès apparaissait plus discret, presque en retrait, contrastant fortement avec son personnage à l’écran. Une attitude qui a surpris le jeune comédien, comme il le confiait :
« Je l’ai trouvé assez calme, même assez triste en fait, oui, dans une autre bulle. Il attendait, il était comme ça, il regardait par la fenêtre, et il y avait Oury qui l’appelait : “Loulou, on y va”. (…) Et tout de suite, il partait. »
Une dualité frappante, entre intériorité et explosion comique, qui participait sans doute à la singularité de son jeu. Malgré la fatigue et les contraintes du tournage, l’acteur redevenait instantanément ce personnage survolté que le public adorait.
Le tournage n’a pas été exempt de moments plus légers, parfois même inattendus. Gérard Darmon se souvenait notamment d’un incident survenu lors d’une scène devenue culte, dans l’usine de chewing-gum :
« On a eu un accident de Funès et moi avec les yeux quand on était dans la pâte à crêpe. Enfin, dans le chewing-gum, qui était en réalité de la pâte à crêpe avec du colorant, ça a pris 15 jours au lieu de deux ! J’ai vécu 15 jours avec de Funès, on se mettait des petites goutes dans les yeux. »
À travers ces souvenirs, se dessine le portrait d’un artiste rigoureux, concentré, parfois ailleurs, mais toujours pleinement investi dans son travail. Une rencontre marquante pour Gérard Darmon, qui a pu observer de près les coulisses du génie comique.
Des années plus tard, ces quelques jours passés aux côtés de Louis de Funès restent gravés dans sa mémoire. Une expérience fondatrice, qui illustre à quel point la réalité des grands artistes peut être bien plus complexe que leur image à l’écran.
