Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Derrière l’image populaire et profondément attachante laissée par Coluche, certains de ses proches ont gardé des souvenirs plus contrastés. Génie comique pour les uns, personnalité parfois difficile pour les autres, l’humoriste disparu en 1986 continue de susciter des témoignages nuancés de la part de ceux qui l’ont réellement côtoyé. Parmi eux, Michel Blanc n’avait jamais cherché à masquer ses réserves sur l’homme derrière l’artiste. Avec son franc-parler habituel, l’acteur du Splendid avait livré un regard aussi admiratif qu’acide sur la personnalité de Coluche.
Figure majeure du cinéma français, Michel Blanc a longtemps évolué dans le même univers artistique que Coluche. Tous deux ont marqué leur époque avec un humour singulier et une capacité rare à capter les travers de la société française. Mais malgré cette proximité professionnelle et générationnelle, les relations entre les deux hommes sont toujours restées relativement distantes. L’acteur des Bronzés admirait profondément le talent de Michel Colucci, sans pour autant réussir à apprécier totalement l’homme dans l’intimité.
Dans les années 1970 et 1980, Coluche était devenu une personnalité incontournable du paysage médiatique français. Humoriste provocateur, acteur populaire et futur fondateur des Restos du Cœur, il fascinait autant qu’il impressionnait son entourage. Autour de lui gravitait une véritable cour, faite d’amis, de proches, mais aussi de nombreux admirateurs que Michel Blanc regardait avec un certain agacement.
Dans les colonnes de Gala, le comédien était revenu avec beaucoup de franchise sur cette relation particulière qu’il entretenait avec l’interprète de Tchao Pantin. Tout en reconnaissant son immense génie artistique, Michel Blanc expliquait pourquoi il avait toujours gardé ses distances :
« Contrairement aux autres, j’ai toujours eu des rapports assez distants (avec lui). J’avais une admiration sans bornes pour lui d’un point de vue artistique, mais humainement, j’avais plus de mal. Il aimait bien avoir une cour autour de lui, dont beaucoup de parasites, et moi, ça me gonflait. Et surtout, il y avait chez lui un fond de ‘non-gentillesse’ évident. Il fallait toujours qu’il se trouve une tête de Turc, et je détestais ça »
Des propos particulièrement directs, qui tranchaient avec l’image très idéalisée souvent associée à Coluche depuis sa disparition. Michel Blanc ne remettait jamais en cause son talent ni son importance dans l’histoire de l’humour français, mais refusait d’effacer certains comportements qu’il jugeait blessants ou humiliants pour ceux qui l’entouraient.
Quelques années plus tard, invité sur TF1 en 2019, le membre historique de la troupe du Splendid était revenu une nouvelle fois sur cette personnalité complexe, oscillant selon lui entre générosité sincère et cruauté parfois déstabilisante. Là encore, Michel Blanc s’exprimait sans détour :
« Il y avait des gens extrêmement talentueux qui avaient de l’admiration pour Michel (Colucci alias Coluche, ndlr). Et Michel régnait là-dessus. Il était pas tout le temps tendre, de temps en temps, il se choisissait une tête de turc et il le descendait pendant le dîner. Ce n’est pas le côté que je préférais chez Michel mais il avait une générosité… Quand c’était Noël, on était invité et on avait tous un cadeau. Tout le monde avait un cadeau personnalisé »
À travers ces confidences, Michel Blanc dessinait finalement un portrait très nuancé de Coluche, loin de toute caricature. Un homme capable d’une immense générosité comme de remarques particulièrement dures, admiré pour son talent hors norme mais redouté pour certaines attitudes dans le privé.
Avec le recul, ces déclarations rappellent surtout que les plus grandes figures populaires restent des êtres profondément complexes. Et fidèle à sa réputation de comédien sans langue de bois, Michel Blanc aura toujours préféré raconter Coluche tel qu’il l’avait connu, avec ses fulgurances, ses excès et ses zones d’ombre.
