Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Frédéric Beigbeder n’a jamais eu la réputation de tourner autour du pot. À chacune de ses prises de parole, l’écrivain assume des positions tranchées, quitte à susciter le débat. Il y a quelque temps, il s’était ainsi attaqué à un sujet qu’il estime largement sous-évalué en France : la rémunération des auteurs. Une sortie qui n’était pas passée inaperçue.
Figure incontournable de la littérature française contemporaine, Frédéric Beigbeder s’est imposé grâce à des romans devenus des succès, mais aussi par son ton volontiers provocateur. Au fil des années, l’auteur de 99 francs a régulièrement dénoncé certaines contradictions du milieu culturel. Dans un entretien accordé à L’Obs, il revenait notamment sur la réalité financière du métier d’écrivain, expliquant que le succès d’hier ne garantissait pas une situation confortable aujourd’hui.
Le romancier évoquait d’abord son propre parcours, reconnaissant sans détour que ses revenus avaient diminué alors que certaines charges, elles, étaient restées importantes :
« Désolé mais j’ai besoin de pognon. Je n’ai pas peur de le dire, j’ai beaucoup vendu de livres dans les années 2000, un petit peu moins dans les années 2010, aujourd’hui ça marche correctement mais ce n’est plus ce que c’était. Ma carrière de cinéaste est au point mort. Ce ne serait pas un problème si on ne me réclamait pas maintenant les impôts de ma période faste. »
Au-delà de son cas personnel, Frédéric Beigbeder regrettait surtout que les questions d’argent demeurent presque taboues dans le monde littéraire français. Selon lui, beaucoup d’auteurs peinent à vivre de leur activité, malgré les nombreuses sollicitations auxquelles ils répondent tout au long de l’année. Il expliquait ainsi :
« Il y a une chose dont on ne parle jamais parce que c’est un sujet tabou, c’est que les écrivains ont besoin d’argent. Après des années de lutte, on a obtenu d’être payé pour se rendre dans les Salons du Livre, les festivals, les colloques, des foires littéraires, pour dédicacer nos ouvrages et faire des conférences. Mais on reçoit 150 ou 200 euros en échange. »
L’écrivain comparait également cette situation à celle observée dans d’autres pays, où les interventions publiques des auteurs sont, selon lui, bien mieux valorisées. Il prenait notamment l’exemple des États-Unis, du Royaume-Uni ou encore de l’Allemagne avant de conclure :
« Aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, il y a des « book tours », des tournées promotionnelles. Un écrivain comme David Sedaris donne de véritables stand-up. Le réalisateur John Waters a fait de même avec son dernier livre. Les gens savent que c’est un moyen pour les écrivains de subvenir à leurs besoins. En France, on considère encore normal de nous faire travailler à l’oeil. »
À travers ces déclarations, Frédéric Beigbeder entendait surtout dénoncer une vision qu’il juge dépassée du métier d’écrivain. Pour lui, reconnaître la valeur économique du travail des auteurs ne remet en rien en cause leur démarche artistique, bien au contraire. Un coup de gueule assumé qui continue d’alimenter les débats sur la place accordée aux créateurs dans le paysage culturel français.
