Par Mathieu Seguin | Rédacteur sport
L’arrivée de Mat Ishbia à la tête de la franchise de Phoenix a marqué un tournant immédiat dans la stratégie de l’organisation. Dès son installation, le nouveau propriétaire a affiché une volonté claire : investir sans retenue pour viser le titre NBA. Une ambition assumée, portée par une prise de pouvoir rapide et des décisions spectaculaires, qui ont profondément remodelé l’effectif des Suns en un temps record.
En décembre 2022, Ishbia rachète la franchise pour près de 4 milliards de dollars et refuse d’adopter une posture attentiste. Contrairement à de nombreux propriétaires, il s’implique directement dans les grandes orientations sportives, convaincu que Phoenix peut rapidement jouer le sommet de la Conférence Ouest. À ce moment-là, l’équipe affiche un bilan solide de 19 victoires pour 13 défaites, laissant penser qu’un coup d’accélérateur pourrait suffire à franchir un cap décisif.
Dans cette optique, la discussion autour de la luxury tax ne freine absolument pas le nouveau patron. « James Jones m’a dit : “Si on peut dépasser la luxury tax, on peut tenter un vrai run pour le titre.” Je lui ai répondu : “L’argent ne nous retiendra pas. Allons chercher un championnat.” » Cette philosophie mène rapidement à un échange majeur : l’arrivée de Kevin Durant, double champion NBA, pour former un duo de prestige avec Devin Booker. Sur le papier, Phoenix semble alors armé pour dominer l’Ouest sur plusieurs saisons.
Un pari assumé, mais un apprentissage brutal
Avec le recul, la réalité s’est révélée bien plus cruelle. Moins de trois ans après ce coup d’éclat, Kevin Durant n’est plus à Phoenix et l’ère qui portait son nom ne laisse qu’un seul tour de playoffs remporté. Ishbia ne fuit pas ses responsabilités et reconnaît aujourd’hui les limites de sa stratégie initiale. « Avec le recul, ce n’était pas le bon mouvement. Je ne suis pas du genre à vouloir tout démolir pour reconstruire sur sept ans avec des choix de draft en 2034. Mais j’ai appris que ce n’est pas comme ça qu’on gagne dans n’importe quel business, et encore moins dans le basket », a-t-il admis sans détour.
Cette lucidité est d’autant plus notable qu’il s’agissait de sa première expérience comme propriétaire d’une organisation sportive professionnelle. Son erreur, très médiatisée, a été perçue comme un pari risqué autant qu’un symbole de son impatience. Habituellement, un tel échec aurait pu plonger une franchise dans une longue traversée du désert, tant sur le plan sportif que financier.
Pourtant, les Suns ont surpris en redressant rapidement la barre. Nombre d’observateurs les voyaient s’enfoncer au fond du classement de l’Ouest après le départ de Durant. À l’inverse, Phoenix s’est imposé comme l’une des belles histoires de la saison, affichant un bilan de 30 victoires pour 19 défaites et une solide sixième place de conférence, malgré l’absence prolongée de Jalen Green.
Ishbia reste toutefois conscient du chemin qu’il reste à parcourir. Phoenix n’est pas encore un candidat crédible au titre, et le propriétaire le sait mieux que quiconque. Cette fois, il promet de ne plus céder à la précipitation. Les prochains choix seront mûrement réfléchis, avec l’idée de trouver la bonne pièce au bon moment, plutôt qu’un nouveau coup d’éclat. Une approche plus mesurée, nourrie par une expérience coûteuse, mais formatrice.
