Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Depuis plus de vingt ans, Michel Sardou brille par son absence au sein des Les Enfoirés. Un retrait qui interroge régulièrement les amateurs de chanson française, tant l’artiste a marqué de son empreinte plusieurs générations. Mais loin d’un simple éloignement discret, ce choix est pleinement assumé par le chanteur, qui n’a jamais caché son regard critique sur l’évolution du célèbre spectacle caritatif.
Figure majeure de la chanson française, Michel Sardou a pourtant participé à l’aventure des Les Enfoirés à leurs débuts. Présent dès 1989, puis lors de quelques éditions ultérieures, l’interprète de « La Maladie d’amour » a contribué aux premières heures du concert des Les Restos du Cœur.
Mais après 2005, l’artiste a définitivement tourné la page, estimant que l’esprit originel s’était progressivement dilué au fil des années. Invité sur le plateau de Touche pas à mon poste !, le chanteur est revenu sans détour sur ses souvenirs et sur ce qui, selon lui, a changé :
« J’ai fait le plus beau, le tout premier. On était cinq sur scène. Il n’y avait pas tout ce barnum avec tout le monde. Tout le monde chantait. Là, il y avait des duos, il y avait toute la famille, et une ambiance formidable. Dans la salle aussi c’était formidable. Maintenant je trouve ça un peu barnum, on fait chanter des footballeurs, que sais-je… Ce n’est plus la même chose. Les Restos du cœur, c’était un truc de musique. »
Une première critique, centrée sur l’évolution artistique du spectacle, que Michel Sardou a ensuite approfondie dans les colonnes du Le Parisien. Avec son franc-parler habituel, il y évoquait des souvenirs plus personnels, tout en confirmant son refus catégorique de revenir :
« Une fois, j’étais déguisé en cosmonaute, c’était ridicule. Je reste persuadé qu’on n’a jamais fait mieux qu’en 1989. Je ne regarde pas les Enfoirés, mais je suis évidemment heureux pour la cause, qu’ils continuent et qu’ils plaisent. Je n’ai jamais refusé de le faire mais je trouve ça moins sympathique qu’à cette époque-là. Je ne reviendrai pas chanter, c’est certain, car j’ai arrêté. »
À travers ces déclarations, Michel Sardou met en avant un décalage profond entre sa vision de la musique et l’évolution du spectacle. Sans renier l’importance de la cause portée par les Les Restos du Cœur, il assume une distance artistique, fidèle à ses convictions.
Une position qui illustre, une fois encore, le caractère entier du chanteur, peu enclin aux compromis. Même loin de la scène des Enfoirés, Michel Sardou continue ainsi de défendre une certaine idée de la chanson française, forgée à ses débuts et qu’il n’a jamais vraiment abandonnée.
