Sheila balance sur la misogynie de Johnny et Sardou : « Quand je suis sortie de scène, ils m’ont…

Sheila et Johnny Hallyday
France TV (DR)

Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web

Sheila n’a jamais été du genre à manier la langue de bois. À 80 ans, la chanteuse emblématique des années yé-yé continue de porter un regard lucide sur une époque qu’elle a contribué à façonner. Entre souvenirs chaleureux et constats plus amers, elle revisite aujourd’hui les coulisses d’un milieu artistique dominé par les hommes. Et certains noms bien connus en prennent pour leur grade.

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Figure incontournable de la chanson française, Sheila s’est imposée dès les années 1960 comme une artiste populaire, au même titre que Johnny Hallyday, Sylvie Vartan ou encore Michel Sardou. Une génération marquée par l’explosion des yé-yé, mais aussi par une mise en concurrence savamment orchestrée. Derrière les projecteurs et les succès du hit-parade, la réalité était parfois bien différente de l’image renvoyée au public.

Dans les colonnes de Libération, la chanteuse est revenue sur ces rivalités souvent exagérées, voire fabriquées de toutes pièces par les entourages professionnels. Une mécanique bien huilée qui visait à alimenter la compétition entre artistes, sans forcément refléter leurs relations réelles. Elle nuance toutefois certaines affinités, évoquant notamment des personnalités plus difficiles que d’autres dans ce microcosme très exposé.

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« Il n’y avait pas de rivalité entre nous. Elle a été créée par nos équipes qui étaient dans la course au numéro 1. Il y a bien sûr des gens avec qui j’avais moins de feeling. Michel Sardou, dont on parle beaucoup aujourd’hui, avait un caractère de cochon, mais quand nous étions tous ensemble, il ne ramenait pas trop sa fraise »

Mais au-delà de ces relations parfois tendues, c’est surtout l’ambiance profondément masculine de l’époque que Sheila dénonce aujourd’hui. Les plateaux télévisés, pourtant synonymes de créativité et de divertissement, étaient aussi le théâtre de remarques sexistes assumées. La chanteuse se souvient notamment d’un épisode marquant, survenu lors d’une émission des Carpentier, où elle partageait la scène avec Sylvie Vartan.

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« Je me souviens d’une émission des Carpentier où je chantais avec Sylvie Vartan. Quand on a terminé, Johnny, Eddy Mitchell et Sardou nous ont dit : ‘C’est bon, maintenant, les mamans peuvent retourner à la maison’. C’était le royaume des hommes, mais cela, hélas, n’a pas trop changé… Une femme qui se ride, elle a une sale gueule. Un homme qui se ride, il devient très beau »

Des propos qui illustrent, selon elle, un état d’esprit généralisé à l’époque, où les femmes devaient composer avec des jugements constants, autant sur leur place que sur leur apparence. Des souvenirs qui résonnent différemment aujourd’hui, à l’heure où les mentalités évoluent, même si le chemin reste encore long.

Pour autant, l’interprète ne renie pas tout de ces années fastes. Elle garde en mémoire une période riche artistiquement, portée par une véritable inventivité dans les émissions de variétés. Les prestations étaient pensées comme de véritables tableaux, loin des logiques promotionnelles actuelles.

« On n’était pas là pour la promo. Des duos, des chorégraphies qui étaient des sortes de tableaux étaient spécialement créés pour ces émissions. On s’amusait beaucoup »

Entre nostalgie et regard critique, Sheila dresse le portrait d’une époque contrastée, où la créativité coexistait avec des mentalités aujourd’hui largement remises en question. Un témoignage précieux, qui rappelle à quel point le chemin parcouru par les femmes dans l’industrie musicale reste le fruit d’une longue évolution.

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