Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 71 ans, Jean-Louis Aubert continue de suivre une trajectoire singulière, fidèle à l’esprit qui a marqué ses débuts avec Téléphone. Derrière le musicien, une constante : une sensibilité à fleur de peau et un goût pour les lieux hors du commun. L’un d’eux, acquis dans des circonstances inattendues, relève aujourd’hui de l’exception absolue. Un privilège devenu presque introuvable en France.
Figure majeure du rock français, Jean-Louis Aubert a toujours cultivé une certaine distance avec l’agitation médiatique. L’ancien compagnon de route de Louis Bertignac privilégie l’intuition et la quête d’équilibre. Invité sur le plateau de Quelle Époque ! face à Léa Salamé, il est revenu sur un moment charnière de sa vie, survenu après une intervention médicale il y a quelques années. Une période de fragilité qui va pourtant déboucher sur une opportunité aussi rare qu’inattendue.
Dans ce récit, le chanteur décrit une scène presque irréelle, guidée par une intuition soudaine. À la sortie d’une opération, une idée s’impose à lui, comme une évidence. Quelques instants plus tard, le hasard semble lui ouvrir une porte inattendue, malgré le caractère a priori inaccessible de ce qu’il recherche :
« Il y a 5 ans, je me souviens qu’après l’opération, je sortais de chez le médecin et je ne sais pas pourquoi une voix dans ma tête me dit : ‘La mer va te guérir.’ Je passe juste à ce moment-là devant une agence immobilière où il y a une très belle maison sur un catalogue. Je rentre et évidemment, c’était un truc inaccessible. On me demande ce que je cherche, je dis que je voudrais une maison avec un chemin qui descend dans la mer. Il me dit : ‘Ca n’existe pas en France, monsieur, c’est fini.’
Et il me rappelle huit mois après pour me dire : ‘On a trouvé une cabane avec un chemin qui descend dans la mer.’ La cabane me plaît. Il y a un rocher en bas sur lequel je vais m’asseoir et j’écris ‘Merveille’ et la chanson donne la maison »
Ce fameux accès direct à la mer, aujourd’hui rarissime sur le littoral français en raison des contraintes réglementaires, représente bien plus qu’un simple luxe. Pour Jean-Louis Aubert, il s’agit d’un refuge, d’un espace où la création se mêle à l’apaisement. C’est dans ce cadre, donc, qu’est née la chanson Merveille, comme si le lieu et l’inspiration ne faisaient qu’un.
Mais ce coin de paradis n’est pas le seul havre de paix du musicien. L’artiste possède également un moulin en Eure-et-Loir, à proximité d’un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Un autre lieu chargé de sens, acquis dans des circonstances tout aussi singulières, où l’histoire personnelle rejoint celle des pierres. Dans les colonnes de Gala en 2024, il confiait :
« Le propriétaire était orphelin adopté par un aristocrate sans enfant, et il rêvait que sa maison soit reprise par un artiste, qu’elle inspire quelqu’un«
Entre mer et campagne, Jean-Louis Aubert semble avoir trouvé un équilibre rare, façonné par le hasard et l’intuition. Dans un contexte où ces biens d’exception deviennent quasi inaccessibles, son parcours illustre une autre manière d’habiter le monde : guidée par la sensibilité, la création et une forme de liberté devenue, elle aussi, précieuse.
