Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Trente ans après les grandes heures de l’humour télévisé français, certaines rivalités continuent de faire parler. Si le temps a apaisé bien des tensions entre artistes, Didier Bourdon, lui, n’a jamais totalement tourné la page. En 2019, l’ancien membre des Inconnus s’était encore illustré par une sortie particulièrement directe à l’encontre de ses anciens concurrents. Une prise de position franche, restée dans les mémoires.
Figure emblématique du divertissement hexagonal, Didier Bourdon a marqué toute une génération avec le trio des Inconnus. Face à eux, Alain Chabat, Dominique Farrugia et leurs acolytes des Nuls proposaient un humour différent, plus absurde et décalé. Deux styles, deux époques, mais surtout une rivalité qui, bien que souvent minimisée, n’a jamais totalement disparu. Et si certains ont depuis choisi la voie de l’apaisement, l’ancien Inconnu, lui, n’a jamais caché que certaines déclarations lui restaient en travers de la gorge.
Au cœur de cette tension persistante, des propos tenus par Dominique Farrugia lors de la sortie du film Les Trois Frères : le retour. Une remarque qui avait visiblement ravivé de vieilles rancœurs, comme Didier Bourdon l’expliquait dans les colonnes de Paris Match, sans chercher à arrondir les angles :
« Oui. Et je serais même un peu plus dur aujourd’hui, car Dominique Farrugia a eu des mots peu tendres envers nous récemment. Ce n’était pas très élégant de sa part de dire à la sortie des « Trois frères : le retour » que nous nous étions retrouvés pour payer nos impôts ».
Loin de s’arrêter à ce grief personnel, le comédien avait élargi son propos en opposant frontalement les deux groupes, revendiquant la richesse du parcours des Inconnus face à celui des Nuls. Une comparaison assumée, qu’il développait avec conviction :
« Je crois qu’il n’y a pas photo entre Les Nuls et Les Inconnus. Nous, on a fait de la télé, du théâtre, du cinéma, on a eu des Victoires de la musique, un Molière, un César. Nous, nous écrivions nos sketchs. Ceux des Nuls, c’était beaucoup l’œuvre de Jean-Marie Bigard. Qui le souligne volontiers d’ailleurs : ‘Ils ne s’en vantent pas’ ».
Dans la continuité de cette démonstration, Didier Bourdon n’hésitait pas à remettre en question l’héritage même des Nuls, allant jusqu’à minimiser certains de leurs sketchs pourtant devenus cultes pour une partie du public. Face aux exemples avancés, il maintenait une ligne ferme, fidèle à son ton incisif :
« Tonyglandil, c’est Bigard ! Jacques Martin, c’est de la parodie ! Alors que les sketchs des Inconnus, tout le monde s’en souvient. Ce n’est pas de notre faute si on est plus populaires qu’eux aujourd’hui… »
Ces déclarations avaient immédiatement ravivé une opposition que beaucoup pensaient reléguée au passé. Malgré les tentatives d’apaisement de figures comme Pascal Légitimus ou même Alain Chabat, Didier Bourdon continue d’assumer une vision très tranchée de cette période.
Avec le recul, cette sortie illustre à quel point la rivalité entre les Inconnus et les Nuls reste ancrée dans la mémoire collective. Entre piques assumées et comparaisons frontales, ce duel emblématique de l’humour français continue, des décennies plus tard, de nourrir les discussions et de diviser les amateurs du genre.
