Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Gilbert Melki n’a jamais été du genre à arrondir les angles. À 67 ans, l’acteur continue de défendre une parole libre, quitte à bousculer certaines idées reçues. Dans une récente interview, celui qui s’est illustré dans plusieurs succès populaires a livré une analyse particulièrement sévère de la société française. Un regard sans concession qui ne laisse guère de place à l’optimisme…
Figure bien connue du cinéma français, Gilbert Melki s’est imposé auprès du grand public à la fin des années 1990 grâce à un personnage devenu emblématique. En incarnant Patrick Abitbol dans « La vérité si je mens », le comédien a marqué toute une génération de spectateurs. Depuis, l’acteur a multiplié les projets, alternant films grand public et œuvres plus confidentielles. Mais au-delà de sa carrière, c’est aussi pour son franc-parler qu’il se distingue régulièrement.
Observateur attentif du monde qui l’entoure, le sexagénaire n’hésite pas à pointer ce qu’il considère comme les faiblesses du cinéma français. Selon lui, les productions hexagonales manquent parfois d’audace et peinent à intégrer l’humour dans des récits pourtant sérieux ou sociaux. Dans un entretien accordé à Monaco-Hebdo, Gilbert Melki expliquait ainsi :
« Je pense qu’on a besoin de mettre beaucoup d’humour dans nos films, comme les Américains, ou les Italiens. Il y a de l’humour dans les sujets même très sociaux. Dans les films des frères Coen, il y a de l’humour. L’humour n’est pas un vilain mot, et je ne parle pas des grosses comédies françaises « pouet, pouet » qui cartonnent. »
Pour l’acteur, cette question dépasse la simple dimension du divertissement. Il estime que le cinéma constitue également un outil de réflexion sur la société et regrette que la France peine à porter un regard original sur elle-même. À ses yeux, certaines industries étrangères réussissent davantage à traiter leur propre histoire ou leurs réalités sociales avec recul et créativité :
« Je pense qu’il faut savoir prendre de la distance avec le sujet et trouver des sujets qui puissent être orignaux en parlant de nous, de notre société, et de la France. Ce que font très bien des productions israéliennes, américaines, ou danoises. En France, on a du mal à parler de nous et de notre histoire, sans se plomber. »
Mais c’est surtout son analyse de la société française dans son ensemble qui a retenu l’attention. Au-delà du cinéma, Gilbert Melki s’interroge sur la capacité du pays à faire vivre pleinement la liberté d’expression qu’il revendique pourtant. Un paradoxe qu’il juge particulièrement révélateur de l’époque actuelle :
« On est assez réactionnaire dans ce pays. On n’arrive pas à trouver cette liberté d’expression que l’on vante tant. On ne doit pas demander à un peintre ou à un écrivain de se censurer, mais c’est ce qu’on fait en France : on s’autocensure. On pense avoir cette liberté, mais je pense qu’on ne l’a pas du tout. On est un pays qui tourne en boucle, même en politique. »
À travers ces déclarations, Gilbert Melki poursuit un exercice qu’il affectionne depuis longtemps : celui d’un regard critique sur son époque. Entre dénonciation de l’autocensure, réflexion sur la création artistique et analyse du climat politique, l’acteur livre une vision particulièrement sévère de la France contemporaine. Une prise de position qui, fidèle à son tempérament, privilégie la franchise au consensus.
