Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 76 ans, Josiane Balasko n’a jamais perdu ce qui fait sa force : une parole libre et un regard sans concession sur elle-même. Habituée depuis toujours aux commentaires sur son apparence, l’actrice assume aujourd’hui son physique avec une sérénité désarmante. Une franchise qui tranche avec les standards longtemps imposés aux comédiennes.
Figure incontournable du cinéma français, Josiane Balasko s’est imposée depuis les années 1970 grâce à son talent, bien plus qu’à son apparence. Membre emblématique du Splendid aux côtés de Michel Blanc, elle a bâti une carrière en refusant de se conformer aux critères de beauté de l’époque. Un choix qui, avec le temps, est devenu l’une de ses plus grandes forces.
Invitée dans C à Vous pour présenter le film Captives, la comédienne expliquait que son physique lui permet aujourd’hui d’incarner des personnages que d’autres actrices ne peuvent plus forcément jouer :
« Le panel s’est élargi déjà parce que je ne suis pas morte. C’est important. Je suis toujours là. Je peux jouer des choses que parfois d’autres comédiennes ne peuvent pas jouer parce qu’elles n’ont plus le physique. Elles l’avaient avant mais elles ont voulu le garder donc elles ne l’ont plus. Et moi j’ai mon physique donc je peux jouer des grands-mères, je peux jouer des mères, des femmes du peuple… »
Une réflexion fidèle à son humour et à sa lucidité. Bien avant cela, lors de son passage dans Les Rencontres du Papotin, Josiane Balasko était déjà revenue sur le regard porté sur son apparence au début de sa carrière, à une époque où les rôles féminins répondaient à des codes très précis :
« (À l’époque), les jeunes filles jouaient des jeunes premières. Il n’y avait pas de rôles pour des filles qui n’étaient pas blondes aux yeux bleus, ou brunes, pulpeuses. Je me trouve plutôt normale, je me suis toujours trouvée dans la moyenne, pas belle, pas laide. »
L’actrice en profitait également pour dénoncer une différence de traitement persistante entre les hommes et les femmes dans le cinéma. Selon elle, les comédiens ont toujours bénéficié d’une plus grande liberté, quelle que soit leur apparence :
« Pourquoi est-ce qu’il y a des garçons qui n’ont pas des physiques terribles et qui jouent ? Et pourquoi ça ne serait pas la même chose pour les filles ? Je voulais me créer mes propres rôles, parce qu’il n’y en avait pas à l’époque. J’ai créé des personnages qui font rire. On fait plutôt rire avec les défauts qu’avec les qualités. On fait plutôt rire parce qu’on tombe, parce qu’on glisse sur une peau de banane que parce qu’on fait un pas de danse très joli. »
Avec le recul, Josiane Balasko revendique pleinement ce parcours construit en dehors des standards habituels. Loin d’avoir considéré son physique comme un frein, elle en a fait une véritable signature artistique. Une authenticité qui continue, aujourd’hui encore, de séduire le public et de nourrir une carrière parmi les plus marquantes du cinéma français.
