Ils sont acteurs de la ProA mais ce ne sont pas les joueurs. 6 rencontres pour vous faire découvrir les partenaires méconnus du basket professionnel. Ahmadou Keita, a terminé sa carrière de joueur professionnel de basket-ball en 2009 ; il a par la suite fondé AKSPORTS dont il est le Président. Il vient nous parler de cette reconversion et de son métier d’agent de joueurs et de joueuses de basket professionnels.

Parlons Basket :  Bonjour Ahmadou ! – Quelles ont été tes motivations pour passer de joueur à agent de joueur ?

Ahmadou Keita : Je ne peux pas dire qu’il s’agisse d’une vocation à proprement parler. Je souhaitais rester dans le 1614952_748289231849998_955380241_amilieu, rendre au basket tout ce qu’il m’a apporté, partager mon expérience. Je me dirigeais plutôt vers une carrière d’entraineur avec mon BE2 en poche. Dans mes dernières années pro, j’ai côtoyé beaucoup de joueurs qui m’ont demandé des conseils, disons que cela a servi de déclencheur.

PB : Avais-tu anticipé ce choix ? As-tu fait des études en particulier parallèlement ou après ta carrière ? Ou bien c’est une opportunité ou encore un choix qui s’est imposé de lui-même ?

 Au niveau des études, j’ai obtenu un Bac économie et un Deug Staps, un BE2 aussi. J’ai 20 ans de professionnalisme dans le basket, j’ai joué à l’étranger en Espagne, Italie… Mon vécu est aussi international. J’ai pris une décision lors ma dernière saison de joueur. J’ai lu de nombreux livres sur le droit et sur les institutions sportives. je me suis lancé, j’ai bossé dur pour obtenir ma licence

PB : Agent sportif c’est quoi exactement ? Qui sont les agents ? des simples intermédiaires qui œuvrent en coulisse ou plus ? des interlocuteurs devenus incontournables pour les coaches ?

Si l’on prend la définition exacte du métier, il est stipulé : L’agent sportif est une personne qui, à titre occasionnel ou habituel et contre rémunération, met en rapport les parties (joueurs et clubs) intéressées à la conclusion d’un contrat rémunéré d’une activité sportive. Dans le principe on peut dire que l’activité est simple, il s’agit d’un intermédiaire qui doit faciliter les rapports entre les acteurs du monde du sport . Il y a certes l’aspect financier mais j’ai appris au fil de ma carrière que la gestion humaine revêtait tout autant d’importance. Lier les deux aspects, assurer le présent mais aussi le futur de mes clients, toute la complexité de ce métier réside dans cette complémentarité Est-ce que les agents ont de l’influence ? D’une certaine manière, oui, je le pense. Maintenant le tout est de savoir si elle est bonne ou mauvaise. Tout dépend des intentions de l’agent. Je pense que coach, joueur, ou dirigeant a besoin à un moment, d’être mis en relation, car nul ne peut connaître entièrement le marché. Le sport est devenu « un business », une aide n’est pas superflue, elle devient fondamentale, incontournable.

PB : Jusqu’où peut aller la mission de l’agent ?

Je pense que chacun doit trouver son agent en fonction de ce qu’il recherche. Il est là pour accompagner un projet, garantir une stratégie commune. La principale dérive intervient quand le conseil se transforme en persuasion et en manipulation. Il est très difficile d’estimer le travail complet de l’agent, ce travail de l’ombre toujours effectué en amont.

 

PB : La profession est maintenant règlementée, tu penses que c’est une bonne chose ?

Oui mettre des règles est une bonne chose mais les faire respecter correctement demeure très difficile. Sur un terrain de basket les choses sont claires, tout le monde peut voir les erreurs commises ou les coups vicieux même si parfois l’arbitre ne les détecte pas. Il est vraiment difficile, à mon avis, de maitriser complètement le marché des joueurs, car celui-ci regorge de trop d’intérêts.

PB : Peux-tu nous parler de la Licence d’agent sportif ? Quels domaines couvre -t’elle ?

La licence permet d’évaluer les connaissances théoriques de l’agent dans de nombreux domaines diverses et variés. Cela va du droit social au règlement des fédérations, en passant par le droit des assurances ou des contrats, sans oublier bien sur le droit du sport. Il faut vraiment être polyvalent car le sport professionnel touche et implique de nombreuses branches.

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PB : Dans ton métier d’agent, as-tu d’autres spécialités que le basket ?

J’ai obtenu ma licence d’agent de football. Il s’agit d’un autre milieu, mais je suis heureux de l’avoir obtenu car le taux de réussite est bas. Je me suis entouré de gens compétents pour m’aider dans l’évaluation des joueurs (à chacun son sport !) Le transfert réalisé avec Manchester City pour un jeune international français, m’a permis de mettre le pied à l’étrier. Je m’occupe de jeunes footballeurs, tout en conservant mon activité principale : le basket.

PB : Quelles sont les qualités d’un agent ? et quelles compétences doit-il maitriser ? en plus de ses connaissances du milieu sportif ?

Mes idées sur le métier d’agent ont beaucoup changé avec la pratique. Je vois le métier différemment maintenant que je suis en activité. Je suis satisfait du travail réalisé depuis mes débuts et de la confiance qui s’installe progressivement avec les joueurs et les entraineurs. Je pense que pour être un bon agent, il faut connaître le sport et le droit du travail mais aussi maîtriser la psychologie humaine. Un joueur  professionnel est un salarié et un être humain. Même si le sport est business, le joueur, du moins c’est ma conception, n’est pas une marchandise.

PB : Comment s’établit la relation avec le joueur ou la joueuse ? qui fait la démarche ?

En général, pour les joueurs confirmés, je dirais que l’agent fait les premières démarches, on reste dans un domaine commercial et concurrenciel. Les joueurs sont plutôt demandeurs car être courtisé dénote un côté flatteur. Mais évoluer dans un milieu inconnu, sans être conseillé est quasi impossible. Pour les jeunes joueurs, il s’agit plus du bouche à oreille pour ma part, de scouting aussi. Le carnet d’adresses est important mais lorsque tu fais correctement ton métier, que tu ne vends pas du rêve, que tu établis réciproquement un vrai projet sportif, un vrai projet d’avenir sans brûler d’étapes, ça se sait, ça se propage…

PB : Quand a-t-on besoin d’un agent? Qui en a besoin ?

Le besoin s’en fait ressentir quand on commence à se poser des questions sur les orientations à prendre. Il n y a rien d’obligatoire mais je pense qu’il est très compliqué pour un jeune joueur ou très peu expérimenté de discuter de contrat par exemple ou avoir un véritable plan de carrière.

PB : Dans le cas où c’est l’agent qui fait la démarche, pourquoi plus tel joueur ou joueuse que tel autre ?

Je ne peux pas parler pour tous les agents car je ne connais pas toutes leurs pratiques. Prendre des joueurs pour en prendre, faire du chiffre et du nombre n’est pas mon style. Qualité ou quantité, j’ai fait le choix. J’agis beaucoup au feeling. Quand j’évalue un joueur ou une joueuse qui a du talent (selon mon jugement) et qui présente les qualités mentales et un comportement à la hauteur de ses ambitions, j’ai envie de l’aider à réussir son parcours en tant que sportif et en tant qu’homme. Je pars du principe qu’il faut apprécier la personne que l’on représente, pour lui être utile.

PB : Y a t’il des journées type, semaines type ? Quelles sont tes méthodes de travail ?

Il n’y a pas vraiment d’école pour la pratique du métier d’agent, les cours ne sont que théorie. Si j’avais une méthode de travail à mettre en avant, je dirais qu’une rigoureuse organisation est primordiale. Les journées ne seront pas les mêmes suivant que l’on se situe en période de transferts ou de prospection, mais l’accompagnement d’un client c’est 24/24 et 7/7. Comme dans toutes activités commerciales, celui qui se lève tôt et est actif et créatif, à plus de chances d’être efficace.

PB : Est-ce que tu fais du scouting ? Comment ? Vidéo, dans les tribunes, bouche à oreille ?

Je scoute énormément, je vois plus de matchs que quand j’étais joueur. Je me renseigne beaucoup. Je vais dans des salles, j’utilise la vidéo. Internet facilite les choses dorénavant. Je monte mon réseau petit à petit avec des collaborateurs dont je sais que les critères de jugement, ressemblent aux types de joueurs et joueuses que j’accompagne. Je pense être plus fort recruteur -en tant qu’ex basketteur- plutôt que bon commercial, mais je travaille pour m’améliorer.

PB : Peut-il y avoir des collaborations entre agents ou bien c’est plutôt la concurrence qui est la règle ?

La concurrence est présente, je pense que le marché est saturé. Très peu d’agents gagnent vraiment bien leur vie. Je ne suis pas opposé à des collaborations, à condition d’être sur la même longueur d’onde.

PB : Est-ce qu’il t’arrive de travailler avec des agents étrangers ?

Oui je collabore avec des agents étrangers. Le basket s’est internationalisé à tous niveaux et mes collègues étrangers connaissent bien mieux le marché de leurs pays. Ce sont des deals qui se doivent d’être réciproques. 

IMG_7695-copiePB : Tu évoquais le fait que peu d’agents gagnent très bien leur vie ? Comment est rémunéré un agent ?

Un agent prend un pourcentage sur le contrat qu’il négocie. Cela varie entre 1 et 10 % du montant des rémunérations. 10 % étant le maximum autorisé réglementairement.

PB : Les contrats proposés aux joueurs sont à durée déterminée ? Est-il facile de se séparer d’un joueur ? ou pour un joueur de se déparer de son agent ?

Le mieux dans toute séparation est d’avoir un accord commun. Le contrat de représentation ou contrat de mandat (même si juridiquement ce n’est pas tout à fait un contrat de mandat) qui lie le joueur avec son agent entraine des obligations réciproques. Sans rentrer dans les détails de droit, ce contrat ne peut être rompu avant son terme sans un accord des parties.

 

PB : Peux-tu nous préciser si c’est le joueur qui paye l’agent ? et nous donner des indications sur la durée d’un contrat ?

Tout dépend qui mandate l’agent. Le mandant paye le mandataire, si l’agent travaille pour le club; le club paye l’agent et si l’agent travaille pour le joueur; le joueur paye l’agent. Un contrat de mandat doit avoir une durée de 2 ans maximum. Ce sont les textes.

PB : Pourquoi choisir AKSPORTS ? comment penses-tu te démarquer par rapport aux autres ? AKSPORTS a-t-elle des atouts que d’autres agences n’ont pas ?

Mon postula de départ, en créant mon agence a été justement de me poser la question : pourquoi venir dans ma compagnie plutôt qu’une autre ? La réponse est venue naturellement. Je l’ai trouvée à travers les relations qui se sont développées avec mes clients et clientes des deux côtés de la barrière. Un réseau qui ne cesse de s’agrandir, une communication efficace. Une équipe qui s’agrandit. Tous les ingrédients pour être du joueur et de la joueuse est ma priorité en tant que sportif mais aussi en tant que personne. Pour être basketteur professionnel je pense qu’il faut être déterminé, travailleur et avoir un brin de réussite. J’applique les mêmes ingrédients pour être agent avec une seule différence : il n y a pas de vainqueur ou de perdant lorsque l’on représente quelqu’un. Trouver des contrats est important, je dirais même que c’est la base du travail, mais il y a une manière de le faire. Respecter la personne est la primauté ! La confiance est le maitre mot, la philosophie de mon métier.1056646_747921881886733_1793777434_n 1060137_747921991886722_1071183580_n

 Aksports Training camp que j’organise chaque été, est l’un de nos services.

Ce camp me tient à coeur car il s’agit d’un rassemblement basket où l’on ne parle que de sport et développement de l’athlète. Chaque joueur est pris en main pour des practices personnalisés, des remises en forme spécifiques, du coaching mental, etc… Mon rôle est aussi d’apporter tout l’environnement propice au développement du joueur ou de la joueuse, de lui donner les clés pour réussir. Je ne lui en donne pas une, mais un trousseau : Le partage, la passion, le professionnalisme, le travail, toujours et encore.

 

 

L’équipe Parlons Basket remercie chaleureusement Ahmadou Keita pour avoir accepté de répondre à nos questions !

A propos de l'auteur

Rédactrice basket féminin. Fan de Tony Parker, Edwige Lawson ou encore Sandrine Gruda. Veut devenir journaliste sportive. Optimiste avant tout. #Basketballneverstops

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