Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Plus de soixante-dix ans après les faits, Line Renaud continue de porter un regard sans filtre sur le milieu du music-hall qu’elle a connu à son apogée. Invitée à revenir sur cette époque, elle n’avait pas éludé la personnalité de Édith Piaf, évoquant à la fois son tempérament entier, ses rapports tendus avec les femmes et son lien intense aux hommes.
Entre Line Renaud et Edith Piaf, ça n’a pas toujours été la vie en rose. Dans les années 1950, les deux artistes évoluent en effet dans le même univers, mais leur cohabitation est loin d’être sereine. Sur France Inter, la « mère de coeur » de Dany Boon dressait ainsi quelques années un portrait sans détour, intégrant ses propos dans une analyse globale de la chanteuse :
« C’était une femme très dure, qui détestait les autres femmes. Juliette Gréco pourrait en dire long. En revanche, elle exerçait un pouvoir incroyable sur les hommes, comme une forme de revanche sur la vie : ils défilaient tous dans son lit, et elle supportait mal les plus jeunes. »
Au-delà de ces confidences sur l’intime, Line Renaud évoquait aussi une rivalité professionnelle bien réelle. Elle racontait qu’en 1954, alors qu’elle se produisait chaque soir au Moulin Rouge, une décision inattendue lui aurait été imposée, qu’elle attribue directement à l’influence de Piaf :
« On m’a demandé d’arrêter de chanter pendant au moins un an. Ça venait d’elle. Avait-elle peur de moi ? Pourtant, nous n’étions pas du tout dans le même registre. »
Loin de se laisser freiner, la chanteuse voit pourtant cette période marquer un tournant décisif. Cette même année, elle attire l’attention de Bob Hope, de passage à Paris, qui lui propose de tenter sa chance aux États-Unis après l’avoir vue sur scène :
« Il m’a dit qu’il n’avait pas besoin de comprendre le français, qu’il avait tout saisi en me regardant… et il m’a proposé de venir en Amérique. »
À travers ce témoignage tardif, se dessine le portrait d’une Édith Piaf à la fois fascinante et redoutée, dont la vie personnelle et les ambitions artistiques semblaient indissociables. Entre rivalité assumée et admiration implicite, Line Renaud éclaire d’un regard brut les coulisses d’une époque où passions, ego et destinées s’entrechoquaient sans filtre.
