Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À bientôt 98 ans, Line Renaud continue de se livrer avec une sincérité rare. L’ancienne meneuse de revue, profondément ancrée dans le cœur des Français, n’a jamais cessé d’évoquer son parcours avec lucidité. Cette fois, c’est un aspect plus intime de son existence qu’elle aborde sans détour. Une parole libre, qui tranche avec l’image souvent idéalisée qu’on lui prête.
Figure incontournable du spectacle français, Line Renaud a partagé une grande partie de sa vie avec Loulou Gasté, rencontré au début des années 1950. Elle n’avait alors que 22 ans, lui en avait 42. Leur relation, longtemps présentée comme un modèle d’équilibre et de fidélité, a duré jusqu’à la disparition du musicien en 1995. Pourtant, derrière cette union emblématique, la chanteuse dévoile aujourd’hui une réalité plus nuancée, loin des apparences idéales.
En pleine promotion de son livre Merci la vie, celle qui fut l’interprète de « Ma cabane au Canada » s’est confiée dans les colonnes du Parisien. Elle y revient avec franchise sur la nature du lien qui l’unissait à son époux :
« Je l’admirais beaucoup, j’étais sa fan. Il avait vingt ans de plus que moi, était très beau et je suis tombé amoureuse de Loulou, mais ce n’était pas sexuel. »
Une confidence qui éclaire d’un jour nouveau leur relation. Si l’amour et l’admiration étaient au cœur de leur histoire, la dimension charnelle, elle, n’y occupait pas la même place. C’est bien plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, que l’artiste découvre une autre facette de son intimité. À Las Vegas, la Française croise la route de Nate Jacobson, une rencontre déterminante dans sa vie personnelle. Toujours auprès du Parisien, elle se remémore ce moment charnière :
« Ma vie sexuelle, je l’ai trouvée aux Etats-Unis. Avec Nate Jacobson (le patron du Caesars Palace de Las Vegas, ndlr). Quand je l’ai vu pour la première fois, je me suis dit : « Je vais avoir une histoire avec cet homme ». Je sortais d’un cocktail, il y entrait. Sa femme était avec lui, il a eu le temps de me glisser à l’oreille : « Je vais à Baltimore, puis-je vous voir à mon retour ? » »
Cette relation, restée discrète, s’étendra sur près de quinze ans. Une parenthèse passionnée, bien différente de la stabilité qu’elle connaissait jusque-là. Avec le recul, Line Renaud admet toutefois avoir nourri certains regrets, liés à une forme de retenue :
« J’ai été trop sage. J’aurais dû plus en profiter, mais je n’ai su que trop tard que j’étais belle. Un jour, j’étais avec un homme, quand il m’a vu, il m’a dit : « Stop ! I want to see perfection ». Vous vous rendez compte ! « Je veux voir la perfection »… C’était vraiment bien. »
Derrière ces mots, une réflexion sur le temps qui passe et sur les occasions manquées. Si la séduction a toujours fait partie de son univers, l’artiste explique avoir su poser des limites claires face aux avances :
« La plupart me faisaient la cour, essayaient de me séduire avec des mots gentils, des petits baisers dans le cou. Celui qui allait plus loin, je le remettais en place. Mais il ne faut pas aller trop loin et ne pas se faire détester des hommes, ça ne plairait à personne. »
Avec le recul d’une vie presque centenaire, Line Renaud livre un regard à la fois tendre et lucide sur son parcours sentimental. Entre admiration, passion tardive et retenue assumée, elle dessine le portrait d’une femme libre, qui n’a jamais cessé d’apprendre d’elle-même et de ses choix.
