Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Avant de devenir des monuments de l’humour français, Marie-Anne Chazel et Coluche ont évolué dans le même bouillonnement artistique du Paris des années 1970. Entre cafés-théâtres, spectacles improvisés et soirées interminables, toute une génération de comédiens forgeait alors les bases de sa carrière. Si l’admiration entre les deux artistes était bien réelle, l’actrice du Splendid a aussi découvert une personnalité beaucoup plus autoritaire qu’on pouvait l’imaginer.
Figure incontournable du cinéma comique français, Marie-Anne Chazel a fait ses débuts au sein de la troupe du Splendid avec Christian Clavier, Gérard Jugnot ou encore Thierry Lhermitte. À la même époque, Coluche imposait déjà son style provocateur et son humour incisif dans les cafés-théâtres parisiens. Les deux univers se côtoyaient régulièrement, au point de créer des liens d’amitié solides entre les artistes.
Invitée il y a quelques mois sur Europe 1, l’ancienne compagne de Christian Clavier est revenue avec émotion sur cette période fondatrice de leur jeunesse artistique. Elle racontait notamment leur rencontre dans une petite impasse parisienne devenue un véritable laboratoire de l’humour français :
« Quand on a débuté, on était dans une petite impasse où on avait fait un petit café-théâtre. Et lui, Michel (Coluche, ndlr), était en face. Il avait un petit café-théâtre qu’il venait de mettre aussi en état parce qu’il n’était plus au café de la Gare. Il l’avait quitté et avait fait une petite troupe avec Bernard Lamotte, Christine Dejoux. Ils faisaient des spectacles. C’est là qu’on s’est rencontrés, qu’on a sympathisé, qu’on a passé des moments mémorables, des moments de rire. Son spectacle était invraisemblable ! On a beaucoup sympathisé. Son esprit nous plaisait et lui aimait beaucoup notre humour »
Malgré cette proximité et cette admiration mutuelle, une différence profonde séparait toutefois Coluche de la troupe du Splendid. Lorsque l’idée d’une collaboration plus étroite a été envisagée, les membres du collectif ont rapidement compris que leurs façons de travailler étaient incompatibles.
Toujours au micro d’Europe 1, Marie-Anne Chazel expliquait alors avec beaucoup de franchise :
« Nous, Michel, qu’on aimait beaucoup, qu’on estimait, on savait qu’on n’arriverait pas à travailler avec lui, parce qu’on n’avait pas du tout la même mentalité. Michel, c’était un chef, c’était un leader, c’était par moments un tyran. C’était un homme d’autorité, c’est lui qui décidait. D’ailleurs, il avait une vision. Mais il voulait l’imposer aux autres ! Nous, on était une troupe, on était des artisans, tout le monde était à égalité. Il n’y avait pas de metteur en scène. Les auteurs, c’était collectif. C’était pas du tout la même mentalité. »
À travers ce témoignage, l’actrice dessine un portrait bien plus nuancé de Coluche. Derrière le provocateur adoré du public se cachait un homme à la personnalité puissante, convaincu de ses idées et habitué à diriger. Une manière de fonctionner qui contrastait fortement avec celle du Splendid, où les décisions étaient prises collectivement et où chacun occupait la même place dans la création.
Avec le recul, ces confidences éclairent aussi une époque charnière de l’humour français. Les cafés-théâtres parisiens voyaient alors émerger des artistes aux tempéraments très différents, parfois incompatibles malgré l’admiration réciproque. Entre le fonctionnement collectif du Splendid et le leadership affirmé de Coluche, deux visions du spectacle se faisaient face sans jamais réellement parvenir à se rejoindre.
