Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Artiste incontournable de la scène française, Julien Doré cultive depuis ses débuts une image à part, entre sensibilité artistique et refus des codes établis. S’il n’a jamais hésité à s’engager pour des causes qui lui tiennent à cœur, le chanteur trace une ligne claire entre solidarité et exposition médiatique. Une position qui explique notamment son absence remarquée d’un rendez-vous pourtant incontournable du paysage caritatif français. Et il ne s’en est jamais caché.
Chanteur reconnu pour son univers singulier et son franc-parler, Julien Doré n’a jamais participé aux Enfoirés, contrairement à de nombreux artistes de sa génération. Un choix assumé, qui repose sur une vision bien précise de l’engagement et du rôle des personnalités publiques dans ce type d’événement. Là où certains voient une grande fête solidaire, l’interprète préfère garder ses distances, fidèle à une conception plus discrète de l’aide aux autres.
Cette prise de position remonte à plusieurs années déjà. Dans un entretien accordé en 2012 au journal suisse Le Matin, le musicien exprimait sans détour son malaise face à la mise en scène de la solidarité dans ce type de spectacle. Une déclaration qui n’était pas passée inaperçue à l’époque :
« Ils veulent nous faire croire qu’ils sont une bande de copains, c’est de la foutaise. Les footballeurs ou les rugbymen qui viennent juste un soir pour montrer leurs gueules, ça me gêne. Je n’aime pas cet étalage, j’ai une autre conception de la charité. Je préfère venir en aide à des associations de mon côté sans le crier sur les toits ».
Pour Julien Doré, l’essentiel se situe ailleurs, loin des projecteurs et des grandes messes télévisées. Une ligne de conduite qu’il a maintenue au fil des années, malgré l’évolution du paysage médiatique et l’importance grandissante des réseaux sociaux dans la communication des artistes.
En 2020, dans les colonnes de Paris Match, il réaffirmait cette gêne face à une certaine forme de visibilité à tout prix, notamment lorsqu’elle se mêle à des initiatives solidaires. Le chanteur dénonçait alors une confusion entre engagement sincère et stratégie de notoriété :
« L’enfer c’est pas les autres, c’est ceux qui font rêver et qui te vendent leur culotte pour un peu de télé. C’est insupportable de faire passer son taux de notoriété avant sa matière artistique. C’est trop souvent le cas désormais. Là où ça devient pathétique, c’est quand cette mise en avant du taux de notoriété est accompagnée d’une volonté étrange d’aider, de participer. Pendant la période qu’on a traversée, je ne sentais pas à l’aise avec le fait d’aider d’une façon très médiatique. Pour certains, c’était une manière de ne pas être oubliée ».
Avec cette constance, Julien Doré s’inscrit à contre-courant d’une partie de l’industrie du divertissement. Son absence des Enfoirés n’est pas un refus de solidarité, mais bien l’affirmation d’une autre manière d’agir, plus discrète et personnelle.
Fidèle à ses convictions, l’artiste continue ainsi de défendre une vision où l’engagement ne se mesure pas à l’exposition. Une posture rare, qui participe aussi à forger son identité dans un paysage médiatique où visibilité et générosité sont souvent étroitement liées.
