Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Huit ans après la disparition de Johnny Hallyday, les souvenirs continuent d’affluer autour de celui que beaucoup surnommaient le Taulier. Parmi les témoignages les plus marquants, ceux de ses proches, qui dévoilent les coulisses d’une relation faite de fidélité et de moments inattendus. Eddy Mitchell, en particulier, n’oubliera jamais la naissance de son amitié hors norme avec le rockeur.
Figure incontournable de la chanson française, Eddy Mitchell a partagé avec Johnny Hallyday bien plus qu’une carrière parallèle : une véritable fraternité. Les deux artistes se sont rencontrés à la fin des années 1950, dans un Paris en pleine effervescence musicale, où le rock’n’roll commençait à s’imposer. Mais contre toute attente, leur premier échange n’a rien eu d’un moment cordial, bien au contraire, puisqu’il s’est soldé par un geste aussi brusque qu’inattendu.
C’est dans les colonnes du magazine Schnock que le crooner a levé le voile sur cet épisode devenu culte. Avant même que leur complicité ne prenne forme, une incompréhension autour de quelques disques a provoqué une réaction immédiate de la part du futur interprète de “La Dernière Séance”. Il racontait ainsi, avec son franc-parler habituel :
« On s’est connus à une surprise-party où tout le monde devait amener ses disques. En partant, impossible de retrouver les miens. J’arrive en bas de l’immeuble et je vois Johnny avec mes disques, qui dit à la concierge : “Je passerai les récupérer demain” ! Je l’ai donc directement giflé. Il me les a finalement rendus et s’est confondu en excuses. J’ai trouvé qu’il avait bon goût malgré son acte, et on a très vite sympathisé. Il a fait un disque sorti huit mois avant mon premier album. Il n’y a jamais eu de rivalité entre nous. »
Loin d’avoir créé une rupture, cet échange musclé a paradoxalement jeté les bases d’une relation solide. Les deux jeunes artistes, animés par une même passion pour la musique américaine, ont rapidement trouvé un terrain d’entente. Au fil des années, concerts, tournées et succès ont renforcé une amitié que ni la concurrence ni les aléas du métier n’ont réussi à fragiliser.
Depuis la disparition du rockeur en décembre 2017, Eddy Mitchell continue d’évoquer celui qu’il considérait comme un frère. Invité dans l’émission C à Vous, il se confiait avec émotion sur l’absence laissée par son ami, mais aussi sur les souvenirs qui continuent de le hanter, parfois jusque dans ses rêves :
« Il ne vient plus embêter mes nuits. Je ne rêve plus de lui, et quand j’en rêve, je le mets dehors. Il venait surtout m’enquiquiner, et comme il avait une force de persuasion extraordinaire, je le suivais ! À l’époque, il m’a entraîné dans des choses marrantes. C’était mon frère, mon frangin. Je le protégeais. Un coup d’oeil et on savait ce qu’on allait faire »
Avec le recul, cet épisode de la gifle prend une dimension presque symbolique. Ce qui aurait pu compromettre une rencontre s’est transformé en point de départ d’une des amitiés les plus durables de la scène musicale française. Entre respect, humour et loyauté, leur relation a traversé les décennies, laissant derrière elle une histoire aussi singulière qu’inoubliable.
