Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
À 76 ans, Josiane Balasko poursuit son parcours avec la même liberté de ton qui a toujours fait sa signature. Toujours active au cinéma comme au théâtre, la comédienne n’a jamais esquivé les sujets sensibles. Parmi eux, son apparence, longtemps commentée au fil de sa carrière. Avec le recul, elle s’exprime aujourd’hui avec une franchise désarmante sur ce rapport au physique qui a marqué ses débuts.
Figure majeure du cinéma français depuis plus de quarante ans, Josiane Balasko s’est imposée comme une actrice incontournable, notamment au sein de la troupe du Le Splendid, aux côtés de Michel Blanc. Dans un univers longtemps dominé par des standards esthétiques stricts, elle a souvent été perçue comme une artiste à part – et a même fréquemment été victime de ce que l’on appelait pas encore la grossophobie, notamment via une remarque violente d’Anne Sinclair à la télévision.
Une singularité qui, si elle a pu freiner certains rôles à ses débuts, s’est progressivement transformée en véritable marque de fabrique. Invitée dans l’émission C à Vous à l’occasion de la sortie du film Captives, l’actrice expliquait comment ce physique, autrefois jugé atypique, lui permet aujourd’hui d’incarner une large palette de personnages :
« Le panel s’est élargi déjà parce que je ne suis pas morte. C’est important. Je suis toujours là. Je peux jouer des choses que parfois d’autres comédiennes ne peuvent pas jouer parce qu’elles n’ont plus le physique. Elles l’avaient avant mais elles ont voulu le garder donc elles ne l’ont plus. Et moi j’ai mon physique donc je peux jouer des grands-mères, je peux jouer des mères, des femmes du peuple… »
Un regard à la fois lucide et teinté d’ironie, fidèle à son style. Déjà, dans Les rencontres du Papotin, Josiane Balasko revenait sur ses débuts et sur les critères esthétiques dominants à l’époque, qui laissaient peu de place aux profils différents :
« (À l’époque), les jeunes filles jouaient des jeunes premières. Il n’y avait pas de rôles pour des filles qui n’étaient pas blondes aux yeux bleus, ou brunes, pulpeuses. Je me trouve plutôt normale, je me suis toujours trouvée dans la moyenne, pas belle, pas laide. »
Derrière cette simplicité apparente, l’actrice pointe un déséquilibre persistant entre hommes et femmes dans l’industrie du cinéma. Une réflexion qu’elle développe sans détour, en évoquant les choix qui ont guidé sa carrière :
« Pourquoi est-ce qu’il y a des garçons qui n’ont pas des physiques terribles et qui jouent ? Et pourquoi ça ne serait pas la même chose pour les filles ? Je voulais me créer mes propres rôles, parce qu’il n’y en avait pas à l’époque. J’ai créé des personnages qui font rire. On fait plutôt rire avec les défauts qu’avec les qualités. On fait plutôt rire parce qu’on tombe, parce qu’on glisse sur une peau de banane que parce qu’on fait un pas de danse très joli. »
Avec les années, Josiane Balasko a fait de ce regard extérieur une force, construisant une carrière solide sans jamais se conformer aux attentes. Son discours, à la fois apaisé et sans concession, témoigne d’un parcours singulier dans le paysage cinématographique français. Une trajectoire où l’authenticité a fini par s’imposer comme un atout, bien au-delà des apparences.
