Lilian Thuram cash sur les sifflets de la Marseillaise par les Algériens en 2001 : « J’ai vite compris ça »

Lilian Thuram, champion du monde 98
France 5 (DR)

Par Rédaction | Sport

Le 6 octobre 2001, le match amical entre la France et l’Algérie au Stade de France devait être une grande fête. Il s’est finalement transformé en soirée chaotique, marquée notamment par les sifflets visant La Marseillaise puis par l’envahissement du terrain, qui a entraîné l’arrêt définitif de la rencontre à la 76e minute.

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Vingt ans plus tard, Lilian Thuram est revenu sur cet épisode dans un entretien accordé à So Foot. Le champion du monde 1998, alors âgé de 29 ans au moment des faits, expliquait avoir rapidement compris que ces huées dépassaient largement la simple question du chant lui-même.

« Au moment des hymnes, je ne suis pas surpris. Peut-être du fait de ce que j’avais vécu : je suis né aux Antilles, puis j’ai grandi en banlieue parisienne. Pour moi, quand on siffle La Marseillaise, ce n’est pas qu’on a un problème avec ce chant, mais bien un problème avec la France. Ce problème, c’est une volonté d’être reconnu et d’être aimé. »

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Selon Thuram, ces sifflets traduisaient surtout un sentiment de rejet et une demande de reconnaissance. Son analyse s’appuyait notamment sur son propre parcours et sur ce qu’il avait pu observer en grandissant en banlieue parisienne.

« Ce que ces sifflets expriment c’est : “Pourquoi vous ne nous reconnaissez pas ? Pourquoi vous nous rejetez ?” En grandissant en banlieue parisienne, mes amis et moi-même avons eu ces questionnements. Il y a alors une réelle difficulté à se présenter comme Français, car nous ne sommes pas considérés comme des Français à part entière. »

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L’ancien défenseur des Bleus n’en minimisait toutefois pas les conséquences. Après la rencontre, il expliquait avoir été profondément en colère, notamment parce qu’il craignait que l’événement ne laisse une trace durable dans l’imaginaire collectif français.

« Bien sûr, après le match, j’étais en colère. Contre les jeunes, les partis politiques et la perception médiatique. J’étais en colère car j’avais l’impression que cet événement allait laisser une cicatrice dans l’imaginaire collectif. »

Thuram redoutait surtout que les images de cette soirée renforcent certains préjugés et alimentent un rejet visant notamment les musulmans. Avec le recul, il estimait que le match avait contribué à installer durablement cette lecture dans une partie du débat public.

« J’avais 29 ans, je connaissais depuis longtemps la portée politique du foot. J’ai vite compris que cet événement allait nourrir et réveiller certains préjugés dans la société : “Ce sont les musulmans”. C’est ce qu’on fait encore aujourd’hui. Ce match-là a nourri ce rejet profond que certains ont de l’Islam. »

Malgré cette soirée douloureuse, Lilian Thuram voulait aussi croire au pouvoir du football pour rapprocher les deux pays. Il appelait ainsi de ses vœux de nouveaux affrontements entre les sélections française et algérienne, notamment chez les jeunes, afin de créer des liens durables dans les imaginaires collectifs.

« J’espère qu’il y aura très bientôt un match France-Algérie ou Algérie-France. Pour cela, il faut une volonté politique. Jouer un France-Allemagne, ce n’est pas comme jouer un (autre match). Plus il y a de France-Allemagne ou de France-Algérie, plus les liens se solidifient dans l’imaginaire collectif. Ne serait-il pas très intéressant d’organiser chaque année des matchs France-Algérie entre les sélections de jeunes ? »

L’analyse de Lilian Thuram sur les sifflets de 2001 reste donc étroitement liée à son propre parcours et à sa volonté de comprendre les fractures de la société française. L’ancien international ne cautionnait pas l’envahissement du terrain, mais cherchait surtout à expliquer ce qu’il estimait être derrière les huées de La Marseillaise et à défendre, en parallèle, l’idée d’un rapprochement par le football.

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