Présidente déléguée de Lyon ASVEL Féminin depuis plus d’un an, Marie-Sophie Obama a accepté de répondre à nos questions sur cette saison, et l’évolution des Lionnes. 

Née le 28 décembre 1980, Marie-Sophie Obama est formée à l’INSEP aux côtés de Tony Parker, Boris Diaw ou encore Céline Dumerc. Ancienne joueuse professionnelle durant huit saisons sous les couleurs de Mirande, Bordeaux, Aix-en-Provence et Calais, elle est choisie par Tony Parker en 2017 pour devenir présidente déléguée et directrice générale du club de LFB.

Parlons Basket Féminin : Avant de vous poser des questions à propos de la saison et de l’équipe, permettez-nous de revenir un peu en arrière. Cela fait maintenant plus d’un an que vous êtes la présidente déléguée de Lyon ASVEL Féminin, fonction nouvelle par ailleurs. Comment avez-vous appréhendé vos nouvelles fonctions ? Quelles ont été vos premières impressions à ce sujet ? 

Marie-Sophie Obama : J’ai appréhendé mes nouvelles fonctions avec beaucoup d’humilité, car je ne connaissais pas du tout l’ampleur de la tâche qui m’attendait véritablement, c’était une découverte. Puis j’ai appréhendé ces fonctions avec beaucoup de sérieux et de détermination, afin de respecter le cap que l’on s’était fixé avec Tony (Parker) dans le cadre de la reprise du club. Il fallait qu’il y ait une première phase de découverte, pour savoir ce qui nous attendait. Je n’ai pas eu véritablement de pression, mais plutôt une détermination de bien faire.

PBF : À la suite de cette première année, quel a été votre état d’esprit lorsque vous avez attaqué cette nouvelle saison ? 

MSO : Cette saison est vraiment l’année de la confirmation, après avoir réussi l’année dernière à stabiliser le club aux niveaux financier et sportif. À la suite de ça, nous avions beaucoup plus de repères. On a réécrit la philosophie, le modèle économique que l’on voulait construire autour du club. On a des repères, une trame qui est bien tracée, avec peut-être un esprit plus conquérant. C’était au départ une prise de fonction, on est maintenant à l’abordage (rires). Et puis, avec la découverte d’une nouvelle compétition pour le club (l’EuroCup, ndlr), on commence à entrer dans la cour des grands.

PBF : Revenons à présent sur la saison. Au début de la trêve internationale, l’équipe était première du classement LFB (ex-æquo avec Bourges et Lattes Montpellier) avec 4 victoires pour 1 défaite. La saison précédente, à la même époque, l’équipe était à 1 victoire pour 4 défaites. Un renversement éclair en seulement une saison. Quelles ont été les clefs du succès des Lionnes en ce début de saison ? 

MSO : Je tiens tout d’abord à préciser que cette saison, on se retrouve avec ce bilan, sachant que l’on a rencontré de très grosses équipes. La saison dernière, c’était une déception au début du championnat parce que l’on avait perdu contre des équipes que l’on était censé mettre derrière nous. Cette année est une grande satisfaction puisqu’on a battu Bourges, Tarbes, Villeneuve d’Ascq, des concurrentes directes pour le haut de tableau.

Les clefs selon moi : il y a d’abord une grande part de continuité. Les entraîneurs qui venaient d’arriver l’année dernière ont pu revenir cette saison avec un petit peu plus de repères et d’habitudes, que ce soit au niveau personnel, mais aussi au niveau de la vie du groupe. Et puis, il y a le  développement de joueuses qui ont pris de la maturité comme Marième Badiane, qui a connu ses premières sélections en compétitions officielles en équipe de France, et qui est ainsi revenue avec plus de maturité. On a aussi intégré des superbes joueuses comme Alysha Clark, qui a été titrée en WNBA cet été, Clarissa Dos Santos et Michelle Plouffe qui étaient des joueuses stars de la LFB la saison dernière. Forcément, ça aide !

PBF : Vous évoquiez tout à l’heure l’EuroCup. Cette saison, que ce soit en Coupe de France ou en EuroCup, vous allez une nouvelle fois affronter le BLMA. Il semblerait que le tirage mette souvent les Montpelliéraines sur votre route. Comment se préparer à affronter une équipe que l’on rencontre aussi régulièrement ?

MSO : Je ne suis pas la mieux placée pour répondre à cette question, mais tous les matchs se ressemblent et sont uniques, peu importe les équipes que l’on rencontre. On a joué le BLMA assez tôt, on n’avait pas forcément beaucoup de vécu collectif ensemble. Aujourd’hui, on en a un petit peu plus, mais on aura quelques joueuses blessées, ce qui va rendre difficile de jouer une équipe solide comme celle de Lattes Montpellier. Mais on le prend comme un match de haut niveau. Après, on a un petit peu plus de repères. Il y a des erreurs que l’on a faites sur les deux premiers matchs, où elles se sont largement imposées. On sait à présent ce qu’il ne faut pas reproduire, on va corriger nos erreurs plus rapidement. Selon moi, c’est bien de gagner contre toutes ces équipes de haut de tableau pendant la saison régulière, mais ce qui compte, c’est surtout après, pendant les playoffs.

PBF : Avez-vous des conseils à donner aux joueuses pour ces deux rencontres, en tant qu’ex-joueuse, et en tant que présidente déléguée ?

MSO : Le conseil que je peux donner, c’est celui que je donne tout le temps : qu’elles aient confiance, quelque soit le scénario du match, qu’elles ne baissent pas les bras et qu’elles donnent le meilleur. Mais ce sont des choses qu’elles font naturellement, spontanément. Le message que j’essaye de faire passer, c’est surtout de ne pas se mettre de pression inutile. Mais de toute façon, je sais qu’elles ont envie de bien faire et qu’elles font le maximum. Il faut y croire et aborder chaque rencontre, et même chaque instant, comme un beau défi et une réussite potentielle. Après, on verra à la fin du match, mais quel que soit le résultat, que l’on gagne ou que l’on perde, on ne sera pas arrivé. Ce qui compte, c’est le jour où on franchira la ligne d’arrivée, quand on sera à la fin de la saison.

PBF : Pour finir à propos de l’EuroCup, pouvez-vous parler de vos objectifs cette saison ? Quels sont pour vous les points forts de cette équipe en EuroCup ?

MSO : Comme c’est une première participation, on aimerait vraiment pouvoir accéder aux quarts de finale pour deux raisons. Déjà, parce que c’est un beau parcours. De plus, à partir des quarts de finale, on jouera au Palais des Sports de Gerland. Ce serait une belle occasion de faire une belle fête et ainsi réintégrer le Palais des Sports de Gerland. Et puis, on sait qu’à partir des quarts de finale, certains clubs d’EuroLeague sont reversés en EuroCup. En fonction des tirages, on pourrait affronter le très haut niveau européen. Ce n’est pas parce qu’on a pour objectif d’arriver en quarts de finale qu’on va se priver d’aller en demies, voir plus loin (rires). On a la chance, selon moi, d’avoir un effectif qui est très complet, quand toutes les joueuses sont opérationnelles (rires). Un effectif très complet avec des joueuses expérimentées et qui connaissent cette compétition, comme Alysha Clark, qui a joué longtemps en EuroCup puis en EuroLeaque et qui connaît le très haut niveau, Fatimatou Sako, Paoline Salagnac, Ingrid Tanqueray, Julie Allemand, Clarissa Dos Santos et Michelle Plouffe. On a que des filles qui connaissent cette dimension européenne, qui ont l’expérience des grands rendez-vous. Je pense que c’est un atout très important.

PBF : La saison précédente, les Lionnes se sont faites éliminer en quart de finale face à Villeneuve d’Ascq. Quel est votre objectif en Coupe de France après avoir été stoppées en quart ?

MSO : La Coupe de France, on a envie de la gagner ! Bon, on tombe sur Lattes Montpellier assez tôt, donc on sait que ça va être un match super difficile, qui aurait pu être l’affiche d’une finale de Coupe de France. On sait que c’est très court en définitive, on intègre la Coupe de France en huitièmes. Dans l’absolu, il y a quatre matchs à gagner pour arriver jusqu’au bout. On l’aborde vraiment comme une compétition à part entière à gagner. Surtout qu’elle nous permettrait de nous qualifier pour l’EuroLeague – puisque le vainqueur de la Coupe de France remporte un ticket pour participer à l’EuroLeague, donc ce serait formidable.

PBF : En plus d’un an, l’équipe a énormément progressé, et à l’heure actuelle, elle est sûrement à son meilleur niveau. Cette forte croissance a-t-elle fait évoluer les objectifs de la saison dernière ?

MSO : Non. Il faut savoir que les effectifs sont, de saison en saison, renforcés. C’est vrai que l’équipe de cette saison n’est pas exactement la même que celle de la saison dernière, mais notre trajectoire correspond au calendrier que l’on s’était donné, d’être champion d’ici 5 ans, et de se qualifier pour une EuroLeague d’ici 3 ans. Donc, on va dire que ça suit son cours. On n’a pas eu de re-définition des objectifs et l’élévation du niveau de jeu de l’équipe faisait partie des plans.

PBF : Pensez–vous pouvoir réaliser les objectifs dans les délais estimés ?

MSO : Pour l’instant, tous les feux sont au vert (rire). Jusqu’à présent, il n’y a pas de raison d’en douter, mais ça reste du sport, donc on fait tous le maximum. Tout le club, que ce soit au niveau du sportif et du non-sportif. Nous sommes déterminés pour aller dans ce sens. Maintenant, c’est justement la magie du sport qui fait que ça passe ou que ça ne passe pas : c’est la belle aventure sportive.

PBF : LDLC ASVEL a annoncé sa future participation à l’EuroLeague. À cette occasion, une réunion a eu lieu avec notamment Gérard Collomb, Tony Parker, Nicolas Batum et Gaëtan Muller. Quel impact va avoir la participation de LDLC ASVEL en EuroLeague sur votre club ?

MSO : Cette participation montre la voie. On sait que les garçons sont la locomotive, l’équipe qui est multi-titrée, qui a une très grande légitimité sportive, et nous, forcément, ça nous donne envie de suivre leurs pas. La réaction des joueuses le montre. Elles ont toutes adressé des messages de félicitations à Tony (Parker), et aux garçons aussi, en se disant que les prochaines, ce serait nous. Donc forcément, ça montre la voie et c’est une belle source de motivation et d’inspiration.

LDLC ASVEL officiellement intégré à l’@EuroLeague dès la saison prochaine ! #LDLCASVEL #EuroLeague pic.twitter.com/UTeuU2rxZw

— LDLC ASVEL (@LDLCASVEL) 27 novembre 2018

PBF : Pour conclure, avez vous un petit mot à propos de l’équipe de France, qui est maintenant qualifiée pour l’EuroBasket 2019 ? 

MSO : On est tous unis derrière l’équipe de France. On a tous à gagner que l’équipe de France se porte bien. J’espère que toutes les joueuses qui peuvent prétendre en faire partie feront de belles saisons dans leurs clubs respectifs, et que la saison 2018-2019 se termine de la manière la plus brillante qui soit, avec un très beau parcours de l’équipe de France, et en allant jusqu’au bout dans ce championnat d’Europe.

Toute l’équipe remercie Marie-Sophie Obama d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.
(Interview réalisée le mercredi 28 novembre 2018)

A propos de l'auteur

Rédacteur pour Parlons Basket. Fan de basket depuis l'âge de deux ans, tout particulièrement de NBA