Le nom de Dahntay Jones ne vous dit peut-être pas grand chose. Et s’il vous a dit quelque chose par le passé, vous l’avez peut-être déjà oublié. C’est pourtant lui qui est au cœur d’une des anecdotes les plus savoureuses du mythique titre de Cleveland en 2016, révélée aujourd’hui par The Athletic. On vous raconte.


16 juin 2016. Dans la bouillante Q Arena, les Cavs tentent d’écrire l’histoire. Menés 3-1 par Golden State quelques jours auparavant, ils ont gagné le match 5 derrière 41 points de LeBron James et Kyrie Irving pour ramener la série à 3-2. Les voilà maintenant à la maison, avec le fol espoir d’aller chercher un match décisif en Californie. A l’approche de la mi-temps, le King s’en va marquer un lay-up tout en puissance pour donner un confortable matelas aux Cavs. Mais 15 secondes après, Richard Jefferson prend sa troisième faute. Kevin Love est déjà dans le même cas, tout comme Iman Shumpert. J.R. Smith, lui, a été sanctionné deux fois.

Un temps-mort est pris avec 2 minutes 18 à jouer dans le premier acte, et Tyronn Lue hésite. Quelle option choisir ? Lui-même avoue aujourd’hui s’être demandé : « Putain, qu’est-ce qu’on va faire ? » Alors que le coach tergiverse avec ses assistants, la voix de Kyrie Irving s’élève dans le huddle : « Fais rentrer Dahntay ». Une seconde plus tard, LeBron enchaîne : « Ouais, D-Jones. Mets-le sur le terrain ». Lue accepte.


Le Dahntay en question, c’est Dahntay Jones, 654 matchs NBA en 13 ans dans la ligue, seulement 157 titularisations, et 5.4 points de moyenne en carrière. Cette année-là, celui qui a connu pas moins de 10 franchises n’a pas encore joué. Pas un seul match depuis octobre. La raison ? Il n’avait tout simplement pas d’équipe en NBA, et foulait les parquets de D-League (depuis devenue G-League), avec son lot de stupéfiantes contraintes. C’est lors du dernier jour de la saison régulière que Tyronn Lue, qui est son ami, fait appel à lui, afin de compter sur un vétéran pour stabiliser un vestiaire souvent corrosif. Le contrat n’atteint même pas 9.000 dollars.

Pour le 82ème et dernier match de saison régulière, qui ne présente aucun intérêt et lors duquel le Big Three est mis au repos, Jones signe son retour aux affaires avec 13 points. Puis, une fois les playoffs venus, il prend place sur le banc, sachant pertinemment qu’il n’a aucune chance de jouer. Au lieu de fouler les parquets, il prend son rôle de vétéran à cœur. Il est toujours disponible pour des conseils ou des informations, accueille ses coéquipiers en premier quand ils se dirigent vers le banc pour un temps-mort, et s’embrouille avec le banc adverse s’il faut. Mais ce soir du 16 juin, l’heure est venue de jouer.


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Sur décision de Kyrie Irving et LeBron James, donc, Jones fait son apparition. Sa première minute sur le parquet est cauchemardesque. Les Warriors marquent rapidement 5 points consécutifs, ramenant l’écart à 11 unités, et une possession de plus aurait pu mettre en fusion les Dubs.

C’est alors que Dahntay sort de sa boîte : il marque à son tour 5 points de suite, faisant prendre 2 fautes à Draymond Green au passage. Il capte également un rebond. Le run des Warriors est tué dans l’œuf.

« That motherfucker… »

… se souvient Tyronn Lue.


Les Cavs remportent le match, puis, bien évidemment, le mythique Game 7 du côté de l’Oracle Arena. Jones n’y a pas joué une seule minute. Pas besoin, sa mission est accomplie. Il devient champion NBA. Le journeyman peut remercier Kyrie Irving et le King d’avoir estimé qu’il avait sa place sur le terrain lors d’un moment si crucial, lui qui n’avait joué qu’un match NBA, sans aucune signification qui plus est, sur l’année qui venait de s’écouler. Pour Uncle Drew, tout est limpide :

Je crois qu’on était tous d’accord pour dire que Dahntay était le bon gars à faire rentrer. Il avait attendu ça tous les playoffs. Je ne vais pas prendre l’intégralité du crédit pour cette idée, mais voilà. Il nous a beaucoup aidés sur ce coup

L’année suivante, Dahntay retente le coup. Il passe la saison entière à s’entraîner seul, puis signe à Cleveland pour l’ultime match de la saison afin d’être éligible aux playoffs. Cette fois, en revanche, pas de miracle. Les Cavs s’inclinent sèchement en finale, et Jones n’aura pas eu l’occasion de renfiler sa cape de héros. Qu’importe. Aussi infime soit-elle, une partie de l’un des plus beaux titres de l’histoire lui appartient désormais pour toujours.

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