NBA – 8 août 1992 : La Dream Team remporte les JO au terme d’une démolition monumentale

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Au cœur de l’été 1992, la Dream Team s’imposait contre la Croatie en finale des Jeux Olympiques (117-85). L’épilogue d’une entreprise de démolition, et d’un épisode qui a révolutionné le basket international.

Il faut remonter aux Olympiades de 1988 pour comprendre la genèse de cette équipe hors-normes. A Séoul, les Etats-Unis échouent en effet à la 3ème place du podium pendant que l’ennemi juré soviétique s’empare de l’or. Ce résultat, vécu comme une humiliation par les Américains, renforce les discussions pour enfin autoriser les joueurs professionnels à représenter l’Oncle Sam aux Olympiades, et plus seulement les amateurs comme c’était alors le cas. Une fois la décision prise, l’heure est à la formation de la machine de guerre. C’est au regretté Chuck Daly, désigné coach, que revient la tâche de composer les 12 heureux élus qui iront à Barcelone : 11 joueurs NBA, et un universitaire.

Les trois premiers noms couchés sur le papier tombent sous le sens : Michael Jordan, tout juste auréolé de sa deuxième bague, accompagnera Larry Bird et Magic Johnson, les héros, façonneurs et légendes vivantes des années 1980. En signe de respect, MJ décline le capitanat, qui revient donc aux deux acolytes. Pour Larry Legend, criblé par les blessures, et Magic, touché par le SIDA, c’est la der des der. Ils se l’étaient promis, ils vont enfin pouvoir jouer ensemble et boucler la boucle : c’est l’aboutissement parfait d’une des rivalités et amitiés les plus marquantes de l’histoire de ce sport. Derrière le trio Jordan-Bird-Magic, que certains considèrent comme les trois meilleurs joueurs de tous les temps, d’autres joueurs NBA, tous futurs Hall of Famers, se joignent à l’équipe : Charles Barkley, John Stockton, Karl Malone, Patrick Ewing, Clyde Drexler, Chris Mullin, Scottie Pippen et David Robinson viennent compléter les rangs. Reste donc un joueur universitaire à choisir. Shaquille O’Neal et Alonzo Mourning sont snobés au profit du joueur de Duke Christian Laettner. Rétrospectivement, le choix fait grincer des dents, mais à l’époque, Laettner est clairement le joueur ayant le plus accompli au niveau universitaire.

La grosse polémique vient de l’absence d’Isiah Thomas, pourtant coaché par Chuck Daly à Détroit et vainqueur de 2 titres avec lui. Mais le génial meneur des Pistons paie son comportement de l’époque Bad Boys au prix fort. Michael Jordan met son véto, encore échaudé par les séries de playoffs bouillantes de la fin de la décennie et le manque de respect de Détroit après le sweep de 1991. Magic Johnson et Larry Bird ne feront rien pour aider Thomas : le premier a été déçu par certaines déclarations d’Isiah après la révélation de sa pathologie, et le second n’oublie pas que le meneur de Détroit avait déclaré qu’il est surcoté car blanc. Isiah a les trois parrains contre lui. Clap de fin.

C’est donc sous cette forme que l’équipe américaine, qu’on affuble rapidement du surnom de Dream Team, se présentera en Espagne :

Avant cela, il y a la préparation, et elle débute par des entrainements à huis clos. Ce sera le théâtre de la seule défaite de la Dream Team. Opposés à une sélection des meilleurs joueurs NCAA, où figurent notamment Grant Hill et Chris Webber, les pros sont vaincus 62-54. Chuck Daly a volontairement fait des changements douteux et a limité le temps de jeu de Michael Jordan. A ce jour, ses assistants restent convaincus qu’il a sabordé le match pour bien faire comprendre à ses joueurs qu’ils n’étaient pas invincibles. Le message est reçu. Le lendemain, lors de la revanche, la sélection NCAA est atomisée.

Prochaine étape, le Tournoi des Amériques, qualificatif pour les JO. Inutile de s’attarder dessus. Les USA ouvrent la compétition par un 136-57 contre Cuba. Ils martyrisent leurs adversaires durant tout le tournoi et terminent par une victoire 127-80 contre le Venezuela. Direction l’Europe, et un stage à Monte Carlo. Malgré 2 heures d’entrainement par jour, le basket passe au second plan. L’ordre du jour : la camaraderie.

Il s’agit d’une des spécificités de cette Dream Team, et à n’en pas douter sa force principale. Alors que les équipes américaines de 1994 et 1996, entre autres, seront minées par les conflits d’égo, celle de 1992 est, presque inexplicablement si l’on considère les égos présents, avant tout une bande de potes. Durant le séjour à Monte Carlo, des amitiés improbables se créent, à l’image de Larry Bird et Patrick Ewing qui deviennent inséparables. Charles Barkley challenge d’ailleurs Larry Bird à un concours de bière. Il finira sous la table et ne refera plus jamais la même erreur. Entre les diners avec la noblesse, les plages nudistes et les casinos, les joueurs NBA vivent un rêve éveillé. Ce n’est pas Chuck Daly qui va les arrêter : « Il n’y a pas de couvre-feu. S’il y en avait un, je devrais m’y conformer, et le Jimmy’z [club renommé]n’ouvre qu’à minuit ». Aucune limite, donc.

Après cette préparation, direction Barcelone et début des choses sérieuses. Drexler et Stockton blessés, Chuck Daly organise un 5 contre 5 à l’entrainement et ordonne à tout le monde de donner son maximum. Magic, Mullin, Laettner, Barkley et Robinson sont opposés à Jordan, Pippen, Bird, Malone et Ewing. La Team MJ l’emporte 40 à 36 dans ce que le numéro 23 décrira comme « le meilleur match que j’ai jamais joué », et Sports Illustrated comme « le plus grand match que personne n’ait jamais vu ». La compétition peut commencer.

Avant le premier match contre l’Angola, Charles Barkley annonce la couleur en conférence de presse :

Je ne connais rien à l’Angola, mais je sais qu’ils sont dans la merde

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Sir Charles se trompe rarement. 116-48 pour les Dream Teamers. Barkley est un personnage à part lors de cette olympiade. En plus d’être, pour Chuck Daly, le meilleur joueur du tournoi, il profite à fond et parcourt les rues de Barcelone sans relâche. Quand on lui demande pourquoi il n’a pas de garde du corps, il se contente de montrer son poing et de rétorquer : « C’est ça, ma sécurité ». Seul Michael Jordan le bat pour le titre d’hyperactif des JO. MJ semble ne jamais dormir. Malgré les parties de cartes dans la chambre de Barkley jusqu’à 5h du matin, le golf la journée, les obligations médiatiques, casino et autres réjouissances, Jordan trouve toujours le moyen d’être le plus frais à l’entrainement. Ses coéquipiers n’en reviennent pas. Au village olympique, la Dream Team est « un mélange d’Elvis et des Beatles » selon Chuck Daly, et les athlètes se précipitent pour prendre des photos avec eux. Le phénomène est en marche.

Les matchs en eux-mêmes ne présentent que peu d’intérêt tant les USA sont sur une autre planète. On peut néanmoins s’arrêter sur le match de poules face à la Croatie. En 1990, le GM des Bulls Jerry Krause avait drafté Toni Kukoc et en avait fait son chouchou : il l’avait envoyé en Europe s’aguerrir, et comptait en faire le remplaçant de Scottie Pippen de manière imminente. Jordan et Pippen s’occupent de son cas. Magic Johnson raconte qu’avant même le début du match, ils s’engueulent pour savoir qui aura le droit de le victimiser en défense. Les deux hommes se relaient sur lui tout le match. Kukoc est médusé. Il finit à 2/11, 4 fautes et 7 pertes de balle. Le message est envoyé.

C’est contre cette même Croatie que les Etats-Unis se retrouvent en finale. Une victoire 117-85 plus tard, l’évidence est désormais actée, et les Dream Teamers se voient remettre la médaille d’or. 8 matchs, 8 victoires, 44 points d’écart en moyenne. Pas un temps-mort de pris. Une démonstration sans précédent. Seul Michael Jordan aura débuté les 8 rencontres, Chuck Daly favorisant comme toujours le collectif et la bonne entente. Charles Barkley finit meilleur marqueur avec 18 points… à 71% au tir.

Le clap de fin d’une magnifique aventure, qui aura révolutionné le jeu, facilité son expansion à l’international, et influencé les générations à venir. Plus d’un quart de siècle après, c’est l’occasion de répéter : merci Messieurs.

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