NBA – Pourquoi LeBron James a commis la plus grosse erreur de comm’ de sa carrière

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Véritable modèle hors des terrains, LeBron James s’est inexplicablement perdu en l’espace de quelques heures sur la fameuse polémique chinoise. Retour sur ce faux-pas en deux temps, qui pourrait bien avoir des conséquences fâcheuses sur l’image du King.

Aux Etats-Unis, nombreux sont ceux qui évoquent déjà le moment le plus scandaleux de la carrière de LeBron James. Nous n’irons pas si loin, dans un soucis de garder de la mesure et du recul sur le dossier. Mais ce qui semble transparaître au lendemain des sorties loufoques du King d’abord devant la presse puis sur les réseaux sociaux, c’est qu’il s’agit probablement de sa plus grande erreur de communication. Loin devant The Decision. On fait le point.

Le contexte

Voilà une grosse dizaine de jours que la NBA est empêtrée dans une polémique internationale avec la Chine, avec des milliards de dollars en jeu. L’origine ? Un tweet de Daryl Morey, depuis supprimé, avec ces quelques mots : « Je soutiens Hong Kong ». Depuis un long moment, le territoire est source de grands conflits, les manifestations étant notamment violemment réprimées par le gouvernement chinois. Ce dernier s’est scandalisé, tout comme la fédération chinoise, de la prise de position du GM des Rockets, qui a rapidement été recadré par son propriétaire. Il ne le savait pas encore, mais Morey avait ouvert la boite de Pandore.

Face à la prise d’ampleur de la polémique, tout le monde s’est retrouvé propulsé sous le feu des projecteurs en NBA, du boss Adam Silver aux joueurs, en passant par les coachs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que personne n’a été très convaincant. Alors que la question des Ouïghours, minorité musulmane persécutée et enfermée des camps de détention en Chine, a aussi fait surface dans le débat, la NBA et ses acteurs, d’habitude si prompts à défendre les valeurs universelles de respect et liberté, ont enchaîné les maladresses.

La ligue elle-même a publié un mièvre communiqué qui a jeté de l’huile sur le feu. James Harden, égérie des Rockets, franchise la plus populaire en Chine, s’est empressé de s’excuser platement des propos de son GM, avant de signifier qu’il ne s’exprimerait pas sur l’affaire. Steve Kerr, grand critique de Donald Trump, a été largement incendié pour ses propos pour le moins évasifs. De leur côté, les agents ont vite mis leurs joueurs au pli : aucun commentaire sur l’affaire. Au même moment, une conférence de presse des stars des Rockets était frappée par la censure, et un peu plus tard, les interviews en marge de Lakers/Nets étaient supprimées. Bref, c’est peu dire que la NBA dans son ensemble n’avait pas envie de froisser la Chine et le juteux business qui est mené avec elle. Et tant pis pour les droits de l’Homme.

Qu’a dit LeBron James ?

Depuis plusieurs années, LeBron James fait office de voix très influente aux Etats-Unis. Très actif socialement, toujours présent pour défendre les opprimés face à l’injustice, toujours incendiaire avec Donald Trump, qu’il avait publiquement traité d’idiot, le King était attendu au tournant. Depuis le début de la polémique, il s’était gardé de prendre la parole publiquement, mais avait organisé une réunion en marge de Lakers/Nets lors de laquelle, devant la quarantaine de joueurs des deux équipes, il s’était assuré qu’ils soient protégés. Jusque là, tout va bien. Mais à l’issue du match entre Lakers et Warriors cette nuit, James s’est retrouvé face aux journalistes. Il a alors choisi de s’en prendre à Daryl Morey.

Nous avons tous notre liberté d’expression. Mais des fois, il y a des ramifications négatives qui peuvent en découler quand tu ne penses pas aux autres.

Je ne veux pas rentrer dans une guerre des mots avec Daryl Morey, mais je pense qu’il n’était pas éduqué sur la situation, et il a parlé.

Il y a tellement de gens que cela aurait pu blesser. Non seulement financièrement, mais aussi physiquement, émotionnellement, au niveau spirituel…

Il faut faire attention à ce que l’on tweete, ce que l’on dit, ce que l’on fait. Même si on a notre liberté d’expression.

Le message est clair : Daryl Morey a eu tort de défendre les droits de l’Homme et de poster un tweet anodin de soutien à Hong Kong, et il aurait mieux valu qu’il se taise. Première grossière erreur de LeBron, qui est là en contradiction totale avec ses postures habituelles, dont ce tweet qui a refait surface :

L’injustice où qu’elle soit est une menace pour la justice partout. Nos vies commencent à mourir le jour où nous devenons silencieux sur les sujets qui importent.

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Après ses propos face à la presse, le King a rapidement été la cible de virulentes critiques sur les réseaux sociaux. Il a alors tenté de clarifier sa position sur Twitter, mais s’est à nouveau montré maladroit, aggravant même la situation. Deuxième grosse erreur.

Laissez-moi balayer la confusion. Je ne crois pas qu’il y ait eu de considération [de la part de Morey]pour les conséquences du tweet. Je ne parle pas du contenu. D’autres peuvent le faire.

Avec ce tweet, le Chosen One confirme qu’il ne souhaite pas s’exprimer sur les polémiques périphériques au débat. Hong Kong ? Les Ouïghours ? La répression ? Les droits de l’Homme bafoués ? Le King laisse de côté. Mais ce n’est pas tout, puisqu’un deuxième tweet a suivi.

Mon équipe et cette ligue ont vécu une semaine difficile. Je pense que les gens doivent comprendre ce qu’un tweet ou une déclaration peut faire aux autres. Et je crois que personne ne s’est arrêté pour réfléchir à ce qui allait arriver. [Il] aurait pu attendre une semaine de plus avant de l’envoyer.

C’est le tweet qui a définitivement surpris – voire scandalisé – tout le monde, et notamment Enes Kanter, qui a fait part de son indignation. James a commis ici une grosse erreur de communication en évoquant la difficulté de son cas personnel, alors même que des gens se battent pour leur vie. Même chose sur sa dernière phrase, lorsqu’il déplore que Morey n’ait pas attendu la fin de la tournée chinoise pour ne pas impacter le business là-bas. James prend-il la peine d’attendre une semaine quand il s’exprime sur les sujets sociétaux ?

De manière assez nette, LeBron a choisi sa posture. Très populaire en Chine, pays d’1.4 milliard d’habitants et énorme marché pour la NBA, le King sait qu’il y vend beaucoup de merchandising – sans parler de Space Jam 2, qui sortira en 2021 et qui pourrait être un monumental carton en Asie. Mais par rapport à ce à quoi James nous avait habitués, cette prise de position fait tâche, et les critiques n’ont pas tardé à pleuvoir :

Je suis si désolée pour cette période difficile que tu vis. Peut-être que tu pourras essuyer tes larmes avec ta liberté et tes millions de dollars pendant que les Ouïghours souffrent.

Les gens à Hong Kong qui se font tabasser et tirer dessus pour réclamer la démocratie ont « vécu une semaine difficile ». Tu avait juste à choisir entre soutenir leur liberté ou non – ce qui ne devrait pas être un choix difficile.

Comprendre quoi ? Vendre l’âme de ton équipe et de la NBA pour 500 millions de dollars au mépris des droits du premier amendement de chaque Américain ? Honte à ton équipe et à la NBA pour s’être agenouillés devant vos maîtres chinois en amenant la censure autoritaire au pays des libertés et la terre des courageux [expression désignant communément les Etats-Unis, ndlr]

LeBron aurait-il pu faire autrement ?

Sous le feu des critiques, LeBron James aurait pourtant pu gérer la situation différemment, et mieux. Reconnaissons-lui tout de même que les acteurs de la NBA, joueurs et coachs, se retrouvent dans une situation périlleuse en ayant des micros qui leurs sont tendus sur un sujet aussi épineux. Et d’une certaine manière, devoir forcément y répondre peut paraître injuste. Mais un homme de la magnitude de LeBron, d’ordinaire si engagé est irréprochable, ne peut pas se permettre de tels écarts de communication.

S’il voulait éviter de s’en prendre à la Chine, James aurait pu choisir la méthode Harden, c’est-à-dire se refuser à tout commentaire. Il aurait bien sûr été critiqué aussi, mais dans des proportions bien moindres qu’après ses propos.

Il aurait aussi pu nuancer sa position, comme il sait parfois si bien le faire, en montrant astucieusement sa désapprobation et en ne trahissant pas les valeur qu’il défend depuis tant d’années.

Il aurait enfin pu, surtout, condamner la répression en Chine, quitte à y perdre quelques millions. Mais pour ça, il faut être « more than an athlete », et James ne l’est visiblement que lorsque son compte en banque n’est pas en jeu. Une faute qui le poursuivra longtemps, et qui impactera à la baisse, à n’en pas douter, sa voix sur d’autres sujets cruciaux.

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